9 août 1942, le match des bonshommes ou la preuve que les nazis étaient des brêles en foot


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C’était un autre temps. C’était un autre contexte. C’était la Seconde Guerre mondiale. Une vie ne valait pour certains pas plus que la balle y mettant fin. Mourir pour, contre ou à cause d’une idée.

Dès l’été 1941, Hitler, dans un élan mégalomane, mû par le désir de se foutre sur la gueule avec tout le monde même ses faux alliés d’hier, attaque l’URSS -c’est la célèbre opération Barbarossa. Le procédé est toujours aussi effroyablement efficace. La Wermacht progresse, les SS ratissent derrière. Ce sont ces mêmes soldats et SS qui décident d’instaurer dans l’Ukraine occupé un championnat de football, pour tuer l’ennui. Inutile de dire que l’équipe allemande de cette ligue souhaite avant toute chose montrer aux occupants la supériorité physique et sportive de la race aryenne, comme s’y était attaché le film Les Dieux du Stade de Leni Riefenstahl, portant sur les JO de 1936.

 

« C’est à l’initiative d’un commerçant de la ville qu’un ersatz du club va s’élever pour affronter l’équipe Aryenne »

 

Les matchs ont principalement lieu dans la capitale, Kiev, où le Dynamo, qui avait été fondé en 1927, est dissout par l’occupant. Le club se battait déjà dans le difficile championnat d’URSS, mais n’était pas encore la légende qu’il serait amené à devenir. Néanmoins, on en est là. Les joueurs du Dynamo sont privés de leur club, dispersés à cause de la guerre et un peu oisifs ; il semble difficile de reformer l’équipe. C’est pourtant à l’initiative d’un commerçant de la ville qu’un ersatz du club va s’élever pour affronter l’équipe « Aryenne » et les autres équipes « collaboratives » : le mythique FC Start.

 

 

Rapidement, dans ce drôle de championnat, le FC Start enchaîne sept victoires consécutives, humiliant les différentes équipes nazies. Ils font un petit 7-2 pour le premier match, malgré la fatigue et la faim, puis 6-2 contre la garnison hongroise. Une vraie branlée. Naturellement, les occupants se frustrent et se cambrent dans leur orgueil. De là à dire que les nazis sont un poil susceptibles, il n’y a qu’un pas – à faire en bottes cloutées. Pour venger l’affront, il est décidé d’organiser une nouvelle rencontre, un match ultime dont la date fatidique est fixée au 9 août et sur lequel la Gestapo souhaite avoir la mainmise. En plus d’avoir sélectionnée ses meilleurs joueurs, elle veut truquer le match et désigne pour cela un arbitre issu de ses rangs. Ce dernier vient voir les joueurs du FC Start avant le match et leur intime l’ordre de faire le salut nazi au début du match. Les Ukrainiens refusent et, devant quarante-cinq mille spectateurs, infligent à l’adversaire un 2-1 dès la mi-temps. La tribune des officiers allemands éructe (et ce n’est pas gracieux).

Durant les quinze minutes de mi-temps, les soldats allemands pénètrent en arme dans le vestiaire du FC Start et annoncent à l’équipe qu’une victoire pour eux sera synonyme de mort. Alors jouer au foot avec ses copains, pour l’amour du ballon, revenait à littéralement jouer sa vie. Qu’ont-ils fait ? Ils se sont finalement imposés 5 à 3, humiliant les autres au passage, quand le défenseur Klimenko feinta le gardien allemand en fin de match, se retrouvant seul devant le but vide et préférant s’en retourner vers le rond central.

 

« L’amour du foot prend ici un tout autre sens »

 

L’équipe ukrainienne est raflée par les nazis. Un joueur meurt torturé. Trois autres, dont Klimenko, sont tués dans le funestement célèbre massacre civil de Babi Yar, où cent mille personnes trouveront la mort dans le ravin dit “ de la vieille femme ”. Trois joueurs se cacheront et retrouveront la liberté lors de la libération de la ville en novembre 1943. Les quatre autres joueurs disparu. L’amour du foot prend ici un tout autre sens, conféré par ces événements historiques. Le foot a toujours été ce sport ultra-populaire, mais il a été au moins une fois dans l’Histoire invoqué par une quinzaine d’homme pour affronter des idées terrifiantes, celles d’un Reich méprisant et méprisable. Avec aplomb, ils se sont sacrifiés.

Lors d’une quinzaine de matchs historiques, le FC Start fut un bastion de résistance, à travers des passes, l’amour du beau jeu et une victoire honnête. Le Zenit Stadium a été renommé le Start Stadium en 1981 et une statue trône encore à Kiev pour célébrer ces hommes dont l’histoire est enseignée à tous. C’est ça la gloire, les mecs.