Et si Mohamed Henni se foutait de notre gueule depuis le début ?

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Chez les amateurs de foot, de paris sportifs, de blagues pourries et les supporters de Benevento, on ne le présente plus. Mohamed Henni est partout. Sur Snapchat, Youtube, Twitter, Facebook et même jusque dans notre cÏur.

Celui qui avait juré « sucer tous les zboubs de Paname » si Neymar venait à signer au PSG est passé du statut de bouffon de France et de Navarre à celui de buzz véritable, accumulant les centaines de milliers de vues sur Youtube et conçu pour durer.

Mais peut-on vraiment feindre la surprise ?

La France a toujours considéré avec admiration le destin de ses Grands Hommes, ses enfants, dont le cours de la vie, imprévisible, aura façonné son Histoire. Rappelez-vous Napoléon, dont le règne sans partage et le romantisme des Cent jours parfument toujours les jardins de l’Elysée. Ou encore Jacques Chirac qui, après deux élections ratées, un fiasco au poste de Premier ministre et une peine de prison de deux ans, réussira la plus belle remontada des années 1990 face à Balladur et reste l’un des hommes politiques préférés des Français, encore aujourd’hui.

C’est donc dans cette tradition des monuments de l’Histoire française que s’inscrit Mohamed Henni.

  
Après qu’il a été raillé par la France entière, conspué sur les réseaux sociaux et que Konbini lui a craché à la gueule, Henni accumule désormais près de trois cent mille abonnés entre Snapchat, Twitter et Youtube. De « Wolla » à « T’es nul ! », on ne jure plus que par ses gimmicks et soudain, voilà que le Tout-Paris – depuis Agathe Auproux, l’une des présentatrices télé les plus douces du paysage audiovisuel, jusqu’à Sofiane, l’un des rappeurs les plus populaires en France – décide de s’afficher avec lui. Comme si, au fond, Henni semblait être l’homme à aimer depuis la rentrée 2017.

Sauf qu’à y regarder de plus près, tout laisse à penser que ce destin fulgurant était peut-être écrit d’avance.

Mohamed Henni ne le sait probablement pas lui-même et malgré sa coupe de cheveux de l?che qui pourrait très franchement nous faire croire l’inverse, c’est bien de la chair des paladins des épopées grecques qu’il est issu, bien que son aventure ne commence qu’en 2016. Le 6 février. Jour de la publication d’une vidéo mystérieuse où un supporter de l’OM (Mohamed Henni en l’occurrence) jure de venger la ville de Marseille après qu’un type sans histoire, mais habillé aux couleurs du PSG, s’est promené sur le Vieux Port. Si l’OM perd ce week-end-là sur la pelouse du Vélodrome face à Paris, l’honneur restera, d’une certaine manière, sauf. Car oui, à Marseille, il n’y a pas d’autre survêt’ qui vaille. Et ça, Henni le sait. C’est donc logiquement que, quelques millions de vues et une relative période d’anonymat plus tard, le héraut phocéen repart en croisade. Si un supporter du PSG c’est de l’eau, l’Etat Islamique c’est de la Maximator. Indigeste et dangereuse quand on s’y colle un peu trop. Mais qu’à cela ne tienne, lorsque l’E.I. décide de menacer directement la ville de Marseille, Henni riposte. Un iPhone 7 à la main en mode selfie et quelques « niquez vos mères » suffiront. L’effet est immédiat. Un écho national et des relais sur le Huffington Post ou le Nouvel Obs iront jusqu’à provoquer l’ire du califat, ce dernier accusant Henni d’être un faux musulman, sans oublier de lui promettre de rejoindre les cieux sous peu – les mille vierges en moins, bien sér.

En quelques mois, Henni aura donc probablement plus fait pour la ville de Marseille que Gaudin en vingt ans.

Mais si Mohamed est aujourd’hui reconnu à travers l’Hexagone, c’est surtout pour ses analyses pertinentes sur à peu près tout ce qui se passe dans le foot et plus généralement dans le grand cosmos qu’est la société française. Le grand public l’acclame pour ses debriefs footballistiques, filmés entre vingt-trois heures et une heure du matin dans sa vieille Clio 2 et dans lesquels il n’hésitera jamais, après vous avoir gentiment salué, à insulter vos grands-mères.

  
Car au-delà du débit illimité de conneries que Henni est capable d’atteindre, le plus grand mérite de Momo sera d’avoir réussi à créer une Ïuvre consistante qui s’articule autour de ses vidéos YouTube. Alors certes, à la vue de ses fameux plans pourris dans sa chambre ou dans sa voiture sur le siège conducteur, Henni semble posséder un sens de la composition de la photo dont Tommy Wiseau n’a même pas idée. Mais au diable la forme et ses attributs superficiels ! C’est sur le fond qu’il convient de s’attarder. Car ce sont en effet son cynisme et son regard passionné sur le monde qui lui permettent de s’élever au rang d’auteur.

A une période de l’Histoire de l’humanité où se dire « je t’aime È serait presque perçu comme un coming-out, Henni s’en bat les couilles. De ça et de toutes les conventions sociales qui entourent et structurent le football. L’amour pour l’OM ? Il le proclame jour et nuit tout en crachant sur ses joueurs. Entre Patrice Evra l’écureuil, Dimitroglou Payet, Abdennour le CRS ou Véronique Morgan Sanson, personne n’est épargné. La haine pour le rival parisien ? C’est dans son ADN. Mais cela ne l’empêche pas de considérer Neymar et Cavani comme les meilleurs attaquants du monde. Faire une vidéo pour supporter le Barça avec un maillot du Real dans l’arrière-plan ? Pas un problème pour l’homme qui possède à peu près un survet’ de chaque gros club européen. De l’Atlético au Barça en passant par le Real donc. Et quand la mode est aux paris sportifs et que des milliers d’énergumènes se vantent sur Snapchat de taper trente euros sur des cotes à deux, Henni n’hésite pas à montrer au monde entier (sans oublier d’emmerder Gainsbourg et ses cinq cents balles) comment perdre des milliers d’euros en pariant chaque semaine sur Benevento, seule équipe en Europe à avoir perdu quatorze matchs d’affilée en première division.

Momo s’empresse toujours de prendre le monde à contre-courant, sans jamais s’empêcher d’étendre le champ de ses conneries.

Comme pour mieux nous régaler et nous égarer, ce Léon Bloy du pauvre n’oublie jamais de livrer ses analyses dans un lyrisme des plus flamboyants. Ainsi, Lassana Diarra, tra?tre à la nation marseillaise, s’appelle désormais Lassana « Diarrhée ». Buffon, plus grand gardien de l’Histoire ? « Un gardien d’immeuble », rien de plus. Et CR7, meilleur joueur du monde avec cinq Ballons d’or ? « CRsieste », c’est tout.

Momo s’empresse toujours de prendre le monde à contre-courant, sans jamais s’empêcher d’étendre le champ de ses conneries. Alors qu’on l’attendait, comme la plupart des cailleras de base (comprendre survet’ de foot + Asics + cheveux lissés + sacoche EA7, Prada ou Louis Vuitton), à flamber et à exhiber une vie faite d’objets matériels en tout genre, Henni n’hésite pas à raconter par tranches de dix secondes une vie proche de la galère. Entre misère sexuelle, financière et sociale, rien ne lui réussit. Mais ça encore, c’est pour que nous puissions mieux nous voir rager sur le reflet de nos écrans de smartphone.

La gueule grande ouverte, Mohamed Henni rit au nez de la France, qui ne semble pas pouvoir s’empêcher de brasser l’air de son haleine putride.

AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE. Wolla.