La loi asile et immigration : le continuum logique d’une politique de crétins

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La loi asile et immigration a été adoptée en première lecture en avril 2018 par une tripotée d’incapables et une partie des Français crie au caractère grotesque de cette mascarade.

Pour les retardataires, on va faire un petit rappel de la loi « je t’encule de front et j’assume ». Mets ta garde, Gérard, je vais te travailler au foie au premier paragraphe. Non seulement le but est de renforcer le contrôle aux frontières pour empêcher les terroristes de passer, vous l’aurez compris (coucou la récupération), mais c’est aussi une politique de dissuasion visant à rendre la France hostile à toute personne souhaitant passer les portes de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) pour une demande d’asile. La loi prévoit une réduction du temps pour effectuer sa demande d’asile, ainsi les migrants n’auront plus que 90 jours pour effectuer une demande. Soit. Même si cela fait hurler les associations humanitaires, je ne pense pas que le principal problème vienne d’ici mais plutôt des quinze jours – au lieu de trente – accordés pour demander à la CNDA (Cour Nationale du Droit d’Asile) de réviser sa position en cas de refus. En seulement deux semaines, il est très dur pour une personne migrante de pouvoir dans un laps de temps si restreint de faire valoir convenablement ses droits et de se procurer une défense. A l’inverse, le temps en centre de rétention (c’est une prison sauf que les personnes y vont uniquement s’ils n’ont rien fait) va doubler, passant de 45 à 90 jours. Là par contre c’est pas Charlie. Personne n’est dupe. Même si Macron nous annonce pépouze que ces mesures ont été prises pour accélérer les procédures, c’est en réalité un véritable contrôle du temps que le gouvernement souhaite exercer sur la population migrante.

Mais ce qu’il faut retenir c’est que cette loi traduit à merveille l’ambition de la France et grosso merdo de l’Europe : le contrôle. Et ce contrôle n’est pas nouveau tututut. Les politiques voient les demandeurs d’asile comme un dangereux robinet qui coule et ils ont trouvé deux solutions majeures pour ne pas se faire éclabousser : fermer le robinet et contenir le reste dans une bassine. Pour la fermeture des vannes, des moyens hollywoodiens sont mis en place. Notamment par l’agence européenne Frontex, qui avec 254 millions d’euros en 2016 est l’agence la plus financée d’Europe. Frontex c’est l’agence qui s’occupe du contrôle des frontières européennes et qui, à base d’hélicos, de capteurs thermiques, de radars, de navires et tout le barda, repousse tous ceux qui ne sont pas autorisés à entrer dans la terre sacrée et protégée qu’est l’Europe. En gros c’est les Expandables : des types armés jusqu’aux dents et qui ne réfléchissent pas assez pour pouvoir monter un jouet Kinder sans la notice. Les pays d’Europe redoutent tellement une arrivée de migrants qu’ils ont même décidé de s’occuper des frontières de pays tiers qui n’ont absolument rien à voir avec l’Europe. C’est ainsi qu’on file du fric à des pays comme la Libye  pour que des milices nationales et les agents de Frontex présents sur les lieux interceptent les migrants avant l’infraction. On est sur un programme Minority Report aux pays des connards. En 2008, Berlusconi, après avoir signé un traité avec la Libye, annonce :
 

« Nous aurons ainsi plus de pétrole et moins de clandestins. »

Dommage qu’il ne l’ait pas fait en alexandrin, à ce niveau-là c’est de l’art !

La surveillance s’accroît aussi fortement au niveau des systèmes biométriques. Pour passer une frontière, il faut des papiers magiques (passeport, visa ou que dalle si t’es né sur le bon territoire et que tu ne bouges pas trop loin). En passant ces frontières on y laisse des informations collectées dans des bases de données comme Eurodac pour toutes les empreintes digitales, SIS et VIS. Les États européens souhaitent connaître l’identité des personnes étrangères à l’espace Schengen par avance. Ces systèmes ont des répercussions sur l’entrée des demandeurs d’asile mais je peux comprendre l’envie des États de vouloir collecter ces informations.

Le hic, c’est que des frontières intelligentes sont le début d’une discrimination sur des critères libres afin de savoir qui est considéré comme apte à passer cette frontière et qui est présumé « à risque ». C’est le cas du système RTP. La seconde solution c’est de regrouper les migrants. Pour pas qu’ils fassent chier, primo, mais aussi parce que l’enfermement limite les droits auxquels on peut prétendre. L’enfermement limite leurs démarches administratives et leurs contacts avec l’extérieur, mais c’est quand même beaucoup plus facile de bafouer leurs droits. En 2013, l’UE a normalisé l’enfermement dans sa directive nommée « accueil ». On est sur de la quenelle de 180 mes amis.
 

Ceux qui critiquent les politiques migratoires actuelles ne sont pas pour une ouverture ou une suppression totale des frontières.

Et qu’en est-il de l’antithèse ? Déjà doit-il y en avoir une ? Les personnes qui aident les populations migrantes (pouvant toujours être considérées comme des passeurs par la loi Collomb) et ceux qui sont réticents aux politiques migratoires actuelles sont-ils pour une ouverture des frontières ? Non. Ont-ils forcément leur carte chez les Insoumis ? Je ne crois pas non plus. Les frontières sont des entités indispensables pour la culture et la conservation de la diversité des patrimoines. Cependant elles sont aussi géopolitiques et géostratégiques. Des frontières (physiques mais pas que) sont créées ou encore déplacées et visent à séparer, par exemple, les pays sûrs et les pays qui ne le sont pas. Mais les États-Unis sont-ils un pays sûr ?

Là où beaucoup ne verraient qu’un aboiement dans ce papier, il représente surtout une envie de remettre en question la légitimité des personnes à passer des frontières et dans quel but ? Certains diront qu’ils viennent pour toucher la CAF et le chômage. Rappelons que les étudiants étrangers en France perçoivent les APL. Devons-nous aussi les blâmer pour cela ou est-ce que pour eux « c’est différent »? Car ces personnes étudiantes sont aussi techniquement des migrants. Est-ce qu’ouvrir les frontières aux personnes dans le besoin et ne pas rendre les démarches plus difficiles entraînerait indéniablement une menace à l’ordre public, l’économie et la sécurité ? Les différents moyens mis en œuvre par Frontex, l’UE et les États européens, à l’inverse de montrer une quelconque efficacité dans les impasses présentées aux migrants, à défaut de rendre les frontières (physiques et institutionnelles) imperméables, poussent les migrants à prendre des routes plus dangereuses, quitte à solliciter l’aide de passeurs, même si cela peut coûter plus de thunes (et même la vie pour ceux qui se retrouvent victimes d’un réseau de traite humaine). L’impression de non-droit encourage la fraude, le trafic et la traite.

Selon l’INED (là on parle pas de statistiques balancées en plein PMU), la France n’est que le 49e pays au niveau de la proportion (et non l’effectif) d’immigrés au sein de la population nationale avec 12.1 %. Dans les onze premiers pays de ce même classement, un seul pays fait partie de l’Europe : le Luxembourg – les migrations les plus importantes étant celles dites sud/sud. Chercher à limiter les flux migratoires est un problème étant donné qu’ils ne peuvent être maîtrisés. L’Europe réagit dans l’urgence au lieu d’essayer de trouver des solutions basées sur le fait que la situation va durer. Les tentatives pour maîtriser ces mouvements de migrants sont donc obligatoirement brutales.

Finalement on en revient toujours au même point, à la même chanson, cette berceuse que l’on nous susurre dans l’oreille pour nous apaiser. L’Etat utilise encore et toujours les contextes d’actualité comme les attentats ou la crise des migrants pour justifier des mesures aussi brutales que cette loi et que les lois précédentes, que Macron juge nécessaires. N’oublions pas que les lois Sarkozy sur la sécurité intérieure ont été bâties en mettant tous les problèmes de la France sur le dos des individus pointés du doigt comme déviants (migrants, manouches, tepus).
 

Comprenez, c’est pour notre bien, pour l’économie, car on ne peut pas accueillir toute la misère du monde.

Ta mère en crocs. La majeure partie des réfugiés viennent de l’Orient. Nous on vend des armes et on veut pécho une partie du gisement de gaz, tu ne crois pas que c’est l’État qui est responsable d’une partie de cette misère, Manu ? La rhétorique de l’urgence et des solutions de dernière minute est dépassée. L’espace Schengen a été un véritable changement dans la perception de l’autre. Ça part d’une idée formidable je te l’accorde et j’en suis pleinement conscient, sauf que cette libéralisation des règles de franchissement des frontières pour les États membres ont indéniablement créé une accentuation du contrôle aux frontières et ainsi perpétué la figure de l’étranger comme possible menace. Au fil des années, on redoute de plus en plus les migrants, les voyant comme des personnes pouvant menacer la sécurité du territoire. Les amalgames sur l’islam et la montée des partis populistes ont un grand rôle à jouer et impactent directement ou indirectement les politiques aux frontières. Cela fait une vraie distinction entre les « bons » et les « peut-être mauvais ». Pour caricaturer, nous acceptons les blancs chrétiens en France parce qu’ils sont bons, mais pas les bronzés musulmans car ils sont terroristes.

La politique agressive dont émane cette loi est un enchevêtrement de plusieurs sujets mêlant sécurité intérieure, profit de l’état, politique de l’Union Européenne et tradition française. La vision de l’étranger (celui qui est hors de l’espace que l’on appelle espace commun) comme possible menace à l’ordre, la sécurité ou encore l’économie ne date pas de Gérard Collomb? mais cette loi participe à la survivance de ce type d’idées.