A quoi ressembleront les guerres spatiales ?

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L’espace. Ultime défi, dernière frontière de l’humanité… Jusqu’à la prochaine. Nous avons conquis à peu près tout ce que l’on pouvait sur Terre, alors nous levons désormais les yeux au ciel, en direction de tous ces mondes inconnus que nous pourrions bien aller saloper. Ah, le progrès ! Mais posons-nous la seule vraie question : une fois que nous y serons, dans l’espace, comment nous y prendrons-nous pour massacrer nos semblables ?

Il y aura bien quelques glands méritant une correction : pirates spatiaux, séparatistes insoumis, connards de l’exoplanète d’à côtéÉ Pas d’inquiétude, nous trouverons une raison le moment venu. Bien que la pop culture soit submergée par le genre science-fiction et que celui-ci invite à des batailles fantastiques à base de milliers de vaisseaux en escadrille faisant pewpewpew, la réalité de ce que sera la guerre spatiale est beaucoup moins grandiloquente.

Pour l’imaginer, plaçons nous dans le futur. Assez loin pour que l’humanité soit capable de construire des engins spatiaux en masse. Disons en l’an 2218 où, à la louche, les systèmes solaires sont sillonnés par des vaisseaux.
 

Quelques rappels sur la réalité physique du voyage spatial dans un premier temps.

Je vais être un peu dur, mais nous naviguons dans le cosmos comme nous jouons au curling. Nous plaçons ce que l’on veut envoyer dans l’espace au bout d’un gigantesque pétard, nous l’allumons afin qu’il envoie les appareils aussi loin de l’attraction terrestre que possible dans une direction bien choisie. Et hop, le machin se laisse glisser dans le vide jusqu’à son objectif. En l’absence de frottement, notre vaisseau peut même couper les moteurs une fois qu’il a atteint sa vitesse de croisière et de petits propulseurs suffisent à corriger sa trajectoire au besoin. Voilà, c’est tout. Pas de dogfight comme dans Star Wars. Quand nous avons besoin d’appuyer sur le champignon ou de caler un drift, il y a bien l’assistance gravitationnelle utilisant la gravité d’un objet céleste. Reste qu’il faut l’avoir prévue au décollage pour ne pas se louper, sinon le vaisseau va partir tout droit et ça va coéter très cher en carburant pour rattraper la boulette du stagiaire.

Vous l’avez donc compris, nous ne ferons pas décoller notre armada sur un coup de tête et nous changerons encore moins facilement de destination en cours de route. Un voyage dans l’espace impose quelques préparatifs. Surtout en prenant en compte que chaque engin accueille un équipage de chair et de sang, avec ses petits tracas d’être vivant : manger, boire, toussa toussa. Les ressources seront limitées et sérement fixées bien avant le départ de Tartempion IV. D’ailleurs, pour les économiser, le mieux sera la technique de stase comme dans 2001, l’Odyssée de l’espace, avec par exemple les deux tiers de l’équipage roupillant pendant que l’autre tiers surveille que tout se déroule bien. Roulement tous les mois. Il y a déjà des recherches très sérieuses dans ce sens. Si besoin, tout le monde se réveille et se prépare à la baston.

L’occasion d’aborder un point crucial des combats spatiaux : les ennemis peuvent être repérés plusieurs mois à l’avance. Avec la précision des détecteurs de rayonnements infra-rouge – i.e de chaleur – dont est équipé chaque vaisseau, nous voyons arriver n’importe qui plusieurs milliers voire millions de kilomètres avant de le croiser réellement.  Même en voyageant à la vitesse de soixante mille kilomètres heure comme New Horizons, l’adversaire a le temps de se préparer. Après qu’un ennemi apparaisse sur nos écrans, tout le monde doit s’organiser pour la joute à venir. Des jours de préparation à vérifier que tout est en ordre, affiner les calculs pour prévoir précisément la trajectoire de l’adversaire et déterminer le meilleur moment pour engager…
 

Parlons des armes justement !
 

Déjà, les armes explosives et nucléaires : exit. Le moindre incident les fait se retourner contre leur propre vaisseau. Notre vaisseau a besoin de deux types d’armes : rayons d’énergie et impacteurs. Dans la première, on retrouve les lasers chers à la SF. Gourmands en énergie, ils restent très pratiques car ils ne nécessitent pas d’augmenter la masse embarquée avec des munitions. Puis leur utilisation est bien plus fun. Tirer de petits coups ne sert à rien – la lumière n’a pas l’effet d’un missile comme dans les oeuvres de fiction – alors que les braquer en continu sur le bâtiment ennemi dès qu’il est repéré pourrait l’aveugler, brouiller ses capteurs et encore mieux, augmenter la température à l’intérieur.

Restent mes préférés : les impacteurs projetés avec des canons électromagnétiques, railgun ou coilgun fonctionnent sur le même principe : l’utilisation d’une force électromagnétique pour accélérer un projectile métallique. Très efficace. Un bête cylindre suffit car nul besoin d’aérodynamisme dans l’espace puis on peut y intégrer une source d’impulsions électromagnétiques pour griller les systèmes électroniques adverses. Pourquoi également ne pas utiliser une chevrotine spatiale ! Envoyés à sept mille kilomètres heure dans le vide, sans frottement, les projectiles traversent sans peine le vaisseau ennemi de part en part, laissant son équipage avec des fuites relativement difficiles à boucher
 

L’informatique occupera une place centrale.

Le vainqueur sera déterminé par la précision de ses calculs ou de la légère modification de sa propre course lui ayant permis d’échapper au pire tout en plombant l’adversaire. Au moindre bug, l’équipage court à sa perte. L’écran bleu de la mort n’a jamais aussi bien porté son nom. D’où l’intérêt des impulsions électromagnétiques. Au moindre danger, le vaisseau devra automatiquement passer en mode avion, couper toute communication pour éviter que des hackers ne puissent s’introduire dans nos ordinateurs pour tromper nos capteurs, les détruire, ou pire rendre tout le système électronique inopérant.

Revenons à notre rencontre avec l’ennemi. Immédiatement après avoir eu la certitude d’une réelle menace, on ordonne de bloquer les transmissions et réceptions. Tout le monde sort de stase pour s’équiper avec sa combinaison spatiale et être prêt en cas de brèche de la coque. Mais très vite, on sent tous que la température dans le vaisseau est en train de grimper. Heureusement, nous pouvons déployer des radiateurs d’urgence. Attention cependant que les ennemis n’utilisent pas de plus petits lasers, bien ciblés, pour les détruire. Sinon ils n’ont plus qu’à affronter une bo?te de conserve passée au four. Pas évident de tirer nos impacteurs d’aussi loin, bien que le combat soit prévisible des semaines ou des mois avant. S’ils sont assez chauds, l’ennemi peut les repérer et engager une manoeuvre d’esquive. A la manière des batailles navales de l’ancien temps , il faut attendre de se croiser dans l’immensité de l’espace, d’être à une petite centaine de kilomètres l’un de l’autre. Dès lors, tout va très vite. Rappelons que les engins se déplacent à plusieurs dizaines de milliers de kilomètres à l’heure. La fenêtre de tir est infinitésimale : quelques secondes, voire minutes tout au plus ! Canons braqués sur l’ennemi, les deux vaisseaux déchargent tout ce qu’ils ont en quelques instants. Toujours comme pour les batailles navales, les membres d’équipages doivent alors s’activer dans tous les sens pour réparer les brèches et dég?ts internes éventuels.

Et après ? Notre vaisseau continue sa course, tout droit vers sa destination. Encore une fois, un demi-tour net pour finir le boulot n’est pas envisageable. A la limite utiliser l’assistance gravitationnelle, mais cela signifie que le prochain round n’aura pas lieu avant des jours, peut-être des semaines. Finalement, les machines sont sérement les meilleurs soldats spatiaux. Aucun besoin vital, pas de famille endeuillée, capables de voyager pendant des dizaines d’années sans subir les affres du temps et aptes à réaliser des calculs et prendre des décisions plus rapidement que n’importe quel être humain.

La guerre spatiale sera robotique.