Les écologistes moralisateurs des réseaux sociaux me fatiguent : nous culpabiliser ne sauvera pas la planète

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J’abomine notre époque car elle pue l’angoisse et la moraline. Angoissée jusqu’à la terreur nocturne, elle accouche régulièrement d’un nouveau théoricien de l’effondrement qui, dans un t-shirt en fibre végétale, nous annonce la fin du monde par des slogans inspirés de Jean-Marie Bigard : “Bouffe ma chatte, pas la planète”. Si j’aime arracher les poils pubiens coincés entre mes dents, je préférais les incantations médiévales, logiquement plus sobres : “Repentez vous, la fin est proche.” Cette formule avait au moins le mérite de nous laisser l’échappatoire de la prière.

Moralisatrice, notre l’époque l’est assurément. À chaque fois que je crame mon électricité en zonant sur Internet, un écologiste de Twitter me juge de ses petits yeux précis. J’attends le moment où l’on me donnera la consommation en watt de mon dernier porno et où l’on me proposera de planter un platane en guise de contrition :

 

“La Main Verte est un service novateur qui utilise votre semence pour faire germer des graines d’arbres.”

 

Youpi banane, comme disait Harambe avant de se faire fumer par une balle de 375 H&H Magnum. L’expérience est identique quand je commande en ligne ou que j’achète un billet d’avion. Il y a toujours un ayatollah du climat pour me culpabiliser et me rappeler que je gagnerais à réduire mon empreinte carbone. Automatiquement, l’activité humaine consomme des ressources naturelles et produit des déchets. Alors, quel est le projet exactement ? Renoncer à tout, s’allonger nu sur le carrelage et se laisser dévorer par les cafards afin d’alimenter le cycle de la vie ? Non, j’exagère.

Le problème avec la morale, c’est qu’elle revient souvent comme un boomerang australien dans la face de celui qui la porte. François de Rugy aime les fruits de mer et approuve ce message de ses deux bras cassés. “Bien qu’il soit agréable de se sentir vertueux. Il convient de se demander si se sentir vertueux et être vertueux sont en fait la même chose” nous dit Bret Easton Ellis dans White, son dernier bouquin.

 

La question se pose aux hypocrites du climat que nous sommes tous.

 

On dépose nos cartons dans la poubelle jaune le samedi tout en planifiant un tour du monde le dimanche qui répandra plus de CO2 dans l’atmosphère que d’agent orange sur le Vietnam. On achète une gourde en inox pour bannir les bouteilles en plastique, mais on se rue sur des gadgets électroniques fabriqués en Asie grâce à l’extraction polluante de métaux rares. Nos gouvernements nous collent des taxes vertes au bon goût d’écologie punitive avant de négocier des accords commerciaux visant à importer des tonnes de trucs depuis des pays situés à des milliers de kilomètres et qu’il faudra transporter dans des cargos fumant. La vérité crue, c’est que nous vivons tous dans un mariage bourgeois du dix-neuvième siècle. On se jure fidélité jusqu’à la mort, on va à l’église le dimanche, mais on entretient au moins deux relations adultères, dont l’une avec la soeur de son épouse.

Le pseudo écologiste des réseaux sociaux a ceci d’agaçant qu’il se résume souvent à une posture morale de chevalier blanc en quête de rédemption et de reconnaissance :

 

“Regardez-moi sur Twitter comme je suis concerné. J’ai organisé une distribution de Tupperwares dans mon entreprise pour remplacer les emballages jetables par des contenants réutilisables !”

 

Merci pour ton input de qualité Capitaine Planète mais, sache que d’ici à 2035, la Chine prévoit de doubler le nombre de ses aéroports pour en construire 216 de plus que les 234 déjà existants. Ton initiative, louable au demeurant, équivaut à coller un sparadrap sur une jambe de bois. La vérité cuite, c’est que le dérèglement climatique est irrémédiable, que la menace va s’intensifier à mesure que la population du globe continue d’exploser et que les pays émergents adoptent le mode de vie occidental. Peut-être qu’au final, la solution réside dans le retour tonitruant de la peste noire ? Je déconne. Je pensais plus à une invasion de zombies.

 

Il ne s’agit pas ici de contester la réalité du dérèglement climatique, encore moins de pointer du doigt ceux qui nous alertent intelligemment de l’urgence de la situation.

 

La planète se réchauffe comme une baraque à frites et le futur risque fort de ressembler à Blade Runner en version québécoise. Pourtant, nous n’avons pas besoin de prophètes hyper connectés hystérisant le débat dans un spectacle virtuel n’apportant rien de productif. Nous n’avons pas non plus besoin de ces initiatives virales qui sont mises en place pour générer de l’attention. Elles restent futiles face à l’ampleur du défi. Pas besoin, enfin, de ces justiciers des Internets qui lancent des pétitions en ligne et dénoncent sur Twitter le magasin du coin pour ses sacs en plastique.

Pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique, ou du moins en limiter les effets négatifs, nous avons besoin, notamment, de recherche scientifique, de courage politique et de prendre conscience de l’impact de nos choix de consommation grâce à une éducation ne reposant pas sur la culpabilité. La science permettra, comme elle le permet déjà, de réduire l’usage de ressources naturelles et la production de déchets. Quant aux politiques, ils pourraient, par exemple, apprendre à dire non ou forcer la relocalisation des usines au plus près des centres de consommation.

Au fond, je crois que les activistes climatiques des réseaux sociaux me fatiguent car, comme pour le BDSM, ce sont souvent ceux qui en parlent le moins qui en font le plus.