Guide de survie sans Facebook

Bonjour, je m’appelle Ol-dirty-protoss. Il y a quelques années j’écrivais de petites choses ici et toujours en avance sur la tendance, je vous reviens pour cet épisode tel le T-800 pour vous donner des nouvelles du futur. Effectivement, deux mois avant que le cofondateur de WhatsApp et Elon Musk hashtag-delete-facebook, je m’étais déjà barré et même pas pour le raconter sur Twitter. Avec tout ce bazar autour des données personnelles, ces personnes qui annoncent qu’elles quittent le réseau, vous êtes peut-être un peu perdus ? Je vous rassure, quand on est piégé entre quatre groupes secrets de partage de memes, un autre dédié aux aventures du chat de son ex dans un 25 m_ et les opinions sportivo-politico-judiciaires de gens avec qui on n’est jamais d’accord mais bon, comme on veut pas foutre la merde, on reste amis et on s’ignore… c’est tout à fait normal de se prendre une grande baffe d’absurdité envoyée par vos Mauvais Choix de Vie©. Tout le monde n’a pas l’?me d’un Christophe Colomb capable de changer l’adresse de sa page d’accueil, je vous fais donc parvenir par pigeon voyageur (en fait par mail aux rédacs chefs toujours sur-connectés, mais bon) mon retour d’expérience.

 

Alors abandonner Facebook, ça économise déjà vachement la batterie du portable : ça, c’est le premier truc qui vous change la vie.

Cette phrase ne suffit pas vraiment à remplir un paragraphe, alors je vais délayer un peu avec les raisons qui font que Facebook n’a déjà plus d’intérêt pour toi, le lecteur du Panda que j’imagine forcément super impertinent. Pour quelqu’un qui a fait Sup de Com, heinÉ Range ton survet’ fluo : ça n’impressionne personne ici. Fier Panda me semble un bon point de départ pour me faire comprendre. Déjà parce que, si t’es là, tu connais. Et puis mon rapport à ce site restera intimement lié à Facebook et ses mécaniques. Ses groupes secrets pour trouver voire créer du contenu, organiser sa rédaction, ses discussions à plusieurs inintelligibles à moins d’y accorder une attention captivée, sa boulimie de pouces bleus et de com’s pour la visibilité et, finalement, une désespérance à peu près toujours certaine lors de la lecture des réactions, comme un encouragement de la masse à toujours se diriger vers le moins risqué, le plus confortable – autrement dit l’ennui. Désespoir vérifié d’ailleurs par les succès de bien des pure players décriés sur le site. D’une certaine manière Facebook fonctionne un peu de la même manière chaotique, mais selon un cycle plus proche d’un p’tit Kondratiev que de celui utilisé pour laver ton jogging du dimanche. Ce paragraphe est déjà bien mieux alimenté maintenant. Passons donc à une deuxième observation factuelle.
 

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Ne croyez pas les réactions sous les articles de Télérama ou du Monde issues des êtres supérieurs qui s’enorgueillissent d’avoir quitté Facebook il y a au moins cinq ans – probablement parce que leur conjoint est parti par peur de mourir d’ennui en emportant la box – et dont subitement les bibliothèques se sont élargies comme le promettent les publicités enlarge your penis : c’est faux. Ils donnent leur avis à la con directement sur les sites au lieu de relire gentiment Proust dans leur coin sans faire chier personne avec des citations. Gain net : nul. Et de mon côté, je joue aux jeux vidéo, je bois des cocktails et je regarde des vieux films.

Mais ne parlons pas de moi, bébé, parlons plutôt de nous. Au-delà de la frustration résultant du déséquilibre entre l’incroyable machine de guerre valant plusieurs centaines de milliards entièrement dédiée à la communication et la vacuité de plus en plus sidérante des informations dont elle est le vecteur, il y a aussi une espèce de mouvement naturel et imperceptible de par sa lenteur qui a parallèlement orienté aussi bien les pages que vous lisez que le réseau social qui vous y a conduit vers un formatage toujours plus flagrant. Ce lent cheminement qui nous a conduit du terrain vague avec des bandes éparses de sales gosses vers un centre commercial qui sent la javel et dans lequel s’exhibent des consommateurs se différenciant finalement moins que les produits qu’ils viennent chercher. Et objectivement c’est plutôt ceci, avec pour paroxysme la lecture de discussions critiques au sujet de dank memes, que l’utilisation de mes données personnelles, qui m’a conduit à fourrer dans un dossier des vieux nudes reçus et à claquer la porte.

 

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J’ai quand même pris quelques précautions avant de partir : vérifier des numéros de téléphone, mettre à jour un répertoire EN PAPIER à cause d’une f?cheuse tendance à faire tomber mes téléphones dans les piscines, faire une ultime synchronisation de bandsintown, récupérer les flux RSS d’organisateurs d’événements, etc. Ironiquement, trouver des contenus intéressants sans passer par Facebook – sur lequel on court un risque très élevé de perdre un temps conséquent à lire du contenu très pauvre, voire mensonger, et pire encore à réagir avec des wannabe éditorialistes qui ne lisent que les titres – est certainement beaucoup plus facile aujourd’hui qu’il y a ne serait-ce que trois ou quatre ans. La grande inconnue c’était de savoir si on allait se souvenir de moi. Je ne me faisais guère d’illusions, ayant depuis longtemps rendu confidentielle ma date de naissance, lassé par les avalanches de banane iversaire ! et autres happy bidet sur mon mur. Je savais déjà que relativement peu de gens dans ma longue liste de contacts se souviendraient de moi si une notification ne les y aidait pas. Je perds donc actuellement le lien avec plein d’amis très drôles : un vrai massacre. Et si vous êtes une de ces personnes atteintes de FoMO, toujours intéressé par des événements auxquels vous n’allez finalement pas, le processus sera encore plus meurtrier. Pas de panique, vous ne subirez pas de représailles, tout le monde se torche avec les résolutions de l’ONU de toute façon.
 

L’un des trucs que j’ai le plus entendus depuis que j’ai fermé mon compte, c’est Putain t’es chiant à plus être sur Facebook, ce qui vaut à mes yeux tous les likes de ces dix dernières années.

si vous sortez bel et bien de chez vous, vous n’en n’aurez probablement rien à foutre. Déjà, vous croiserez encore vos potes les plus mondains. L’un des trucs que j’ai le plus entendu depuis que j’ai fermé mon compte, c’est Putain t’es chiant à plus être sur Facebook, ce qui vaut à mes yeux tous les likes de ces dix dernières années. Ne plus être averti en temps réel de la multitude de choses qui se passent là où vous n’êtes pas aide à refaire de votre présence l’événement lui-même. Peu importe où vous êtes, c’est de toute façon là que ça se passera. C’est la même différence qu’il y a entre regarder un concert sur le petit écran de son téléphone en essayant de ne pas bouger (mais un peu quand même pour montrer que les vibrations de plaisir autour de ton corps sont irrésistibles), être un instrument au service d’autres en échange de quelques signes de reconnaissance et juste danser comme si personne ne vous regardait et en tirer un plaisir immédiat, pour ainsi dire mystique. Est-ce que mes meilleurs souvenirs pourraient être saisis puis restitués par un smartphone ? J’ai un sérieux doute là-dessus, même avec ma batterie qui tient désormais la distance jusqu’à l’aube. Au fond, malgré toutes les injonctions du réseau pour partager un maximum de choses, de la compilation de photos en duo avec votre pote à l’opinion militante en passant par l’humeur du jour illustré en un clip, les tranches de vie y circulent terriblement mal. Elles finissent par s’accumuler dans un goulet d’étranglement entre l’écran et nos yeux et lassent donc comme n’importe quelle pub télévisée qu’on finit par ne plus voir. Mieux vaut raconter un trip d’acid à son robot mixeur. Croyez moi, j’ai essayé.

 

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Et puis avoir le nez levé pour regarder les autres et avoir l’air disponible plutôt que d’envoyer des messages à ceux qui ne viennent pas m’a valu de nouvelles rencontres et même finalement de me rattacher à un projet fun. Les gamins fugueurs finissent toujours par se retrouver sur un terrain vague pour former une bande et imaginer de nouvelles conneries à faire, au bout du compte. Et bientôt, vous y viendrez aussi, tout g?cher, en copiant et en collant.