Trois déviances à faire retourner Brigitte Lahaie dans sa tombe

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Je me nourris des cadavres écrasés sur les autoroutes de l’information depuis les années 1990. Internet était un phénomène de groupe à l’époque. Les Aztèques se rassemblaient au pied des pyramides pour assister aux sacrifices humains, nous nous réunissions au centre de documentation du lycée pour consulter les pages horrifiques de Gore Gallery. Ce site compilait des photos de cadavres victimes de mort violente. Difficile de trouver pire en 1998. J’avais un faible pour les attaques de requin et j’ai encore à l’esprit cet homme découpé par les pales d’un hélicoptère. Il ressemblait aux fourrés à la viande de la cantine : trois stries sur le dessus recouvrant un amas de chair à saucisse. Les chocs visuels stimulent le cerveau reptilien.

Je pensais avoir touché le fond du web depuis longtemps mais j’ai récemment trébuché sur trois déviances crypto-sexuelles qui feraient se retourner Brigitte Lahaie dans sa tombe alors qu’elle n’est même pas morte. Toi qui entre ici, abandonne tout espoir.

 

Autonomous sensory meridian response (ASMR)

L’ASMR fonctionne comme le BDSM, la cagoule en latex et les coups de cravache sur les testicules en moins. C’est une technique de relaxation utilisant le son. La dominatrice chuchote, malaxe et tapote sur des trucs tandis que, de l’autre côté de la vidéo, les esclaves équipés d’une paire d’écouteurs se détendent avant de s’endormir. Evidemment, ce qui devait arriver arriva et, si les premières vidéos que l’on trouve mettent en scène des rendez-vous chez le coiffeur, on tombe rapidement sur des doctoresses affriolantes, puis sur des jeux de rôle dans lesquels des soumises jouent les Belles au bois dormant. Le niveau de misère sexuelle peut descendre jusqu’en couche géologique profonde, avec des contenus animés par des vampirettes en vinyle ou des femmes-dragon visiblement sous antipsychotique. Là, immédiatement, on imagine Corentin le puceau s’astiquant le rutabaga entre deux parties de World of Warcraft pour oublier son obésité morbide et son infarctus qui arrive en courant. Certaines vidéos d’ASMR dépassent le million de vues… Sérieusement.

 

Tag the sponsor

Des starlettes de la télé réalité et des instagrameuses en mal de photos qui font rêver offrent des faveurs sexuelles à des cheiks arabes contre des voyages tous frais payés à Dubaï et des sommes d’argent à cinq chiffres. Vous ne me croyez pas ? Je vous encourage à visiter Tag the sponsor, un blog qui publie les conversations privées de ces filles avec leurs bienfaiteurs. Tout y est : clichés sexy de réassurance, processus de négociation, détail de la prestation et rémunération. Entre les échanges, on comprend que ces millionnaires ont des fétiches inavouables cachés dans leur portefeuille en crocodile. Ils aiment notamment déféquer sur leurs partenaires. C’est ce qui se cache derrière le code “hummus” (#métaphore). Il y a même des vidéos dans lesquelles certaines filles déclarent consentir à ces pratiques. Évidemment, ce blog est glauque comme une levrette dans un sanatorium et le slut-shaming une pratique abominable. D’autant qu’on a l’impression que les administrateurs sont princes du Golfe comme je suis anesthésiste et qu’ils cherchent surtout à piéger des filles corrompues par l’appât du gain. Tag the sponsor a le mérite d’exposer l’hypocrisie de certaines instagrameuses.

Contrairement à Las Vegas, ce qui se passe à Dubaï ne reste pas à Dubaï. Du coup, la prochaine fois que vous croisez ces starlettes de l’extrême sur les réseaux sociaux, rappelez-vous que votre vie est certainement moins merdique que la leur.

 

Fantasy

Depuis le succès triomphal de Tinder, les applications de rencontres fleurissent comme des mycoses plantaires après la piscine. Chaque année, un entrepreneur satisfait d’avoir ruiné sa famille dans une école de commerce hors de prix s’allie à des développeurs gras du bide afin de pondre une plateforme conçue pour plumer les célibâtards en détresse affective. Oui, comme pour l’addition au restaurant, c’est la libido masculine qui finance ces services. 2018 se distingue par sa grande créativité avec Fantasy, une appli de rencontres qui fonctionne autour du fétichisme et des habitudes de vie. Autrement dit, au lieu de ramasser les boudins de votre quartier, Fantasy va aller chercher des utilisateurs dont les pratiques sexuelles sont compatibles avec les vôtres. Andriy Yaroshenko, fondateur de Fantasy App et sexologue certifié, est un génie du marketing à la truelle. Ce “SexTech entrepreneur” et “SexEd activist” autoproclamé utilise l’immonde jargon des justiciers du web pour présenter sa plateforme comme un “safe space” consacré aux individus “sex-positive” libérés du carcan de la monogamie et éviter ainsi les procès d’intention. Il coche toutes les cases de l’inclusivité. Dans les faits, 40 % des utilisateurs se déclarent en couple. Fantasy s’adresse aux couples échangistes et, dans une moindre mesure, aux adeptes de BDSM.

En France, le service va cartonner dans la baie des cochons du Cap d’Agde et chez les fans de Jacquie et Michel. Aucun doute.

Autrefois, on savait s’amuser. Circus Maximus, combats de gladiateurs et persécutions de Chrétiens dans les colisées de la Rome antique, sacrifices humains chez les Egyptiens, les Gaulois et dans presque toutes les anciennes civilisations, bûchers de sorcières aux XVe et XVIe siècles, exécutions publiques, du supplice moyenâgeux de la roue à la guillotine de l’époque contemporaine, foires aux monstres, lynchages et femmes tondues à la Libération (coucou mamie)…

Au delà des raisons politiques ou religieuses qui ont pu motiver ces atrocités, l’Histoire nous montre que le spectacle de la violence, du bizarre ou du sexuel a toujours fasciné les foules. Rien d’étonnant à ce qu’aujourd’hui nous ayons eFukt, Coucou Internet (placement produit), SpaceghettoLiveLeaks (anciennement Ogrish) ou des compilations de fractures ouvertes suite à des accidents de bras de fer. “Plus ça change, plus c’est la même chose” disait le romancier Alphonse Karr. “None of us are saints” complétait avec brio le cannibale d’enfants Albert Fish.