Pour en finir avec les commentaires sur Internet

Pour en finir avec les commentaires sur Internet
AUTEUR

Michel

PUBLIÉ

Le

Au cours d'une carrière professionnelle chaotique et peu valorisante j'ai occupé en freelance pendant près d'une année le poste de consultant digital fonctionnel. Derrière ce titre gonflant se cache un bullshit job consistant à éduquer des décideurs dépassés par les nouveaux usages numériques. L'objectif est toujours le même : les faire briller dans le web jeu. Pour cela, rien de plus simple, il faut pisser du powerpoint avec des phrases bien senties de type :
 

"Considérant l'orientation conjoncturelle, il est préférable d'anticiper la somme des organisations matricielles envisageables."


Il est aussi très important de ponctuer ce discours vide par quelques mots anglais ou acronymes prouvant sa maîtrise incontestable du sujet. Au choix : ASO, SMO, SEM, CM, growth hacking, inbound marketingmarketing automation. Là, de suite, aux yeux d'un détenteur d'un Galaxy Ace dont la seule destination sur les interouebs se résume à sa boîte mail Wanadoo, je pèse. Au fil de cette présentation habile pour enfoncer des portes aussi ouvertes que les fesses d'Anikka Albrite, la directrice communication entre en jeu pour poser éternellement la même question :
 

"Michel, excusez-moi de vous couper, mais qu'entendez-vous par OUEBDEUPOINZERO ?"


C'est là que je la joue malin en faisant passer ce concept déjà dépassé pour un truc du turfu, en import direct de la Bay Area.
 

"C'est très simple Béatrice. Par web 2.0 j'entends ce changement de paradigme digital récent consistant à passer d'un contenu descendant à un contenu communautaire."


En gros je lui vends un site lambda avec un bloc permettant de commenter les articles et des liens de partage sur les réseaux sociaux. Le niveau zéro de tout. Mais, pour cette Béatrice coincée au stade anal des Internets, je suis le messie. Seulement, le revers de la médaille de cette activité fort lucrative est de vendre mon âme au diable.  Je vous le dis tout net, le OUEBDEUPOINTZERO c'est de la merde. La pire chose jamais arrivée aux Internets après Buzzfeed. Pourtant l'idée de base est cool. Rendre des articles interactifs, permettre à chacun de s'exprimer, échanger, débattre ... cébo ! Sauf que la réalité est toute autre. On se retrouve avec une avalanche de commentaires émanants, au choix, d'un :

- troll,
- grammar nazi,
- rageux,
- alainsoraliste,
- hippie,
- conspirationniste.

Aucune matière pour débattre. Aucun bout de conversation possible. Que des phrases vindicatives avec une orthographe approximative incitant à la bagarre. L'occasion de se rendre compte que l'humanité est composée à 80% de pesteux misogynes et profondément débiles se donnant RDV dans les sections commentaires des sites d'informations. 

 

 

Xavier de La Porte, rédacteur en chef de Rue89, le reconnait lui-même :
 

"C’est la fin d’une utopie, de l’utopie de la co-construction"  source


Comment en est-on arrivé là ? Je n'en ai pas la moindre foutue idée. Tuer le temps, se sentir exister, volonté de se mettre en avant, possibilité d'exprimer une frustration... Je ne sais guère. Ils sont là, ils pullulent et répandent leurs diatribes fécales. Saloperie de cafards numériques. 

Mais que faire face à cette plaie ? Une solution existe. Ou, plutôt, des solutions. La plus communément admise consiste à payer des Indiens dans le but de filtrer et réécrire les commentaires laissés. L'idée est de recycler la matière produite par des lecteurs afin d'en faire quelque chose de mieux. Mouais. Le problème se retrouve alors traité en surface. La forme est améliorée mais le fond reste nul.

Pour empêcher de voir son site recouvert d'inepties, il convient tout simplement de ne plus permettre à l'internaute de laisser des commentaires. Reuters l'a fait et s'en porte très bien. C'est un choix radical qui, je l'espère, s'avère être le début d'une nouvelle tendance permettant à terme de purger la toile.

Gardons les Internets propres. Supprimons les commentaires.

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