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Génération Stars 80, le tournage

En France, on aime bien exhumer les choses. Volontairement, on célèbre un artiste, on l’essore, on l’oublie, dans le simple but de pouvoir le déterrer 20 ans après, et ainsi frissonner à nouveau. C’est ce culte cyclique de la nostalgie qui sert de fond de commerce à l’émission « Génération stars 80 ». Avant hier, j’avais jamais entendu parler de ce truc. Et ce matin, je me réveille en repensant à Jean-Luc Lahaye mangeant du poisson frit dans sa loge, en santiags. Le concept est simple : racoler des gens qui ne sortent pas, en leur proposant le privilège de venir assister au tournage de l’émission au palais des sports, porte de Versailles. Vous vous inscrivez sur internet, vous recevez les tickets chez vous. Le côté faux privilège VIP fonctionne. Y a quelque chose comme 3000 personnes. Beaucoup de femmes. Peu de jeunes. Peu de belles. Peu de minces (sauf la blonde à ma gauche, qu’est un peu les trois). Les hommes sont tous des maris qu’ont pas du avoir d’autre choix que d’accompagner madame voir les idoles de quand elle était encore baisable. Une sorte de chauffeur de salle nous indique par de grands gestes de tarmac qu’il serait bon qu’on regarde la caméra numéro 2, et qu’on applaudisse, « en rythme ». S’il vous plaît. Il ressemble un peu à Didier Gustin. Et un peu à Yves Lecoq. Bizarre d’avoir presque le physique de deux personnes qu’ont le même métier.

Surgit Matt Pokora, pour sa balance. Il sera le seul de la soirée à chanter « pour de vrai ». Une nana à ma droite lui adresse un message fort : « Je suis célibataire, c’est quand tu veux ». Il n’a pas du l’entendre, car il n’a pas réagi. Ou alors la combinaison tatouage dauphin, haut à paillettes, et capitons n’a pas été à son goût. Plus haut, dans les gradins, une cinquantenaire aux chicots vacants agite son pompon de cheerleader décharnée. A ce moment précis, et quelques minutes avant l’arrivée de Nikos Aliagas sur le prime, le hangar d’exposition abrite la sous-France. Celle qui est à la fois smicarde et sarkozyste. Celle qui hurle à la vue de chanteurs qu’on sait pas qui c’est. Celle qui se trémousse face aux caméras alors que ce sont les répétitions. La France, la belle, la vraie. Celle qu’a jamais mis les pieds dans un concert. Le suspense est à son comble, et Jean-Patrick Capdevielle entonne son « Quand t’es dans le désert » sur un bout de praticable en plein milieu du hangar. Je suis presque ému du paradoxe entre cet homme, qui ne fait même plus l’effort de rendre son play-back crédible, et le piédestal sur lequel on l’érige. Triste scène. La prod lui laisse 50sec de morceau. Deux refrains, un morceau de couplet. Fade out.

Les gens se retournent à nouveau vers la scène du prime, et l’oublient instantanément. Je le regarde descendre péniblement de son oratoire en carton. Je repense au refrain de sa chanson, drôle d’ironie. Retentit un « sans contrefaçon je suis un garçon » chanté par Shy’m qui, malgré les bretelles et le béret, reste indubitablement très très bonne. Plus que Liane Foly en tout cas, qui ressemble de plus en plus à Rachida Dati. Les scènes qui ont suivi m’ont un peu échappé. On aurait dit du Gondry, avant montage. Le Gustin-Lecoq émet une brève tentative d’explication : « Alors là on va tourner le jingle qui va précéder le morceau que vous avez entendu en début d’enregistrement, donc va falloir applaudir pareil pour que ça soit raccord ». Certains visages trahissent de la panique. Des femmes se demandent si elles vont devoir exécuter les mêmes gestes, au déhanché près. La France est soucieuse de la cohérence de ses images. Nikos et Liane, au pied d’un immense « Tubes 80 » en papier mal mâché, introduisent la reprise de Goldman par Pokora (qui a eu lieu avant, donc).

Liane : Dis-moi Nikos, tu aurais rêvé d’être quoi toi étant enfant ?
Nikos : Moi ? Oh j’aurais rêvé d’être une star des années 80.
Liane : Oh ben tu es un peu en retard, c’est un acte manqué.

Coupez. Rôles de composition. On la garde. 5 minutes de flottement. Survient une étrange scène. Un type passe l’aspirateur sur le plateau. Mais pas n’importe quel aspirateur. Une sorte de canon genre Prédator, avec des roulettes au bout pour pouvoir contrôler la direction dans laquelle on souhaite l’emmener faire son boulot. Le mec qui le promène active ensuite le mode « soufflerie », grâce auquel il évacue les confettis tombés subtilement du plafond quelques minutes auparavant, pendant la reprise de « Un autre monde » (Téléphone) par une troupe de 5 jeunes inconnus (2 nanas, 3 mecs), à mi-chemin entre l’UMP, pour eux, et le trottoir, pour elles. Le mec derrière moi a l’air heureux de les voir, puisqu’il danse. Je lui demande qui c’est. Il hausse les épaules. On me fait la remarque que je devrais avoir l’air d’y croire un peu plus. Du coup, je me lève pour applaudir Jil Caplan. Il est 21h43, dans 17 minutes je serai parti. J’aurai tenu plus d’1h30. Gilbert Montagné en boubou, guidé par un mec du staff entre sur scène. J’aimerais être lui pour ne pas réaliser à quel point l’électricité utilisée pour alimenter un tel plateau doit coûter un bras (de Jacques-Antoine). Je traverse la salle pour sortir, je ferme derrière moi la porte battante (et terriblement efficace d’un point de vue hermétisme), et je pense au Vélodrome d’Hiver.

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