Zoophilie : d'une pratique tabou vers une acceptation de son fétichisme ?

Zoophilie : d'une pratique tabou vers une acceptation de son fétichisme ?

Ces dernières années il semblerait que le sujet de l'accouplement entre des humains et des animaux ait provoqué un regain d'intérêt médiatique. En effet, l'Allemagne ainsi que le Danemark ont décidé d'interdire la pratique de la zoophilie. En réponse à ces décisions une organisation teutonne intitulée "l'Engagement des Zoophiles pour la Tolérance et le Dialogue" (ZETA en allemand) a publié deux vidéos sur Youtube pour initier un débat. Le sujet ne manque pas de faire des remous, notamment à cause d'un fort tabou social. Il est en effet plutôt mal vu de se faire limer par son chien ou d'aimer plus que de raison son poney. Au delà de savoir si cette pratique est bonne ou mauvaise, sujet dont je me branle, je vais dans un premier temps tenter de comprendre quels sont les arguments de chacun. Je parlerai ensuite de la perception de cette pratique. 

Les principaux arguments qui ressortent à l'encontre des pratiques zoophiles sont les suivants :

 

1. L'acte sexuel avec un animal est violent et sadique.
2. L'acte sexuel avec un animal est dégradant pour l'humain.
3. L'acte sexuel ne peut être consenti par un animal.

 

 

Le premier argument concernant le zoosadisme est un cas rare et dépend d'un trouble du comportement, principalement la psychopathie où un manque d'empathie permet à ces individus malades de prendre plaisir à dominer et torturer. Mais dans le cas d'un zoophile, ce qu'il souhaite est d'avoir une relation "classique" avec un animal, il ne ferait donc aucun mal sans s'assurer que ce dernier le souhaite.

L'anthropocentrisme du second argument est assez flagrant et témoigne d'un certain manque de recul. Là encore, le problème de dégradation est avant tout défini par la morale et la société, ce sont là des paramètres sujets aux changements.

Le dernier argument aborde le problème du consentement du partenaire animal, qui est, selon moi, le plus difficile à distinguer. Savoir si un animal domestique peut être consentant lors d'un acte sexuel avec un humain ou s'il obéit simplement à un ordre donné par son maître est assez complexe. Cela concerne principalement les chiens et les chevaux qui sont les partenaires privilégiés de nos amis les zoophiles. Pour ce qui est des autres animaux comme les insectes, les reptiles, les poissons, la question devient encore plus difficile. Il y a encore d'autres animaux exotiques comme les tigres, éléphants, chimpanzés ou dauphins mais il s'agit souvent plus d'érotisation que d'un acte sexuel - même si les dauphins sont réputés pour leurs tendances à se montrer très avenants avec des baigneurs.

Du côté des personnes tolérantes à la zoophilie, nous retrouvons les arguments suivants :

 

1. Le consentement n'est pas forcément nécessaire car dans beaucoup de pratiques humaines légales on ne le demande pas à l'animal (chasse, abattoir, prélèvement de sperme... ).
2. Les animaux sont capables d'apprécier et même d'initier des rapports sexuels.
3. Le consentement est une notion humaine qui n'a pas de sens pour un animal.
4. Certains animaux sont attirés par les humains et pratiquent des actes sexuels pour le plaisir.

 

Dans le premier cas, il est vrai qu'aller à l'abattoir est certainement un plus grand traumatisme physique et psychologique qu'une relation sexuelle avec un humain. De plus une insémination artificielle ou le prélèvement de sperme sont tous aussi intrusifs que réalisés sans le consentement de l'animal. 

 

"Le consentement est une notion humaine"

 

Selon le second argument, les relations sexuelles pourraient être une source de plaisir pour les animaux. Seulement même si l'on est capable de déterminer si un chien a faim ou soif, il est plus compliqué de deviner ses envies sexuelles. Certes, certains animaux s'adonnent au sexe récréatif, mais cela ne signifie pas pour autant qu'ils sont attirés par les humains.

Je retiens de ces arguments et contre arguments une chose : il faut s'affranchir des valeurs et de la morale pour juger d'une pratique sexuelle, aussi déviante soit-elle. La morale n'est pas universelle et elle varie selon les peuples. Ensuite c'est une meilleure connaissance de l'intellect, du désir et du ressenti animal qui nous permettront de décider si la zoophilie doit être acceptée ou non. En l'état, il me paraît difficile de disposer d'un avis tranché sur le sujet.

Mais qu'en dit notre société civile ? 

D'un point de vue légal, chaque pays fait un peu à sa sauce. La Suisse reste la plus ferme sur le sujet. Elle a même fait interdire de publication une photographie prise par David LaChapelle mettant en scène Angelina Jolie seins nus avec un cheval. En France, la zoophilie est sanctionnable de deux ans d'emprisonnement et de 30.000 euros d'amende depuis 2004. Plusieurs pays, comme l'Allemagne et le Danemark, semblent suivre ce modèle au nom de la souffrance animale. Juridiquement il n'y a toutefois pas d'unanimité. En effet, trois pays européens (la Roumanie, la Hongrie, et la Finlande) n’ont pas interdit explicitement dans leur législation, et autorisent donc, implicitement, la zoophilie.

 

 

Historiquement, son existence a ponctué ça et là la mémoire de l'Homme. Chez les Grecs, le minotaure est né de l'amour entre Pasiphaé (femme du roi Minos) et d'un taureau. Il existe également de nombreux contes érotiques au sein de la culture arabo-musulmane décrivant des femmes à la sexualité si débordante que seul un animal pouvait les satisfaire. Cela a d'ailleurs eu une influence profonde sur l'imaginaire collectif et la place de la femme dans ces régions. À Rome, les animaux étaient entrainés à copuler avec les femmes afin de les humilier et d'offrir un bien beau spectacle au cirque. La pratique semble donc être ancestrale.

Culturellement, la zoophilie est acceptée dans certaines sociétés (Indiens Hopi, Eskimo Copper, Kusaians, Masai, Riffians, Fez). Les hommes ont des relations sexuelles avec des chiens, des chevaux, des ânes, des moutons et même des poules. La bestialité était fréquente dans les tribus indiennes comme celles des Indiens Hopi. Voget décrit la vie sexuelle des jeunes Amérindiens comme « très inclusif », y compris la bestialité. En outre, les Inuits du Cuivre n'avaient apparemment « pas d'aversion pour le sexe avec des animaux vivants ».

Aujourd'hui, en occident, c'est dans la pornographie qu'elle se manifeste principalement. Je distingue trois types de productions zoophiles sur Internet que je peux même dispatcher par région sur le globe, bien entendu il n'existe pas de recensement officiel alors il s'agit juste de mon ressenti.

 

"L'Amérique du Sud est assez connue pour ses productions déviantes"

 

La première catégorie est celle des productions fétichistes comme au Brésil où des actrices comme Aline ou Camilla (attention liens NSFW) acquièrent une certaine renommée en tournant avec des chiens et des chevaux, parfois avec des animaux exotiques comme avec des types de production intitulés Zoocircus mettant en scène des chameaux, des éléphants et même des tigres. La deuxième catégorie est plutôt occidentale avec des sites comme Art Of Zoo (attention lien NSFW) et des sociétés de productions comme Petlovers, K9 ou BFI. Ces derniers ont aussi leurs actrices fétiches comme Stray X. Les productions sont majoritairement tournées en Hongrie. La dernière catégorie est celle des productions japonaises où le pénis des animaux (chiens principalement) est un moyen de détourner la censure étatique. Des actrices comme Sakura Sakurada naviguent entre les différentes productions pornographiques sans problème, passant pour ainsi dire du coq à l'âne. Il y a même des chiens japonais 'stars' du porn : Shiro et Kuro (attention lien NSFW). D'autres animaux ont soit un symbolisme phallique (par exemple les anguilles) ou soit un symbolisme culturel comme les pieuvres, les poissons ou les insectes. Il existe d'ailleurs un très bon reportage de VICE sur les productions Genki-Genki créées par Daikichi qui, selon lui, ne fait pas seulement du porno mais de l'art. Au Japon, vu de France, le fantasme de la zoophilie semble plus ancré, moins 'underground'. On trouve même des émissions TV ouvertement zoophiles

 

 

Il est intéressant d'évoquer le terme de 'fantasme' car il renvoie non plus à la pratique en elle-même mais à son imaginaire et son fétichisme. Ainsi tout un chacun peut désormais faire l'acquisition de dildos prenant la forme de pénis du monde animal. Cet achat ne signifie par pour autant que l'on va s'adonner à la zoophilie.

L'ouverture n'est toutefois pas que dans la pornographie ou les sextoys. Le DSM V, le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux utilisé en psychologie, classe toujours la zoophilie dans les paraphilies, soit des attirances ou pratiques sexuelles qui diffèrent des actes traditionnellement considérés comme « normaux ». Seulement elle ne devient un trouble mental que s'il y a détresse ou interférence avec le fonctionnement normal. 

Ces deux derniers points témoignent de l'acceptation en occident d'une certaine forme de zoophilie. Pas de la pratique qui reste un interdit moral et juridique fort. Son fétichisme, en revanche, semble intégré à notre inconscient collectif. 

Du même auteur