Trottinette II : guerre totale sur les trottoirs

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Je suis de ces piétons disciplinés qui, par politesse, évitent le contact des autres riverains. J’ai appris avec le temps à esquiver les marmots élevés par des loups, à doubler les obèses et à me faxer entre les vieux qui boitent. Marcher en ville, c’est comme jouer à Mario Bros en vrai, sauf que les champignons d’invincibilité sont des étrons de caniche et les Koopas des vomissures de clochards rougies par la cirrhose.

Le provincial que je suis vient de débarquer en ville et de passer au niveau supérieur du jeu. J’ai été surpris de constater que les gens des métropoles se déplacent sur des trottinettes électriques et qu’en plus ces engins du diable sont à leur disposition sur les trottoirs. J’ai même aperçu des cadres en costume fendre la foule sur des routes pavées, difficilement mais sans honte. Ok pour me faire rouler dessus par des cyclistes, des poussettes ou des fauteuils roulants, mais pas par des demi-hipsters qui conduisent des Limes, du nom de l’immonde start-up qui a inventé ce service de location. Je préfèrerais me faire bousiller à coup de manche de pioche par des hooligans russes défoncés à la glue.

 

Les écervelés du guidon n’ont rien à envier aux fous du volant

 

En vérité, les intermittents du patinage électrique conduisent comme des pieds et causent des accidents à tour de bras. Ils empruntent la rue ou les pistes cyclables, sans se soucier du code de la route qui les contraint normalement au bas-côté, slaloment entre les autres véhicules et quand ils reviennent sur le trottoir c’est pour s’ouvrir un chemin à coups de guidon et s’excuser en souhaitant un cancer de l’anus aux piétons qu’ils forcent à s’écarter. Un jour, j’ai même été percuté par un sosie à roulette de Raphaël Glucksmann. Ce contact avec le progressisme bourgeois me hante encore aujourd’hui. Si bien que quand je croise un de ces sauvages, je me retiens pour ne pas le pousser sous un camion de marchandises.

J’ai observé ces trottineurs qui me donnent des envies de meurtres déguisés en accidents de la route pour éviter la prison. Ils sont bouffis d’arrogance et de satisfaction. Arrogants car ils planent au-dessus de la foule des piétons tel le Prince Aladin sur son tapis volant. Satisfaits car, comme leurs patinettes n’émettent pas de gaz carbonique, ils peuvent jeter des regards de jugement sur les véhicules à combustion et condamner leurs chauffeurs, déjà pointés du doigt par le fusil à pompe de la morale depuis que l’écologie est devenue le passe-temps de ceux qui cherchent à se donner bonne conscience à peu de frais. L’époque est hypocrite.

Oui, hypocrite… Il faudra un jour expliquer aux chevaliers blancs de la mobilité verte que la majorité de ce qu’ils achètent en ligne ou en magasin arrive dans des cargos qui carburent au fioul lourd et qu’un seul supertanker pollue autant que cinquante millions de voitures (ou pas). Il faudra également les prévenir que, pour le moment, la construction des batteries qui propulsent les voitures électriques nécessitent l’extraction polluante de minerais rares. Du coup, la mobilité « propre » se contentent de déplacer la pollution atmosphérique des villes des pays riches vers les pays pauvres. L’Enfer est pavé de bonnes intentions, comme disait Charles Manson avant de commanditer l’avortement à coups de couteau de Sharon Tate.

 

Les nouvelles formes de mobilité sont un accélérateur de misanthropie

 

Cela dit, je comprends que l’on souhaite échapper aux moyens de locomotion traditionnels quand on habite une métropole. Souvent les transports en commun sentent l’urine de chat. Souvent se déplacer à deux roues équivaut à sauter par la fenêtre en espérant atterrir sur la pelouse. Souvent l’entretien d’une voiture à Paris coûte plus cher qu’un loyer à Montluçon et, toujours, les VTC nous assomment avec des factures astronomiques qu’ils compensent en offrant des friandises à la manière des pédophiles.

Pourtant, selon le sacro-saint dictionnaire Larousse, le trottoir est la « partie latérale d’une rue, surélevée par rapport à la chaussée et réservée à la circulation des piétons ». Je répète, réservée à la circulation des piétons, pas des chauffards qui, aux manettes d’un jouet pour enfants, atomisent les déjections canines à plus de trente kilomètres heure et privatisent le bas-côté. Comme s’il fallait en rajouter, aujourd’hui les véhicules locatifs pullulent comme des punaises de lit. Si bien qu’il est devenu quasi impossible de marcher sans avoir à éviter un scooter, un vélo ou une trottinette posés en vrac sur le bitume, au mépris des règles les plus élémentaires de savoir-vivre. C’est pourquoi je vous encourage chaudement à jeter ces machins dans la rivière la plus proche.

Le temps où le seul risque pour un piéton était de trébucher sur un punk à chien en train de mendier sa dose de crack me manque. Moi j’aime bien marcher dans les rues, si possible avec mes écouteurs, et ça ne me viendrait pas à l’idée de déposer mes chaussures une fois arrivé à destination.