D’abord, ne pas s’arrêter au titre. A l’heure où la conversion s’applique à tout et n’importe quoi, ce respect de l’appellation originelle n’est pas du meilleur effet – quoique l’intégral est plus piteux encore (Balada Triste De Trompeta). Ensuite, oublier que la production est espagnole, terre pas vraiment réputée pour la puissance de son septième art. Enfin, durant le film, mieux vaut fermer ses yeux et boucher ses oreilles pour supporter quelques scènes lourdingues ou convenues durant lesquelles Alex de la Iglesia, le réalisateur, laisse s’exprimer tout son amour éhonté pour le cinéma yankee à gros budget.
Pour le reste, on passe tout de même un sacré bon moment, d’autant que le scénario, s’il ne peut éviter quelques clichés, verse dans un bien salutaire excès. Deux clowns, le gai, le triste, convoitent la même femme, une acrobate aussi belle et gracile que tourmentée. D’après ce second point de départ (le premier ramenant au franquisme), l’histoire évolue vers un hardcore ma fois fort plaisant, avec défigurations, mutilations, humiliations, détestations et vengeance qui se mange tiède à la clé. Certes, on sent qu’Alex de l’Eglise adorerait tourner son Rorschach à la manière d’un Tim Burton. Il y aspire de toutes ses forces, investissant une féroce énergie dans la mise en place, depuis les lumières jusqu’aux plans vertigineux. Il a à la réalité toute possibilité d’être khalife à la place de Zack Snyder (The Watchmen), son film, fusion de moments surhumains et de petites misères, possédant un grain, un touche et une personnalité remarquables. Une appréciation qui finalement s’avère en contreplaqué au regard de la pléthore de prix récoltés à travers le monde, ce qui, en fin de compte, demeure encore le meilleur marchepied vers le cinéma outre-Açores. A voir donc, après avoir écouté Deux clowns de Berurier Noir, de préférence.
