Réveillon du jour de l’An : la pire nuit de l’année

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Voici le Nouvel An qui revient avec la régularité d’un tremblement de terre au Japon et la précision d’un tir de flashball en pleine face. Plaisir de nuire. Joie de décevoir. J’abomine le réveillon et je préférerais être conseiller conjugal pour une famille polygame que d’avoir à célébrer ce rituel d’enfants de putain. Explications.

Quasi systématiquement, le Jour de l’An commence par un apéro dînatoire au cours duquel vous déposez les bactéries de votre bouche dans un bol de sauce blanche à l’aide d’une carotte crue. Journée porte-ouverte au pays des maladies virales, vous avez une chance sur cinq d’attraper la grippe intestinale de votre voisin de table basse Ikea.

 

Chemin faisant, il est déjà 21 h.

 

Vous vous réservez une coupe de champagne en regardant avec insistance les fesses plates de la maîtresse de maison qui semble porter un string. Vous mourrez de faim. Une fois encore, l’argent du pot commun a été dépensé en alcool et il ne reste plus que des chips au paprika à manger.

Il est 22 h quand Paul décide de lancer un débat passionnant sur le mouvement social des gilets jaunes. Vous rétorquez que le rétablissement de la peine de mort couplé à l’annulation du droit à l’avortement permettrait de contrer efficacement la démographie galopante des YouTubers. On vous regarde comme si vous aviez violé un enfant mort, mais c’est gagné car plus personne n’ose vous adresser la parole. Ce plan génial vous laisse le temps de rechercher sur Twitter les premières vidéos d’émeutes et de voitures brûlées. Vous allumez une cigarette bien méritée.

23 h 45 : Les invités tremblent d’excitation comme s’ils assistaient à un sacrifice humain. C’est la dernière ligne droite avant le compte à rebours de la Saint-Sylvestre : cinq, quatre, trois, deux, un. Malheureusement, il n’y avait pas de bombe cachée dans la cuisine. L’appartement n’explosera pas. Au contraire, c’est le cérémonial de la bonne année qui commence. Vous déambulez dans le salon en embrassant les convives sur les deux joues avant d’hurler :

 

“Bonne nouvelle année, sale pute !”.

 

Les gens rient de bon cœur, persuadés que vous plaisantez alors que pas du tout. Vous êtes d’accord avec chaque syllabe. C’est ce que les spécialistes du sarcasme appellent le premier second degré ou l’art de partager en riant toutes les horreurs que l’on pense sans pouvoir les dire.

Parce qu’une chose en amène une autre, il est maintenant 1 h 15. Les couples en instance de divorce rentrent chez eux pour vérifier que leur marmaille n’a pas été victime d’un accident domestique. Frustré comme un prisonnier de longue peine, vous tentez de capturer cette copine de trente-huit ans qui vous plaît depuis l’adolescence. Devant son refus agacé et après qu’elle vous ait dénoncé sur Twitter pour harcèlement, vous décidez de rentrer chez vous en VTC afin d’éviter une agression dans les transports en commun. Le chauffeur comprend que vous êtes imbibé d’alcool et drogué jusqu’aux yeux. Il vous remet un sac plastique Eco+ pour éviter que vous ne vomissiez sur les sièges en skaï. Soixante euros pour vingt minutes de course. Bien fait.

 

Vous passez les premières heures de votre nouvelle année prostré dans votre lit comme Marc Dutroux lors d’un enterrement de vie de jeune fille.

 

Pour tromper la solitude, vous envoyez des SMS de bonne année auxquels les gens répondent par un laconique “c’est qui ?”. Ça commence mal. Un réveillon de plus avant de mourir. Encore un toast au surimi avant de passer l’arme à gauche. Et si c’était votre dernier Nouvel An ?

Youpi ! Nous revivons la chute de l’Empire romain. La civilisation occidentale s’effondre, un jour après l’autre, au rythme des lapins percutés par les pare-chocs de trente-huit tonnes le long des nationales. Il faut se rendre à l’évidence. Cette année, vous avez plus de chance de recevoir une boule de pétanque sur le crâne lors d’une émeute que d’être augmenté, plus de chance de mourir dans un attentat que de gagner deux places pour un concert au Bataclan. Bref, il n’y a pas de quoi rire. Alors pourquoi sombrer dans la surenchère festive le soir du réveillon ? Perso, comme chaque année, je jouerai en ligne en mangeant des tapas et en buvant des bières, et, à minuit, je regarderai le feu d’artifice par la fenêtre à la manière de nos grands-parents enfermés en maison de retraite.