Néo-Metal m’entends-tu ?

Publié le par

Aujourd’hui on est là, on frime tranquillement, on écoute du Black Metal botswanais ou du Youth Crew letton en cassettes limitées à 54 exemplaires. On est un daron, on admire Henry Rollins et Ian Mackaye, on va au travail avec un t-shirt Darkthrone planqué sous sa chemise et sa cravate parce qu’au fond de nous, on est restés Métal. Mais non, on ne peut pas commencer par écouter du Black Metal dès l’âge de 12 ans. Ni du Earth Crisis. Pour en arriver là, il faut passer par un long, lent et fastidieux chemin qui s’appelle l’adolescence. A la fois la plus belle et la plus cruelle des périodes. Belle car insouciante. Cruelle car insouciante.

Souviens toi, été 1998, climat torride comme sur les plage de Floride. La France a, pour la première et dernière fois, réussi à réunir assez de fonds pour organiser et acheter sa victoire en Coupe du Monde, Korn sort « Follow The Leader », Limp Bizkit cartonne avec sa reprise de « Faith » et les Deftones envoient « Around The Fur ». Chauffés par tout ça, une bande de groupes parisiens, aujourd’hui disparus, fondent la Team Nowhere pour foutre le soukaripa. Le début d’une folle aventure logée au plus profond de notre adolescence ou post adolescence. Toi, moi, nous, sommes grosso modo au collège ou au lycée, errant dans la cour en plein désarroi spiritique, vaquant tant bien que mal à nos occupations entre un contrôle de géo, une dissert’ sur « Qu’est-ce que la liberté ? » pour le cours de français et un énième râteau avec la jeune Anne-Charlotte qui promet que oui, elle va plutôt te rappeler, elle, et que oui, ton numéro s’est bien affiché sur l’écran du téléphone familial. Elle n’en fera rien. Mais un après midi alors qu’il erre dans la cour, notre héros, toi, moi, nous, se fait accoster par Daniel son pote d’enfance :
 

– Et t’aimes les mangas toi non ?
– Heu…Ouais.
– Bah tiens, check ça… 
« Ça » c’est le premier e.p de Pleymo qu’il a copié sur une cassette.

Rentrée 1999, changement de classe et d’année, « Keçispasse ? » est devenu un album tout entier que notre jeune héros écoute tous les jours avec sa bande de copains qui compte une fille, oui il faut toujours une fille pour jouer de la basse et porter des cravates sur un chemisier blanc dans le groupe qu’il a monté. Enfin quand je dis « groupe », il faut comprendre : « zoner dans le garage des parents de Daniel pour lire le dernier Rock Sound, boire des Panachés, jouer à Tony Hawk Pro Skater en écoutant les albums d’Enhancer, Noisy Fate, Wunjo, Watcha ou Aqme. » Surtout Aqme car il a un poster de Charlotte dans sa chambre, juste au dessus de son lit, à côté de celui de Rayna Foss. Puis comme il a cartonné sa dissert’ grâce à une citation d’Aqme, Papa lui a claqué du rab d’argent de poche, de la main à la main, toi même tu sais fils. Alors le samedi, il va prendre le RER avec ses potes, éviter les embrouilles en gare de Sarcelles et descendre à Paris, Rue Keller, vers Bastille, La Mecque de la sape stylée Taille XXL malgré ses 61kgs et son mètre 73. En cette époque, le swagg, qui n’existait pas encore, se portait loose. Puis comme il est un mec sympa, il a ramené un petit quelque chose pour Virginie, son crush du moment. Une paire de mitaines rayées, elles iront si bien avec ses mèches rouges. Il récupérera aussi quelques cds, les derniers Artsonic, Hed.pe, Spineshank, Sherkan et Crazy Town qu’il écoutera au retour dans son discman qu’il évitera de se faire carotte en gare de Sarcelles. Du lourd, il pourra les amener à la prochaine boum pour serrer Virginie. Yallah.

Finalement, il n’a pas serré Virginie qui a tout de même accepté ses mitaines, la garce. Peut être que sa décoloration peroxydée n’était pas assez réussie ? Que le choix du combo rangers-baggy n’était pas judicieux ? Aurait-il fallu privilégier les DC Shoes pour accentuer le côté cool ? Le t-shirt Pleymo « Porn » était-il trop osé pour elle ? Toujours est-il qu’elle est rentrée avec Nico dont le jersey Shaq sur t-shirt blanc couplé à une visière blanche elle aussi a su la séduire, elle qui pourtant cachait une âme sombre derrière sa cravate noire et ses mèches rouges. Triste, il passe la soirée avec la jeune Fanny, elle au moins elle est sympa, un peu grosse mais sympa, la jeune sœur qu’il, toi ou moi, aurions aimé avoir. Elle le réconforte à coup de 1664, puis bourré, il va se coucher avec le cd d’Aqme pour se dire que la vie c’est vraiment de la merde. Heureusement au réveil les copains sont là, le skate et le porno de Canal aussi. Finalement c’était un bon week-end, merde, on s’est mieux marrés que cette catin de Virginie non ?
 

La semaine suivante, la dernière de l’année, notre héros la passe avec ses potes (sauf Daniel qui, ayant découvert Madball et Sick Of It All, traîne maintenant en marcel avec les tough guys de la cour), Taproot, Incubus et Tripod en fond sonore, à baver sur cet enflure de Nico à qui il pêtera la jambe lors du Wall Of Death du prochain concert de Korn. Fanny, elle, est toujours là, elle le regarde cachée sous ses cheveux long et sa chemise à carreaux et lui dit que :
 

– Ouais franchement c’est vraiment une pute, t’es trop bien pour elle de toute façon. 
– Ouais t’es gentille toi.
– Merci
– On va boire une bière ? 
– Chez moi ? Mes parents sont au taf… 
– Bah non, on va s’acheter des canettes et on les boit sur le banc avec les potes. 
– Ok… 

2003. La fac, putain c’est plus la même chose… Vraiment une année de merde, il repasse sa première, il n’a pas intérêt à déconner putain sinon, c’est l’usine. En plus la musique qu’il aimait est morte. Ouais 2003 c’est « Rock » de Pleymo et « Street trash » d’Enhancer. La tristesse, la fin d’une époque. La fin de la fête. On remballe, on se souvient de tout quand on rentre à la maison des parents le week-end. On fait de la place dans les placards, on balance ses baggys dans un grand sac poubelle, ses t-shirt Team Nowhere aussi. Bon, on va en garder un qu’on mettra pour dormir quand on sera tout seul. Tous les vieux disques, vont être revendus. Papa Roach, ETHS, Aqme, Mass Hysteria, Disturbed, One Minute Silence, Mudvayne, Kittie, Mushroomhead, Wunjo,…tous sauf les premier Enahncer et Pleymo parce que bon, quand même. Puis il tombe sur de vieilles photos, il sourit en se regardant. Daniel avec ses nouvelles Ethnies et Fanny avec son baggy rapiécé et ses mèches blondes. Il range tout ça et remercie le ciel parce qu’à l’époque les rares portables ne prenaient pas de photos et les réseaux sociaux n’existaient pas. En plus Fanny, avec ses quinze kilos de moins, vient de lui mettre un vent. Il va déprimer avec du Xasthur. Putain de vie d’adulte…