La fête de la musique ou l’antichambre de l’Enfer

Depuis 1982, l’arrivée de l’été est célébrée par un viol collectif de citadins innocents par quelques apprentis mélomanes. Depuis 1982, chaque 21 juin se transforme en une immense kermesse vérolée où un melting-pot de musiciens et autres handicapés du solfège envahissent les quatre coins de la ville dans le but d’imposer au peuple aviné une agression auditive.

Ce carambolage culturel se veut un tremplin pour des groupes de collégiens rappelant que, non, le grunge n’est pas mort depuis vingt ans. Pire : l’on peut aisément jouer avec son cadavre durant trente longues minutes. Malheureusement, l’auto-sacrifice n’est pas le monopole des collégiens en devenir : il est aussi l’apanage des minets du rock-mou, les sensibles de la guitare électrique se faisant la bise pour se saluer et s’imaginant, le temps d’une soirée, maîtres des trottoirs grâce à leurs reprises pénibles d’un Noir Désir sous Xanax.

Ils sont généralement suivis de groupes de metal trop paresseux pour disposer d’influences autres que celles de leurs t-shirts larges de Linkin Park et SlipKnot. Ces chevelus maladroits recyclent des riffs épuisés entre deux blagues potaches sur leur anus dilaté. Leur son composé en majorité d’hommages à des groupes américains dépassés réussit à satisfaire leurs quelques amis alcoolisés criant « Kevin à poil ! » entre chaque chanson.

Ils cohabitent généralement avec un groupe de rap abordant principalement ces deux thèmes : nik la bac, libérez Lacrim.

Au sein de ce chaos composé également de vendeurs à la sauvette de merguez molles, de chevreuils à sarouels lançant du feu sur un fond de sonore ethnique et de teufeurs sales coincés en pleine descente de speed devant des baffles plus grands que la vacuité de leur vie, se cachent des mecs dévoilant un peu de leur jardin secret en reprenant Johnny à la clarinette.

C’est aussi ça la fête de la musique : un vestibule de l’Enfer, là où nos larmes se mélangent à notre sang.