N’allez pas voir Black Panther, c’est une merde

Hey ! Salut ! Tu es noir ? Tu te sens seul et délaissé par cette société qui utilise tes impôts pour payer à ses forces de l’ordre des matraques fabriquées dans des matériaux non-adaptés à la muqueuse intestinale ? Alors n’attends plus ! File voir Black Panther ! Un film qui te donnera du punch ! (Clin d’œil appuyé, sourire débile, bouche ouverte, pouces en avant.) Oui, donc je voulais vous parler deux secondes de Black Panther. En sortant du film, je me suis abstenu d’avoir un avis auprès de mes amis, la moitié d’entre eux sont des gauchisto-post-beaufs (marque déposée), l’autre moitié des Michel Onfray cocaînés : j’ai donc préféré la fermer et y réfléchir un peu plus calmement. Mais maintenant je crois que j’en suis sér : Black Panther c’est de la merde.

Bon, sur la forme, c’est un Marvel, pas besoin d’en dire plus, si ce n’est que les bagarres trop cool du premier Avengers, les one-liners et les structures narratives industrialisées, à force de les voir tout le temps, on finit par s’en battre infiniment les couilles. Non, vraiment, plus rien à foutre. En revanche, sur le fond, j’ai des problèmes avec ce film.

 

 

Alors tu vois Jean-Kevin, le Wakanda, c’est un pays africain qui en fait est ultra développé mais qui le cache (qui est donc tellement développé qu’il a les moyens de le cacher) et qui se fait passer pour pauvre. Mais au-delà des apparences, en fait y a des gratte-ciels, de la technologie et sérement des PME qui paient trop de charges, des start-ups uberisées et des stagiaires pour faire tourner tout ça. Donc déjà ça, c’est sournois : c’est-à-dire que les ricains ont tellement peu de respect pour les sociétés africaines existantes qu’ils se sentent obligés d’y construire une société capitaliste imaginaire ; ils sont tellement peu capable de concevoir qu’une société puisse ne rechercher ni la performance, ni le progrès technique, ni le développement personnel qu’ils collent des images mentales sur une réalité qu’ils ne saisissent pas moralement. Oui je parle de réalité parce que ce film a des prétentions en ce qui concerne son message et il faut donc être dans ces cas-là assez précis.

Et donc le truc c’est qu’au Wakanda, y a un roi et quand t’es roi au Wakanda, t’es aussi Black Panther, c’est-à-dire un genre de… bah de super-héros, quoi. Donc on résume : on a à faire à un pays qui déglinguerait une alliance Russie-Chine-USA, qui a des espions partout dans le monde et dont le chef possède de très loin le high score de la machine à coups de poing de la Foire du Trône et fait des bonds de trente mètres et les mecs, leur politique c’est celle de Marvin dans Pulp Fiction :

 

Oh vous savez, moi je n’ai pas vraiment d’avis.”

 

Sauf que le méchant débarque et là, c’est la crise existentielle. Sachant que l’argument du méchant c’est Wesh vous êtes des bâtards de pas avoir d’avis !. À ce moment, Black Panther se dit J’avoue on est un peu des bâtards comeme.. Du coup, il prend des champichmoufs et il va voir son daron au paradis des renois et il lui demande Wesh papa pourquoi on est des bâtards, un peu ? et son père, il lui dit Bah jchépa lol, déso !. S’ensuit de la bagarre, Black Panther gagne et à la fin, la morale c’est que heureusement qu’il y a Black Panther parce que comme ça les petits renois de Detroit et de Chicago, ils vont pouvoir avoir un modèle qui leur ressemble un peu plus. Ah et aussi : on a le droit à tous les clichés africains que cela soit dans les costumes, les designs, les plateaux à lèvres, les locks en terre cuite ou les cous plein d’anneaux. Ce qui est ultra gênant là-dedans, c’est que tu sens que les costumiers ont fait tout cela en pensant rendre hommage à l’Afrique, alors qu’au final, on fait face à succession des quinze, vingt premières images d’une recherche Google Images de cultures africaines.

Le principal problème de ce film, à mon sens, est qu’il souhaite traiter des problématiques actuelles des noirs américains en utilisant l’Afrique et sa culture pour justifier le propos. Cela donne l’impression d’assister à un raisonnement du type :

 

Bon, Black Panther il est noir, nous aussi, du coup on va parler de nous, mais on va essayer de rester sympa avec les Africains chemin faisant.

 

Imaginez qu’au moment de réaliser Thor les mecs se soient dit :
 

Bon, Thor il a des problèmes avec sa famille, nous aussi, du coup on va parler de nous mais on va quand même faire un peu de place à la sociale-démocratie scandinave et au steak de renne.

C’est au mieux de la condescendance, au pire du racisme primaire. Il y a pourtant mille autres héros Marvel qui auraient pu faire le même job – en mieux, comme Luke Cage par exemple. Je pense et j’espère que Black Panther ne sera pas considéré trop longtemps comme un film inspirant tant il s’avère décevant à tout point de vue.