Les fans de Star Wars ne valent pas mieux que Jar Jar Binks

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A la mi-décembre 2017 sortait, sur approximativement un milliard de copies, The Last Jedi et le monde entier continue d’en parler, de se déchirer, de ne pas le comprendre à un point tel qu’on pourrait le rebaptiser Star Wars ?pisode VIII : Le Jedi incompris.
L’avis qui synthétise le plus cette déferlante d’idiotie et de mauvaise foi est celui de Charles Berling qui qualifie ce dernier film de Çdaube totaleÈ et de ÇhonteÈ avant de se lancer beno?tement dans un la?us de contestation adolescente dont même Mathieu Kassovitz n’aurait pas été capable.

Comble de la stupidité, il va jusqu’à comparer La Guerre des ?toiles avec Solaris de Tarkovski. Un peu comme si je comparais Full Metal Jacket avec Les Bidasses en Folie. Citer Tarkovski c’est bien, citer le moins bon film du ma?tre russe pour se rendre intéressant l’est beaucoup moins. Les petits mots mesquins de Charles prouvent une nouvelle fois que, même si on se fout de la saga depuis l’épisode initial, on ne peut s’empêcher d’en parler.

Star Wars c’est Star Wars, un truc de la plus haute importance, un truc qui, mine de rien, en dit beaucoup sur le monde d’aujourd’hui où tout le monde donne tout le temps son avis sur tout. Le plus vite et avec le moins d’arguments possible évidemment. Soudainement, pour des personnes qui se rendent trois fois par an au cinéma, cela semble être la chose la plus importante de la Création.
Si on écarte les avis des spectateurs lambda (coucou Charles), on constate que la communauté des fans de Star Wars semble perdre la raison dès qu’on parle des Derniers Jedi. On en voit même lancer des pétitions afin d’exiger le retrait du film du corpus Star Wars officiel.
 

 

Pendant ce temps-là, chez Disney et Lucas Films on se frotte les mains, la franchise vient allègrement de passer le cap du milliard de dollars de recettes et lorgne déjà sur le double tandis que le film sur Han Solo est en tournage et que la trilogie officielle suivante est déjà dans les cartons.

 

L’univers Star Wars dans sa globalité est une espèce de blob qui engouffre tout sur son passage et comme tout univers, il est en constante expansion.

 

L’univers Star Wars dans sa globalité est une espèce de blob qui engouffre tout sur son passage et comme tout univers, il est en constante expansion. Chaque film, chaque jeu, chaque figurine, chaque anime, chaque spin-off le nourrit, l’engraisse, lui donne encore plus de pouvoir. On est face à un ogre doté de sa propre conscience et pour citer Pascal Latour :

« Il se drive tout seulÈ.

Vous voyez Katamari Damacy ? Ben c’est pareil. Alors pour se sentir important en tant que fan on tente de lutter, on s’accroche au peu d’influence que l’on a encore pour essayer de freiner cette fuite en avant. Pourtant, plutôt que de faire front et de s’unir, les fans s’affrontent autour de cet épisode. Et comme toujours dans ces cas-là, chacun est persuadé d’avoir raison. Vous pensez que la France est ingouvernable ? Essayez d’unifier le fandom Star Wars.

La saga de George Lucas est devenue un tel truc – je ne trouve même pas de terme adéquat pour la qualifier – qu’elle appartient à l’humanité tout entière. Bien que créée par George Lucas sa chose l’a complètement dépassé pour devenir universelle. Il a beau en être le démiurge, le public se l’est appropriée et tout le monde se fait son propre Star Wars, s’imagine les aventures de Luke, Leia, Solo, Yoda, etc.

 

 Pourtant ce huitième épisode, probablement le plus starwarsien depuis 1980, divise plus que jamais.

 

Chacun sait, ou du moins pense savoir, ce que doit être un Star Wars. Pourtant ce huitième épisode, probablement le plus starwarsien depuis 1980, divise plus que jamais. A croire que le fandom Star Wars est un capricieux petit enfant de quatre ans dans un magasin de bonbons. Il veut tout et ne veut rien à la fois. J.J. Abrams a été lapidé pour avoir livré un épisode fidèle, trop fidèle à la Bible de 1977. Rian Johnson est pendu en place publique pour avoir pris des risques et tenté de s’éloigner des canons de l’épisode précédent parfois par ceux-là mêmes qui reprochaient au précédent son classicisme. Convenons que c’est un fameux bordel.

Si l’équipe de France de foot a soixante millions de sélectionneurs, Star Wars a un milliard de réalisateurs et c’est bien ça le problème. Personne ne sera jamais totalement comblé avec un nouvel épisode alors il faut quelqu’un sur qui évacuer ses frustrations. Ce sera Disney le grand méchant qui a salopé la magie des films d’antan et violé notre enfance. Pourtant, à ce que je sache, Disney ne porte pas de chemises à carreaux ni de barbe pour cacher son double menton.

On reproche tout un tas de choses totalement fausses à Disney donc lorsque l’argument Disney = Satan est de sortie, la meilleure chose à faire est de quitter la discussion et de laisser son interlocuteur se gargariser de sa propre ignorance. Parce que hé, c’est juste, heu… ton opinion, mec et elle n’a aucun sens.

On reparle du Holiday Special ou bien ? ?pisode VI : Les Ewoks ont tué Star Wars, RIP. ?pisode I : Les Midichloriens ont tué Star Wars. RIP. ?pisode II : Jar Jar a tué Star Wars. RIP. ?pisode III : George Lucas a tué Star Wars. RIP. VII : J.J. Abrams a tout copié. RIP. Star Wars ?pisode VIII : Disney a tué Star Wars. RIP. La seule constante certaine dans le fandom de Star Wars est sa bêtise. Et me v’là obligé de défendre Disney, rien que pour ça, je vous déteste tous autant que vous êtes !

 

 

Quelque part, Star Wars est devenu un people, une abstraction, un truc pop culturel que tout le monde connaît, s’est approprié pour en faire sa propre version. Même la fille de la voisine qui vient d’avoir 17 ans, qui ne tourne qu’au JuL, peut se pointer au lycée avec un Boba Fett ou un Darth Vader sur l’avant-bras. C’est devenu cool alors qu’autrefois, au collège, quand on aimait Star Wars (et le heavy metal) c’étaient railleries et mise au ban.

De nos jours, les nerds qui ont en grande partie fait de Star Wars le monstre qu’il est devenu ne se trouvent plus aux avant-premières des films mais seulement dans les boutiques sombres, chez Game Workshop. Mais ne soyons pas de trop mauvaise foi car c’est justement la pierre angulaire de la culture nerd que de donner son avis, de former une communauté qui se retrouve autour de ces débats à la con, qu’on aime tous, sur ce qu’est ou devrait être La Guerre des ?toiles (et puis de collectionner des goodies aussi).

Il faut simplement être conscient qu’entre quelques vieux films vus et revus en VHS pirate qu’on regarde sur la petite télé du salon avec un copain et la sortie ciné mondiale coordonnée d’un film, de figurines, du jeu vidéo associé AAA et tout le tintouin, ce n’est plus le même genre de limonade. Tout le sirop de citron ne remplacera jamais la petite rondelle d’agrume dans une San Pé’ bien fra?che.

Avec tout ça, on a oublié l’essentiel : le cinéma.

Ce qui est fascinant c’est que quoi qu’il se passe sur l’écran, l’objet culturel a pris une telle importance que c’en est secondaire. Les inoffensifs mariages en cosplay ont été remplacés par des batailles de corporations Disney VS Electronic Arts bien plus violentes que celle entre le Premier Ordre et la Résistance. Le vrai space opera prend autant place en coulisses que sur l’écran.

Pourtant c’est sur des aspects cinématographiques que s’écharpe le fandom. Il hurle parce que Rian Johnson bouscule un peu tout ça et aurait prétendument traité n’importe comment le personnage de Luke Skywalker, ce qui, entre parenthèses, est totalement faux. LEL.

On peut adhérer ou pas au film mais au moins il faut reconnaître qu’il tente de faire enfin table rase de la première trilogie afin de vraiment repartir sur une espèce de Le Futur est à nous. Il aura fallu quatre films mais il semblerait bien que le cordon soit enfin correctement coupé. Les pétitionnaires veulent du Luke, du Solo et Leia ad vitam alors que l’univers étendu Star Wars est d’une chose d’une grande richesse qu’il évolue sans cesse et regorge de mille et une histoires qui attendent d’être racontées et pas simplement une poignée de personnages que l’on connaît par cÏur.

 Comme Logan l’a été pour Wolverine, The Last Jedi est le crépuscule des idoles de la franchise. Réjouissons-nous !

Comme l’a fait Logan encore pour le Marvel Universe, le plus important dans tout ça est de revenir aux origines de la saga : le cinéma. Car qu’on aime ou non les films, ils restent le coeur de cet univers. S’il vous pla?t, revenons-en au cinéma, aux films seuls, laissons le reste de côté et comme le démontre magnifiquement la scène finale des Derniers Jedi, retrouvons le goét du mythe et l’envie de rêver. N’en déplaise à Charles, retrouvons Un nouvel espoir.