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Damien Chaney, auteur de l’ouvrage « Etat des lieux des musiques extrêmes en 2011″

Interview de Damien Chaney l’un des auteurs de l’ouvrage « Etat des lieux des musiques extrêmes en 2011″, disponible aux éditions Camion Blanc, retraçant les ‘albums essentiels d’un demi siècle de transgression hard rock, metal, punk, hardcore & Co’. ‘Date de parution : 20 décembre 2011, prix : 40 €)

Bonjour, l’ouvrage « Etat des lieux des musiques extrêmes en 2011 – Les albums essentiels d’un demi siècle de transgression hard rock, metal, punk, hardcore & co. » vient de paraître dans toutes les bonnes crémeries, pouvez-vous nous en dire un peu plus : que va-t-on pouvoir y lire ?

Pour replacer un peu les choses dans leur contexte, l’idée initiale m’est venue en observant le nombre exponentiel de livres parus récemment dont le but est de proposer une discothèque idéale. Mais au regard des musiques extrêmes, ceux existants n’ont pas de juste milieu. Soit ça traite du rock, voire de la musique, au sens large et dans ce cas là, on retrouve juste Metallica, ACDC, Marylin Manson et les Clash (je caricature un peu… mais pas tant que ça !), soit c’est trop restrictif (genre le death metal suèdois entre 1990 et 1994). Et donc on est parti du constat qu’il manquait un intermédiaire, un truc qui traite de tous ces styles un peu énervés (hard rock, punk, metal, et j’en oublie !!) et qui pourtant sont fondamentalement liés : le metal découle du hard rock, le grindcore est lié au punk, etc. A partir de là, le livre est une sorte d’encyclopédie des musiques extrêmes qui retracent leur histoire en 450 albums clés, de 1965 à 2011. Après, il faut prendre cet ouvrage pour ce qu’il est : une base de données pour fouiller, découvrir et apprendre ; un livre qu’on feuillette, qu’on picore, etc. On n’a pas la prétention d’avoir l’encyclopédie ultime des musiques extrêmes. Mais on pense quand même avoir mis ce qui nous semble essentiel dedans et on est très content du résultat final. Du coup, je pense que le livre s’adresse autant au néophyte, qui va y trouver une bonne porte d’entrée, qu’au fin connaisseur qui malgré sa bonne connaissance d’un ou de plusieurs de ces styles, découvrira forcément des choses (des anecdotes, des histoires, des groupes, des albums, etc.).



Vous présentez au sein du livre 450 albums. Pouvez-vous nous expliquer comment les albums présents ont été sélectionnés ? Et il y a-t-il des albums absents que vous regrettez de ne pas avoir sélectionné ?
Clairement, le choix des 450 albums a été cornélien ! On a quasiment autant d’albums qu’on avait présélectionné et qu’on a laissé de côté que d’albums figurant au final dans le livre. Ca sera pour un tome 2 !! Pour faire la sélection, on a essayé de se fixer trois critères : les albums qui se sont vendus par palettes entières (le black album de Metallica, Nevermind de Nirvana, etc.), les albums qui font office de références dans leur style (Altars of Madness de Morbid Angel pour le death, Victim in Pain d’Agnostic Front pour le hardcore, l’album éponyme de Kyuss pour le stoner, etc.) et les albums précurseurs d’une tendance (Hellhammer pour le black metal, les Sonics pour le punk, etc. ). Donc c’est à la fois assez large avec les incontournables du genre et à la fois très spécialisé puisqu’on retrouve pêle-mêle : Suffocation, Shellac, Hellhammer, Rise Against, Botch, Rites of Spring, Blut Aus Nord, Dag Nasty, Mother Love Bone ou encore Naked City. Par ailleurs, pour gagner un peu en objectivité, les choix étaient validés plusieurs fois : dans un premier temps par Antoine Petite, Ludovic Chaney et moi-même, coordinateurs du bouquin, et dans un second temps par les journalistes, musiciens, amateurs qui ont participé à l’ouvrage. Mais c’est clair que c’est frustrant de mettre de côté certains albums qui auraient mérité d’être là mais il a fallu faire des choix et se restreindre (le bouquin fait quand même 1000 pages…). C’est entre autre pour cette raison qu’on a décidé de se limiter à un seul album par groupe, quand bien même ça n’aurait pas été choquant que certaines formations se trouvent citées plusieurs fois.

Et si vous ne deviez retenir qu‘un seul album ?
Un seul ???? Ouh là… c’est très dur ça… Je suis un grand fan de Metallica depuis que je suis tout petit donc mon choix irait vers probablement vers eux… Un album de la première période, c’est-à-dire des 5 premiers albums… Mais alors lequel ???



Avec ce balayage de plus de 50 ans d’albums rock comment voyez-vous le rock et ses dérivés en 2012 ? Vieillissant ? Branlant ? Ou au contraire plus vivant que jamais ?
Là-dessus ma réponse est claire : le rock va toujours aussi bien ! Je suis toujours amusé de lire ça ou là qu’on assiste depuis quelques années à un retour du rock. Pour moi, le rock n’est jamais parti. Le fait qu’il ne soit pas surmédiatisé ne veut pas dire qu’il n’existe plus, bien au contraire… Partout, des groupes se forment, sortent des disques, jouent dans des bars, des squatts, des MJC, … Le rock et ses dérivés est bien vivant, il faut juste savoir où aller le chercher, où s’informer, etc. Je ne fais définitivement pas partie de ces gens qui sont restés bloqués dans les années 70, 80, voire 90 et qui pensent de façon définitive que « c’était mieux avant ». J’adore mes vieux disques, j’y retourne souvent et je pense que c’est important de connaitre ses classiques. Mais le rock est plus que jamais vivant en 2012 et continue de proposer des choses excitantes… pour peu qu’on prenne la peine de chercher. Et c’est quelque chose qu’on tenait à montrer dans le livre. C’est pourquoi tu trouveras dedans des albums sortis tout récemment comme Fucked Up, un groupe punk très novateur, Ghost, Mastodon ou Shining et son album Blackjazz. Après, c’est une question de modes, de vagues, etc. Le livre est très intéressant de ce point de vue là et souligne bien l’impact des certains styles sur des périodes très courtes (le punk vers 1977, le black metal vers 1994, etc.).



J’avoue que ce qui m’a poussé à vous poser quelques questions c’est quand j’ai lu le pitch présentant le bouquin. Deux trucs m’ont titillé. Alors j’aimerai connaître votre point de vue dessus :

- Votre ouvrage se présente comme une ‘encyclopédie des musiques extrêmes’. J’ai beaucoup de mal avec ce mot ‘extrême’. J’écoute en effet du punk, hardcore, métal, etc depuis bien 15 ans et je n’ai jamais eu l’impression d’écouter un truc extrême ou d’être extrême. Ce terme est très péjoratif vous ne trouvez pas ? De plus il dessert totalement ce genre de musique car, en mon sens, cela la ‘ghettoïse’ …

Au moment de choisir le titre du livre, on savait que le terme « extrême » engendrerait des réactions. Sur ce point, il faut bien voir qu’il s’agit juste d’une facilité de langage, d’un terme générique qu’il fallait bien trouver pour que le titre du livre soit suffisamment court et parlant. On aurait pu choisir un autre terme mais il aurait surement eu également certaines connotations négatives. C’est pour ça qu’on a tenu à ce qu’il y ait un sous-titre qui précise clairement ce qu’on entend par musiques extrêmes, à savoir hard rock, metal, punk et hardcore (même si là encore, ces quatre styles sont réducteurs par rapport aux styles qu’on couvre dans le livre). Ensuite, je préciserais qu’on se retrouve à 100% dans la logique développée par le Hellfest qui se dit festival de « musiques extrêmes » et qui propose sur une même affiche Scorpions, Nile, Deftones et Nofx.
A titre personnel, j’écoute également ces musiques depuis bon nombre d’années et je ne me considère absolument pas comme quelqu’un d’extrême. Je crois surtout qu’il ne faut pas interpréter le terme « extrême » dans le sens de « comportement déviant » pour reprendre l’expression de Becker. Je ne me fais pas des scarifications à chaque fois que j’écoute en disque extrême !! Et je reste persuadé qu’il n’y a pas plus de comportements dits déviants dans le monde du métal que dans n’importe quel autre style musical. Le terme extrême doit davantage être interprété au niveau de la démarche musicale. En termes d’intensité, en termes de profondeur du propos, en termes de puissance… On ne cherche absolument pas à ghettoïser ces styles, on cherche même plutôt à montrer leur richesse au plus grand nombre. Mais d’un autre côté, on ne cherche pas non plus à les rendre populaires puisque de toute façon ce n’est pas leur vocation. On cherche simplement à les montrer tels qu’ils sont, avec la plus grande honnêteté possible.



- Ensuite vous précisez, toujours dans votre pitch, vouloir présenter des ‘albums essentiels d’un demi siècle de transgression’. Seulement en quoi Blink 182, Guns’N’Roses ou encore The Offspring, que vous évoquez, sont des groupes transgressifs ? Et puis la transgression n’est pas l’apanage du rock non ? On la retrouve dans tous les styles musicaux …

Tout à fait, la transgression existe dans tous les styles musicaux, du hip hop à l’electro en passant par le blues ou la musique classique. Nous, on traite de la transgression dans le rock, c’est-à-dire des groupes qui ont poussé le concept initial de rock un ton au dessus. En termes de musique évidemment (rapidité, distorsion, etc.) mais aussi en termes d’attitude. Ca ne veut pas dire que ça ne peut pas être commercial. Ca veut juste dire que si on essaie d’être un minimum objectif, et bien Offspring ou Guns’N’Roses jouent plus vite ou plus heavy ou plus salement (ou que sais-je encore !!) que Telephone ou U2… Et puis, j’aime également à penser qu’un groupe comme Offspring a constitué la première étape de l’initiation musicale d’un jeune punk qui se serait ensuite orienté vers des trucs plus pointus. Rien que pour ça, ces groupes méritaient également d’être dans le bouquin…

Merci pour vos réponses !
Merci à toi pour l’intérêt porté au livre et pour l’interview. Et bonne continuation à Musik Industry !

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