Crypto-monnaies : l’espérance d’un monde sans banques

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Le monde de la crypto-finance a pu observer depuis quelques mois un engouement populaire pour les crypto-monnaies : progression historique des capitalisations boursières, téléchargement massif des applications de tradingÉ Nous allons revenir sur tous ces points. Le grand public entend parler de l’explosion du Bitcoin, plus récemment de la progression du Ripple et de son entrée sur les applications boursières professionnelles. À ce rythme, c’est bientôt notre Jean-Pierre Pernault national qui va faire un reportage sur ces nouveaux riches qui jouent sur leur ordinateur à 5000Û.

D’où vient cette vague et où va-t-elle ? Que peut-elle exprimer ? dirait notre célèbre présentateur.

À l’aube de 2018, la capitalisation boursière des crypto-monnaies est de 500 milliards de dollars ( pour vous donner un ordre de grandeur : Apple, la plus grosse capitalisation boursière au monde, est côté 868.88 milliards de dollars au 31 Janvier 2017). C’est à la fois rien du tout eu égard à la masse monétaire mondiale en circulation (évaluée à 90 trilliards de dollars) et remarquable en tenant compte du fait que ces devises sont décentralisées et même opposées au système bancaire car non contrôlées par un organisme unique.

Qui sont les investisseurs et utilisateurs ?

Pour mieux les cerner, il faut bien se rappeler que le Bitcoin a été créé par Satoshi Nakamoto et tout ce que l’on sait sur cette(ces) personne(s) est qu’il(s) ou elle(s) est(sont) crypto-anarchiste(s) – l’enfant illégitime des anarcho-capitalistes (les AnCap) et des anarcho-libertaires, avec un soupçon d’ADN d’autonomes. Les crypto-anarchistes se sont fait connaître dans le paysage numérique quand le hacking s’est mêlé des intérêts de la vie quotidienne, dans les années 2010, c’est-à-dire quand les mastodontes d’Internet ont commencé à appara?tre (Google, Yahoo, eBay, etc.). Leurs revendications sont assez simples à résumer : avoir droit à un anonymat complet sur Internet. Il ne manquait qu’un maillon dans toute cette cha?ne d’anonymisation allant du navigateur (Tor pour citer le plus connu) à la messagerie: un moyen de paiement. Le Bitcoin était né.

Il a commencé à se faire connaître avec l’émergence du darknet (auquel on pouvait donc accéder via Tor), cet Internet secret où les hackers pouvaient, para?t-il, bréler votre ordinateur en quelques minutes. En 2010, on parlait du Bitcoin (ou BTC) comme d’une monnaie utilisée pour y acheter de l’héro?ne ou des armes. Mon PC n’a pas fait de combustion spontanée à l’époque, mais je savais qu’un AK-47 coétait environ 700Û en BTC d’après les annonces, une esclave sexuelle 5 000Û si elle était majeure et un assassinat à partir de 20 000Û pour du bon travail. Le prix grimpait vite en fonction de la cible, certains tueurs à gages disponibles sur le darknet prenaient plus cher pour une célébrité ou un enfant, d’autres pour une femme enceinte ; ça dépendait de chacun, comme j’ai pu le voir en arpentant les grilles tarifaires de quelques mercenaires. N’ayant jamais effectué ces achats, il n’est pas certain que tout ça n’était pas infesté d’arnaques et de fakes.

 

 

 

De monnaie pour dealer américain à faux argent pour geek, le BTC (crypto-monnaie la plus populaire à cette époque) a évolué autour de 2014 quand des mineurs de Bitcoins ont commencé à faire fortune (des informaticiens avec des machines principalement composées de cartes graphiques optimisées pour l’extraction de la monnaie virtuelle et sa mise en circulation). Puis c’est devenu un peu à la mode, des investisseurs ont rejoint le marché, des sites de brokers (sites destinés à la base à acheter des actions boursières, désormais des crypto-monnaies) ont commencé à émerger de toute part et comme tout ce qui génère de l’argent, ça attire du monde : Coinbase est aujourd’hui l’application la plus téléchargée de l’App Store, joli record pour une app de broking. 2017 a été une explosion : de 750$/BTC en décembre 2016, le cours est monté à 19 891$ en décembre 2017, ce qui est suffisant pour que tous les médias grand public en parlent. Alors dans le fond, les revendications originelles ne commenceraient-elles pas lentement mais sérement à se concrétiser ? Les banques commencent à s’inquiéter face à l’ampleur du phénomène : ce sont désormais des centaines de milliards de dollars qui sont échangés, échappant à un quelconque contrôle des banques centrales et des institutions monétaires (de plus en plus d’articles pas très objectifs ni très étayés sont publiés, cherchant à décrédibiliser le Bitcoin).

Exemple : disposez-vous d’un héritage important ? Rien ne vous empêche de le trader sur les sites de broking, en attendant de l’utiliser pour acheter une maison, de payer des travaux ou de se rembourser l’argent prélevé par l’?tat au passage pour les frais d’héritage gr?ce au gain réalisé. Même si pour l’instant, peu d’artisans vont accepter d’être payés en crypto-monnaies, il suffira d’échanger ses BTC contre des euros sur Coinbase (ou autre, car cette plateforme prend un bonne commission camouflée dans un taux de vente plus bas qu’ailleurs). La taxation des crypto-monnaies étant pour l’instant très floue, la prudence reste cependant de mise pour éviter de voir 50% de son gain s’envoler.

Le Bitcoin ce sont aussi des exemples de charité comme Bithope (une plateforme de dons en Bitcoins pour des causes caritatives) ou Pineapple Fund. Ce mystérieux redditeur (utilisateur du forum Reddit) auquel vous pouvez envoyer des BTC a pris l’initiative de distribuer pour 86 millions de dollars en Bitcoins à plusieurs associations trop peu soutenues par les gouvernements, suite à l’inflation colossale de cette crypto-monnaie (et donc de sa fortune). Figure notamment parmi ces associations la MAPS (Multidisciplinary Association for Psychedelic Studies) qui étudie les possibilités de soigner ou soulager des malades et traumatisés gr?ce aux drogues psychédéliques, de manière médicale et encadrée – organisation qui a évidemment du mal à trouver des financements officiels. Mais qui dit don en BTC, dit anonymat quant à la provenance de l’argent. Celui-ci peut aussi bien venir de cartels culpabilisant de vendre des milliards de dollars de coca?ne sur le darknet que de Bill Gates s’amusant un peu dans son lit, ou encore de votre voisin ayant fait fortune gr?ce au BTC mais qui le garde pour lui.

 

Dans le fond, les crypto-monnaies soulèvent beaucoup de questions car elles commencent à s’intégrer dans le quotidien des personnes qui ne s’y intéressaient pas au moment de leur création, comme le monstre Revolut (une banque décentralisée sur mobile vous permettant de payer dans presque toutes les devises sans frais), qui a déjà intégré à son système trois crypto-monnaies : le Bitcoin, le Litecoin et l’Ethereum. Vous êtes au Japon et souhaitez rapidement envoyer de l’argent à votre fils au Pérou ? Envoyez-lui pour 500$ de Ripple, la transaction sera effectuée en quatre secondes. Vous évitez ainsi les frais bancaires, les taux de change et les délais astronomiques que peuvent prendre les virements SWIFT (le système classique de virement inter-bancaire, long et coéteux).

Nous avons pris le Ripple en exemple, nouvelle crypto émergente suite à une montée record en 2017 ; notons que celle-ci est très controversée par les défenseurs des crypto-monnaies car elle travaille main dans la main avec les banques afin que ses jetons (les XRP) soient utilisés pour des transferts inter-bancaires quasi instantanés : quatre secondes, là où un virement SWIFT peut prendre plusieurs jours voire semaines. Peut-on faire confiance à une crypto-devise décentralisée mais travaillant avec les banques, le grand ennemi des crypto-anarchistes ? Cette question divise même ces militants.

Une autre révolution aura lieu quand les dealers quotidiens se mettront aux crypto.

Quoi de plus simple que d’envoyer un message sur Signal (une application de messagerie totalement anonyme) puis de payer en BTC nettoyés depuis un compte dédié ? La transaction aura été anonyme, le contact aussi et le vendeur n’a pas d’argent sur lui, ce qui élimine donc une énorme partie des risques et des preuves.

Pour un point de vue plus positif, imaginez une coopérative où des agriculteurs se regroupent pour vendre en crypto-monnaies : ils ne seront plus soumis à aucune taxe. Les transactions se font hors banque, l’?tat ne peut plus taxer ces ventes mais eux peuvent capitaliser sur une monnaie intéressante sans même que cet argent n’apparaisse sur des comptes. C’est l’individu qui capitalise et non plus les instances qui se servent de l’individu pour capitaliser. Imaginez seulement un instant, si ces transactions se généralisaient, jusqu’à quel point tout ce qui se met en place à l’encontre de l’individu depuis des années pourrait flancher.

Certes, il y a une phase d’apprentissage, mais rien d’infaisable pour ceux qui ont appris à se servir d’Internet. N’oublions pas qu’il n’y a qu’une seule génération qui soit réellement née avec un Internet démocratisé. Toutes les autres ont dé évoluer. Si apprendre n’a rien de bien terrible, alors se payer avec des QR Codes ne sera pas impossible ; on le fait déjà avec des bouts de papier colorés, rêvons d’une révolution numérique qui ferait vaciller les banques.