Pire qu’un Québécois : le Français tentant de passer pour un Québécois

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À Montréal, le tiers-monde non oppressif de l’Amérique du Nord, le vivre ensemble passe par une haine commune des Français. Ce rejet des “du coup” part d’un constat simple : l’immigré hexagonal est un pot-pourri pénible de Parisiens s’imaginant en vacances au Maroc, de jeunes étudiants trop peigne-cul pour apprendre une autre langue et de provinciaux galériens fatigués de vivre du RSA.

Dans cet océan de médiocrité, une poignée de malins brouille les pistes pour mieux s’intégrer. Entre une soirée au Datcha et un week-end chalet au Mont-Tremblant, ils s’acoquinent avec quelques benêts locaux en tentant d’imiter leur accent subtil, fruit d’une copulation infernale entre un paysan picard dyslexique et un redneck sudiste en fin de droits.

Ces nouveaux mangeurs de fromage en grains, dans l’espoir vain d’être acceptés par les autochtones de la Belgique des USA, s’inventent un surnom à consonance américaine, se percent le nez et se cachent pour regarder la finale de Top Chef en replay via ExpressVPN. Leur identité sur les réseaux sociaux en prend un coup. Les voilà aujourd’hui mignonnement alignés au sein des rangs virtuels des guerriers insignifiants de l’appropriation culturelle.

Ils jouissent désormais d’une position dominante. Ils peuvent maintenant rire des Français qu’ils pensent ne plus être et embrasser une culture se limitant à s’émouvoir d’une nouvelle baraque à pizzaghettis. En sur-utilisant les expressions des régionaux, en mimant leur mode de vie, l’ancien reblochon pense être l’un des leurs. Il en tire une fierté exacerbée, dépeignant son nouvel habitat comme un Eldorado sali par l’invasion de ces bourrus de Français.

Persuadé d’avoir trouvé en Montréal un paradis terrestre, il en oublie que Bègles, son pays, et Cancun, qu’il visite une fois par an avec sa grosse, sont ses deux seules villes de comparaison.

Malheureusement pour ce fifou faisant rouler encore et toujours la nullité de son existence, il ne trompe personne – ni les Montréalais, ni les Français. Un singe, même bien enturbanné, reste un singe.