Me faire plaquer m’a permis de relativiser mon licenciement

Publié le par

Rupture, licenciement… Kamoulox. Il manque une référence à la drogue et on se croirait sur Vice.

Un licenciement maquillé en rupture conventionnelle est déjà plutôt pénible. C’est à dire qu’écrire sur une messagerie d’entreprise que son boss a un menton de cuck était pas une idée brillante. Enfin, si, mais c’est pas recommandable en compétence LinkedIn, ni tenable dans les travées des prud’hommes. La grippe arrive, on complète les tribulations mentales par la clé de bras physique. Alors quand ma copine drive-by de l’étranger, on arrive à une sauce si forte qu’elle masque le goût de l’assiette. Ce que je sais, c’est que le seum est continuel, à chaque étape du process de rupture comme le dirait Gregory Logan. Ça commence par le seum de la personne qu’on aime, le seum de soi, le seum de sa vie, le seum de ceux qui se baladent avec les yeux embués et énamourés de l’ignorance de ce qui leur arrivera aussi un jour, les cons. Mais surtout le seum de soi. Ca a le goût de l’acmé d’une gastro, de l’estomac à l’haleine, ça se transpire et s’entend. Tu es haine et respires haine. Ca va de la détestation instantanée du mec qui renifle comme un dégueulasse dans le métro avec un bruit d’absorption de nouilles chinoises, à l’envie de molester la caissière qui te demande si tu veux la carte du magasin alors que tu lui dis non tous les jours.

Certains disent qu’une rupture ressemble à un deuil. C’est détestable. Les gens se remettent parfois ensemble, mais on a rarement vu Monsieur ou Madame déterrer le cadavre pour remettre le couvert après un échange sur Whatsapp lors d’une soirée de mélange d’alcools.

Quelles que soient la ou les raisons de la fin, l’envie d’ailleurs, le mésappariement de la vision du futur à deux, le manque, la distance… c’était la merde. Ça peut schlinguer un peu une relation, tant qu’on écope, à deux de préférence.
 

La rupture est la redécouverte des miasmes poussés dans les coins 
 

On entasse le bordel hors de la vue, dans les placards, les commodes, les malles, on pousse tout dans les coins, parfois jusqu’à ne se laisser qu’un fin passage pour se déplacer et vivre. C’est graduel, on oublie. La fin d’une relation, c’est souvent la redécouverte du bordel entassé. Une fois qu’on y a posé un regard cru, il est difficile de tolérer cet espace de vie pollué par toute cette merde. On étouffe, c’est-à-dire que c’est irrespirable. Comment a-t-on pu ne pas le voir avant ? C’est dur de s’imaginer nettoyer ça rapidement. Alors on ramasse la première merde qui tombe sous la main, c’est le prétexte. On s’écharpe sur le fait que ça obstrue le passage, ce qui nous mène à la question du foutoir, et puis on s’aperçoit qu’en fait ça dégorge des tiroirs, on les ouvre et il se met à neiger gris.

L’introspection vous fait un chat-bite gratos, sans qu’on n’ait rien demandé. Mais en même temps, à part les pratiquants de la méditation, qui a le temps de tenir au propre sa vie intérieure ? De regarder en face méthodiquement ses humeurs et checker l’hygiène de sa relation ? C’est que nos vies sont déjà bien remplies, entre nos jobs, nos traites, nos projets et nos amis. S’y ajoute le dégueulis de contenus que les interfaces déversent chaque jour, des flots d’informations qui nous parasitent l’esprit. Dès le matin, on est lancé à plein régime, anesthésié, on se dit que tout est OK.

La rupture, en même temps qu’elle nous jette à la face toute la méconnaissance de notre propre vie, ne nous laisse que l’alternative d’en faire l’archéologie et le temps pour la faire, la garce. C’est ce qu’il nous reste, c’est l’héritage. On regarde son petit compte Instagram tout pathétique et son marbrage esthétisant, c’est le résumé.

 

Les ruptures sont des marqueurs forts dans une existence.

 

Un moment particulier où une constante explose comme un shrapnel dont les fragments déchirent l’ensemble du tissu du quotidien. Il reste donc à s’interroger sur ce qu’on est, ce qu’on a dans le ventre. Le ventre justement, les intestins tout tortillés, qui réveillent la nuit parce qu’ils estiment qu’on n’a pas assez ressassé pendant la journée. Au-delà de la vraie blessure narcissique, on commence à faire son propre procès, à charge. Investiguer le fil des événements, à charge. Comme dans les vrais procès, on les trouve en pagaille, les mauvais comportements. On s’agonit pas mal. Et puis on se penche sur l’autre, tout ce qu’on aime, tout ce qu’on voudrait mais qu’on n’arrive pas à détester. S’ajoute la fièvre, qui met un peu d’ambiance et de délire dans l’affaire, avec des suées de climat tropical et des rêves grotesques qui singent la réalité.

On se regarde, on regarde l’autre, on regarde ce qu’on avait et le monde autour, avec lequel on avait un rapport à deux.

On est sur la brèche. On se demande, en bon falot, si comme Joaquin Phoenix dans Her on a déjà tout ressenti et si l’avenir ne sera qu’une version fadasse de ce que l’on a vécu d’intense une première fois.

Et puis, comme le personnage à la fin de Fahrenheit 451, à terre, soufflé par l’explosion de son monde, on finit par s’asseoir. Et on en reste là. C’est déjà pas mal pour le moment.