J’ai regardé le dernier prime time du premier Loft Story et c’était pas mal, en fait

Publié le Par

C’était cet hiver. J’étais encore rentré bourré. Rien de fameux, je ne me souviens plus très bien quel jour c’était. C’était peut-être le soir où voir une tige à longue tignasse se faire moyenner par le sosie d’Hugo Clément m’avait rendu mélancolique. C’était comme pas mal de soirs en fait. On était probablement en semaine. Je le sais car généralement je rentre avec le dernier métro, alors que le weekend c’est plus rare qu’il fasse encore nuit lorsque j’arrive chez moi. Même quand je pars relativement tôt, je finis par traîner avec les autres galériens des soirées. Ceux qui n’ont pas pu rentrer en boîte ou qui sont bien conscients des limites de leurs dégaines pour tenter un move. Avec eux, pas besoin de faire des salamalecs. Ils ont toujours des activités cool quand toi tu en sors, de boîte. Ils jouent avec un ballon crevé sur une place, font des concours de distance de crachats ou débattent du meilleur type de coup de pied en combat de rue. Passé une heure du matin, les zonards n’ont que leur imagination. Bon parfois tu tombes sur des enculés, comme ces gars qui m’ont coursé à Châtelet après m’avoir demandé l’heure “pas avec ma montre, mais avec mon portable”. La nuit quoi.

 

Ce soir-là, pas de rencontre de la déprime.

 

Il ne devait pas être très tard, car je me suis attrapé des merdes chez l’épicier de quartier. J’y passe souvent, c’est le seul truc ouvert où tu peux encore trouver de quoi te sustenter passé deux heures. J’y choppe régulièrement un paquet de chips et quelques bières canettes histoire de me finir devant des compilations YouTube de Ben Arfa. J’ai essayé une fois leur fromage, mais ça m’a rendu terriblement malade. C’est pénible de dégueuler un coulommiers à trois heures un mardi alors qu’on bosse le lendemain. Depuis, je me contente de chips, parfois je complète avec des pistaches. La vie quoi.

Ce soir-là, je n’ai pas regardé des compilations. J’ai commencé par ouvrir le paquet de chips en même temps que Facebook, en essayant de pas trop dégueulasser mon clavier. Je scrollais le fil d’actualité donc, histoire de voir un peu les conneries que les gens avaient postées. Ça n’a pas traîné. Après un article de Konbini sur le top cinq des punchlines de Jawad pendant son procès, un gars avait posté une couverture de Closer dans un groupe. On apprenait que Loana avait maigrit et reprenait goût à la vie. Je ne me souviens pas vraiment comment c’était fagoté, mais l’humour devait résider dans le fait qu’ils avaient encore calé une citation totalement mongoloïde. Le premier commentaire sous la publication tentait un revival moqueur avec un lien YouTube vers son premier single.

 

 

De base, quand un clip commence avec des gars qui jonglent, ça sent tout de suite pas bon. Surtout quand le mec qui jongle fait en plus la roue. La seule manière d’appréhender ça comme une scène à peu près ok, ça serait si Zack Snyder faisait une adaptation de l’expulsion de NDDL. Il pourrait par exemple ajouter deux trois éléphants aux jongleurs et cracheurs de feu zadistes.

C’est à peu près le seul souvenir du clip que j’ai, présentement, avec le message d’une nana dans les commentaires qui rageait sur Loana.

 

  

 

Quand je ne suis pas trop rincé, j’aime bien lire les commentaires sous les curiosités YouTube. Il faut dire que ça enrichit souvent le contenu. Y a toujours un ou deux types qui sont en exhibition pour faire rire la troupe. Là c’était pas trop le cas. Je commençais d’ailleurs à somnoler devant ce terrible produit dérivé musical quand, recommandation algorithmique oblige, tout à basculé vers le final de Loft Story en version complète.

 

 

Je ne m’y attendais pas trop, ça a asséché ma léthargie. Une réminiscence de mon lifestyle déplorable de collégien, sans doute. Avec la Coupe du Monde 98 trois ans plus tôt, ma première branlette et le happening des World Trad Center à la rentrée, ça doit faire partie de nos fantômes communs, à nous autres. Peut-être pas ma première branlette, mais vous voyez le genre. Faut dire que Loft Story c’était quelque chose. Les giga seins de Loana, Jean-Edouard qui la secoue dans la piscine et Jean-Claude Van Damme qui débarque complètement coké sur un prime time, on n’était pas trop prêt.

 

 

Que dire sinon, si ce n’est qu’il est toujours intéressant de voir la naissance d’une abomination. Un peu comme quand la voisine de Francis Heaulmes, lorsqu’il était enfant, te parle des animaux morts qu’on retrouvait dans le voisinage. Loft Story était l’antichambre de la foire aux monstres avec un casting cinq étoiles de profils stéréotypés : l’arabe champion d’art martiaux, la bimbo blonde, l’homosexuel peroxydé, le beau gosse DJ à ses heures perdues…

Seulement une fois dedans, on filme 24/24 et en direct. On est loin de la professionnalisation du métier de scénariste des Ch’tits versus Godzilla à Saint-Domingue, où les saisons sont tournées, montées et diffusées a posteriori. Même si je ne regarde pas vraiment la télé, on va dire que la lucarne des réseaux sociaux me laisse imaginer la gadoue actuelle.

Si on revient à Loft Story, à l’époque, le lancement de l’émission sur M6 a été un succès d’audience immense en même temps que l’irruption de la télé-réalité en France. Koh Lanta devait suivre sur TF1 peu de temps après. Patrick Le Lay avait d’ailleurs bien ragé, car il y aurait eu un accord entre les chaînes pour éviter de tomber dans la trash tv. C’était raté.

Terminons-en, le prime time donnait à peu près ça :

– Le public est chauffé à blanc, ça hurle comme dans une ferme dénoncée dans une vidéo de l’asso L214 ;
– Les candidats sont complètement estomaqués de voir cette masse de personnes hurler comme lors d’un spectacle au Puy du Fou ;
– Il y a un putain de chien qui se balade sur le plateau ;
– Christophe a un short si court qu’assis on croirait qu’il est en slip chemise ;
– On a droit à un young Benjamin Castaldi pré-remarque raciste chez TPMP ;
– Ce dernier est au top de sa forme, très content de lui quand il demande un kleenex pour Laure qui se tape une suée de sortie de backroom du Berghain ;
– On annonce la participation de Jean-Marie Bigard, Geri Halliwell, Yannick Noah, MC Solaar et Jean-Paul Gautier à l’after de l’émission ;
– On se tape le bêtisier où on voit Steevy déraciner des arbustes pour se dissimuler lors d’une partie de cache-cache ;
– Un mec énorme débarque à l’improviste, ce qui fait dire à Benjamin : “Où est la sécurité parce qu’il est énorme celui-là”, puis il lui file le micro docilement, car en vérité oui, le gars est énorme et sapé comme un maçon d’ex-URSS ;
– Castaldi gère plutôt bien le truc et réussit à récupérer le micro ;
– Mais le gars revient avec un nunchaku et commence sa démo, pour derrière le filer à Aziz qui ne l’oublions pas, pratique également le nunchaku ;
– Le public réclame la chanson des lofteurs up & down avec la choré et tout.

 

 

J’ai dû m’endormir pendant la chanson. La deuxième partie laissait place à l’after. J’ai déjà dû me retaper l’émission en vitesse 1,25 pour écrire le papier, vous me pardonnerez le manque de rigueur pour ne pas avoir poussé le vice jusqu’à chroniquer plus longtemps cette merde.

Bref, ça n’a pas sauvé la soirée, mais en un sens, ce n’était pas pire que regarder l’esthétisation de celles de mes contacts dans leurs stories. Pick your poison comme on dit.