Nous avons parlé d’indépendance artistique, de drogue, de BD et de cinéma avec David Snug

Salut David ! Pour te présenter rapidement, tu es auteur de bédé et musicien (Jessica 93, Top Montagne…). Dans les deux cas, tu évoques régulièrement l’indépendance artistique. SeulementÉ Qu’est-ce que l’indépendance artistique ? J’ai l’impression que chacun a sa propre définition. Cela signifie quoi, pour toi, être indépendant ?

Je ne sais pas trop ce que signifie être indépendant, mais je vois très bien ce qu’est être dépendant. ætre dépendant c’est quand tu ne peux t’empêcher de picoler pour oublier que tu as une vie de merde et que tu dois te cogner un boulot que tu n’as pas envie de faire pour payer ta drogue ou ta maison ou l’éducation de tes enfants ou les réparations de ta voiture. Alors j’essaye de faire un truc, c’est de ne pas boire, fumer, de ne pas me droguer et ne pas avoir d’enfant ou de maison. Cela me permet de faire ce que je veux mais ce n’est pas facile. Je crois que c’est ça être indépendant.

Cette indépendance est-elle voulue ou subie ?

Voulue, c’est la dépendance qui est subie selon moi.

Ton indépendance a-t-elle un impact sur ta façon de créer ou sur les outils que tu utilises pour créer ?

Alors, par exemple, j’adore dessiner des bédés parce que tu peux raconter ce que tu veux en étant n’importe où avec un papier et un crayon, il n’y a aucune contrainte technique ou budgétaire, si tu as besoin de dessiner trois mille personnes et que ça t’emmerde, il te suffit d’écrire “ici il y a trois mille personnes” et ça passe tranquille. Avec mon groupe Top Montagne on enregistre chez moi sur Audacity et on s’est imposé des contraintes du type : pouvoir se déplacer sans voiture, juste en train. On a juste une bo?te à rythmes, une petite guitare, un petit synthé et des flétes à bec. Cela a donc un sacré impact sur notre façon de faire des chansons et c’est plutôt positif, on ne s’éparpille pas.

Dans Jessica93 je suis juste là parce que Geof a les moyens de filer du taf à ses potes, c’est cool, je voyage gratos et je dors à l’hôtel et les gens me regardent taper sur des cymbales et un tom basse, ça flatte mon égo.

 

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Est-il possible de rester ma?tre de son art, de ne faire aucun compromis, tout en travaillant pour des grosses maisons d’édition ou des majors ?

Je ne sais pas, on ne m’a jamais proposé de travailler avec ce type de sociétés, mais j’ai l’impression que Kurt Cobain était plus ma?tre de son art que de sa consommation de drogues.

Penses-tu que vouloir rester indépendant c’est obligatoirement se fermer des portes ? L’indépendance a-t-elle des limites ?

Je dirais que je ne me ferme aucune porte mais que je ne m’en ouvre aucune non plus. Si on nous propose de jouer dans une SMAC, ou même si un tourneur se propose de nous prendre dans son catalogue, c’est cool. Ce que je trouve pourri c’est quand une SMAC te propose des formations pour te faire rentrer dans un cadre, te formater et ainsi te faire devenir un bon petit groupe de pop music pour pub télé.

De même en bédé, si un éditeur me propose de sortir mon livre tel quel, ça me va. Bon, s’il a des bonnes idées je prends, mais je ne fais pas des projets de dix pages que j’envoie partout. Je fais une bédé, généralement je publie tout sur Internet et, après, si ça interresse quelqu’un de le sortir en livre, je suis content.

Peut-on être grand public et indépendant ?

Oui.

Dans la scène punk et hardcore, l’indépendance est revendiquée au point d’être indissociable du genre musical. L’esprit DIY est pourtant différent selon chacun. Certains pensent qu’être indépendant c’est refuser de diffuser sa musique sur certaines plateformes comme Facebook, refuser de se produire sur des festivals subventionnés par des multinationales ou encore réaliser soi-même tous les supports de diffusion de sa musique. Pour d’autres, être indépendant signifie seulement se produire sur de petites scènes. Tu le places où, toi, ton curseur de l’indépendance ?

C’est moi le plus à gauche.

Si demain la marque Renault te proposait un gros chèque pour utiliser le titre d’un de tes groupes sur une publicité, que leur répondrais-tu ?

Que mon père a bossé trente-trois ans à la cha?ne chez Renault, que travailler pour eux ça bousille le dos et que je n’ai pas envie d’avoir le dos bousillé.

 

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Internet rend-il le choix de l’indépendance et de la diffusion de son art plus simple ?

Internet je ne sais pas mais Facebook oui, carrément.

Dans l’industrie du disque, être indépendant, cela se limite-t-il à créer son propre label comme Wavves ou Carpenter Brut ?

Je ne sais pas, je ne connais pas ces groupes. J’écoute que Songs : Ohia et je pense qu’on peut dire que Jason Molina était complètement dépendant à l’alcool.

Tu évoques souvent la drogue ou l’alcool. Si je comprends bien, l’indépendance artistique passe plus par une philosophie straight edge que par un quelconque contrat avec une major ?

Je ne suis pas straight edge, je ne bois et je ne me drogue pas pour ne pas avoir à travailler pour pouvoir me payer la drogue et l’alcool qui me serviraient à oublier que je travaille.

?a c’est ghetto. Et sinon, fais-tu encore des planches pour SoFilm ?

Non, le principe dans SoFilm c’est que les auteurs tournent.

Considères-tu toujours Le Samoura? comme le meilleur film de tous les temps ? Je trouve L’Armée des Ombres plus abouti bien qu’un peu plus classique.

Le Samoura? c’est le meilleur film de tous les temps et L’Armée des Ombres le meilleur film de tout l’étang. J’aime bien Le Samoura? parce que c’est tout gris-bleu sauf le petit oiseau qui est jaune. Mais mon film préféré du monde c’est Les Frères Pétard.

Quelle place occupe le cinéma dans ton travail de dessin ?

Je dirais aucune, je n’aime pas l’idée que la bédé serait un cinéma du pauvre. La bédé c’est un gars qui fait son truc tout seul dans sa chambre un peu comme une branlette. Le cinéma c’est plus comme une grosse partouze ; les deux activités n’ont rien à voir.

 

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