Interview de Sébastien Ruchet, PDG de Nolife : Pour la nouvelle génération, la télévision est un média dépassé

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C’est dur la culture. Comme une mauvaise blague, le dimanche 1er avril, Nolife, la cha?ne du jeu vidéo et des cultures japonaises, déclarait vouloir mettre fin à ses jours après onze années de diffusion et de difficultés financières. Vers 21 heures, le PDG co-fondateur, Sébastien Ruchet, aussi connu sous le nom d’Antoine Deschaumes alias Red Fromage dans France Five, annonçait la liquidation judiciaire et la fin de l’aventure Nolife dans un message en ligne loin de l’humour habituel du média.

Nolife bénéficiait d’un capital sympathie à l’épreuve d’une peine de prison pour cannibalisme et c’est avec émotion que la fin de la cha?ne fut accueillie par les nombreux fans – abonnés ou non – et par les animateurs historiques, y compris par l’inénarrable Poulpe qui commença sa carrière sur Nolife. “Vous avez assisté à son agonie. Alors, ne loupez pas sa mort” : le dimanche 8 avril, la cha?ne fut enterrée dans l’indignité lors d’une soirée spéciale animée par Davy Mourier, tête de gondole et trublion attitré de Nolife.

Maintenant que l’oraison funèbre a été prononcée et que Nolife repose six pieds sous les pixels, nous nous sommes entretenus avec Sébastien Ruchet, le futur ex-PDG de Nolife. Merci à lui de nous avoir accordé un peu de temps pendant cette période que l’on devine difficile.

Nolife est passé près de la fermeture à plusieurs reprises déjà. Combien de fois la cha?ne a-t-elle failli dispara?tre ? Et comment avez-vous fait pour la sauver lors des crises précédentes ?

La cha?ne a en effet connu beaucoup de difficultés pendant ses onze années d’existence : ce n’est pas facile d’être indépendant à la télévisionÉ Je ne saurais pas dire exactement combien de fois, mais c’était toujours très tendu. Pour la survie, on peut remercier l’intervention d’Ankama par exemple ou bien encore la mobilisation des téléspectateurs sur les abonnements en ligne.

Est-ce que cette fois, c’est pour de vrai ? Comment expliques-tu la fin de l’aventure ? La mort de Nolife aurait-elle pu être évitée ?

Oui, c’est bien terminé. Et c’était inévitable, dans la situation actuelle, Nolife ne pouvait plus continuer.

Quand est-ce qu’on vous débranche ? Quand le signal va-t-il être suspendu pour de bon ?

Nous-même nous ne savons pas exactement.

Selon toi, YouTube et Twitch ont-ils tué les médias spécialisés dans les cultures jeux vidéo/geek/japonaise ?

C’est une manière un peu trop simple de décrire une réalité plus complexe. Mais oui, c’est vrai que la génération actuelle préfère de loin trouver le contenu qui lui pla?t sur Youtube ou Twitch. La télévision est perçue comme un média dépassé.

Quels sont tes futurs projets ? Des cendres de Nolife va-t-il na?tre une nouvelle société ?

En ce qui me concerne, je suis actuellement en train de chercher du travail. Le livre de l’aventure Nolife est refermé.

La fin de Nolife va t-elle être suivie du retour tant espéré de France Five ?

Non, car France Five a bel et bien été terminé. Ce qu’il faut voir, c’est qu’après tout cela, on pourra tout simplement faire autre chose.

 

 

Au risque d’enfoncer une porte ouverte à double battant, on sait bien que les médias traversent aujourd’hui une crise qui les oblige à réinventer leur modèle économique pour s’adapter à la presse en ligne, à YouTube, à Twitch et à toutes ces plateformes qui n’ont pas encore été inventées.

La situation est encore plus compliquée pour les médias spécialisés qui ne peuvent compter que sur leurs lecteurs/abonnés et sur des revenus publicitaires en déclin pour survivre (poke les adblocks). Et ça ne suffit pas toujours. Malgré une communauté vivace de fans motivés et l’intégration de la publicité, la cha?ne Nolife a été euthanasiée. A dire vrai, les jeunes générations ne regardent plus beaucoup la télévision ou développent des habitudes de consommation erratiques basées sur la vidéo et la TV à la demande. Les chaînes traditionnelles risquent de payer cher ce changement d’usage dans les décennies à venir. Hanouna, ça rime avec Pôle Emploi.

Pourvu que les médias spécialistes au moins trouvent un modèle économique viable. Ce serait angoissant de ne finir entouré que de prophètes youtubiques, tout passionné soient-ils.