Chers collègues, je vous hais

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Je dispose d’un ADN que l’on peut qualifier d’antillais. J’aime ne rien faire. Contempler le vide est d’ailleurs mon passe-temps préféré. Ça et mater des culs. Ceci explique d’ailleurs la grande difficulté que j’éprouve à garder un emploi mais aussi ma capacité hors norme à détruire le temps à l’aide des Internets. Quoi de mieux en effet que d’admirer le charme d’un GIF charnu faisant tout oublier, y compris le dossier bidule à rendre en urgence à Jean-Claude. Ha Jean-Claude. JC comme on l’appelle. Quel suce merde. Petit, bedonnant, 32 ans. Son corps semble avoir renoncé. Il colle son surplus capillaire avec une matière non identifiée et cache sa corpulence dans des chemises à carreaux d’un autre temps. Il porte des chaussures VANS trop larges et sans lacets. La caricature de l’ancien joueur de cartes MAGIC ayant touché une fois au skate et qui, depuis, est devenu manager on ne sait trop comment. Incapable de communiquer. Dépassé. Niais. Il n’entend rien et transfère tous ses mails sans jamais y répondre. Je hais tout ce qui émane de cette charpente graisseuse. De son intonation de voix à sa gestuelle molle de serrage de main. Il est la raison pour laquelle je démissionne.

Nouvel emploi, nouvelle vie. Du moins c’est ce que mon esprit étroit a imaginé le temps de ma semaine d’intégration. Sympa d’ailleurs ce mug offert aux couleurs de l’entreprise. Merci Sylvie des RH.

Puis le quotidien a pris le dessus. JC est réapparu. Pire, il s’est démultiplié. Il a pris d’autres formes. Tour d’horizon des crétins rencontrés dans mon nouvel open-space.

Le collègue qui n’arrête absolument jamais de parler

Du « bonjour » du matin au « à demain les copains ! » de 18 heures Cyril n’arrête jamais de décrire oralement chacune de ses actions. Florilège de ses innombrables interventions :
 

« Bon, là, je recentre le texte » 
« Ha non, ça n’a pas sauvegardé ! » 
« Mais qu’il est lent aujourd’hui le wifi ! »

Il ponctue évidemment le tout de nombreuses questions sur son métier dont on se fout et auxquelles je ne réponds que par des onomatopées approximatives. Evidemment il ne peut s’empêcher de me parler travail lorsque je suis en pause ou, mieux, de me demander de lui expliquer le projet X lorsque je suis concentré sur le projet Y. Sa grande spécialité est aussi d’aborder des sujets de société en basant sa réflexion sur le reportage de Capital qu’il a regardé la veille sur M6 ou encore d’entrer dans un bureau pour parler à un collègue quand ce dernier est au téléphone. Il prend alors une chaise et attend que la conversation soit terminée.

Cyril, je te souhaite de rendre tes excréments par chacun des pores de ta peau.
 

Le collègue qui écoute de la musique fort et tape du pied pour marquer le tempo

Céline a une clef de sol tatouée sur la hanche. Elle aime Calogero et Muse. La musique c’est toute sa vie pour reprendre ses propres mots. Elle a d’ailleurs fait récemment l’acquisition d’écouteurs Marshall avec le nom de la marque écrit en couleur or sur du simili cuir. Cela lui permet de travailler tout en écoutant ses albums préférés. Seulement il lui est impossible de poser une oreille sur Origin of Symmetry sans mimer chacun des riffs et marquer les temps avec ses talons car Céline bah, la musique, elle la vit de l’intérieur.

Céline, puisses-tu un jour croiser le chemin de Charlie Sheen.
 

Le collègue qui regarde constamment ton écran pour voir ce que tu fais

Sébastien est arrivé il y a deux mois. Il apprécie beaucoup son nouveau poste. Il est même très enthousiaste. Tellement qu’il aime faire des updates réguliers sur son avancée sur chacun des dossiers. Son discours se conclue éternellement par « et toi t’es sur quoi ? » tout en penchant son visage sur mon écran. Oui mais non. L’écran c’est comme mes slips, personnel et sacré. Seules quelques rares personnes autorisées peuvent en disposer. 

Sébastien, je te souhaite de ne plus bander que sur des photos d’indiens atrophiés.
 

Le collègue qui joue à FIFA à chacune de ses pauses déjeuners

Récemment la logistique a emménagé notre open space afin d’y intégrer une TV ainsi qu’une Xbox One. Cool ! Mais c’était sans compter sur Cédric, fan ultime de FIFA, le pire jeu. N’espérez pas partager la manette avec lui. « Je suis classé, je joue en ligne uniquement ». Chacune de ses actions est ponctuée par, au choix :  « NON MAIS IL EST SERIEUX LA ? Y A CARTON  » et « HO ALLLEZZ LLLAA CONTRE FAVORABLE LE MEC A TROP D’LA CHANCE ». Il passe environ quarante-deux minutes avant chaque match à penser et repenser la composition de son équipe. Il ne joue qu’avec le PSG. De temps à autre il s’attire l’attention d’autres collègues masculins habillés en Celio qui aiment prodiguer des conseils de type « à ta place je me mettrais en 3 – 5 – 2 ». OK les gars.

Cédric, j’espère que tu seras bientôt déposé dans une fosse commune.
 

Le collègue suce boule
 

Emilie en est à son troisième mois de grossesse. Elle est assistante de quelqu’un, c’est certain, mais personne ne sait vraiment de qui. Son visage boudiné semble s’excuser d’être là. Elle a une confiance d’un niveau zéro et la délicatesse d’un veau mort-né. Emilie a conscience de la vacuité de son poste. Elle s’y attache en parlant toujours très fort en présence d’un supérieur hiérarchique afin de masquer son inutilité. Sa technique de survie consiste à rire méthodiquement à chacun des propos de ses N + 1 tout en les félicitant de leurs actions. Elle maîtrise comme personne l’art de la rhétorique vaine en réunion, ce qui lui confère une image de femme compétente aux yeux des dirigeants. Elle a personnellement beaucoup de revendications sur les améliorations nécessaires à notre cadre de vie mais ferme bien sa gueule lors des assemblées générales. Emilie s’occupe des fournitures et n’a rien d’autre à foutre que venir dans mon bureau pour voir ce qu’il y a dans mes cartons.

Emilie, je te souhaite plein de fausses couches.

Le collègue syndicaliste qui distribue des tracts A4 avec un titre en Word Art
 

Chaque premier lundi du mois je reçois un mail d’André pour nous informer des dernières revendications du syndicat de l’entreprise. André a le chic pour travailler la forme de ses messages. Le titre est toujours rouge vif et le fond du message vert militaire. Sa signature est un logo incompréhensible avec plein d’acronymes qui me dépassent. André porte des polaires Quechua et dépose régulièrement des tracts étranges, venus d’un autre temps, sur mon bureau. André est souvent absent pour cause syndicale aux réunions auxquelles j’ai besoin de lui. André aime les chiens de la SPA et les Palestiniens. André parle tout seul dans l’open space jusqu’à ce que quelqu’un lui réponde. André me méprise car je ne suis pas syndiqué mais André est un chic type car il envoie un GIF de chaton le vendredi à 16 heures, avec tout le monde en copie, pour nous souhaiter à tous un bon week-end.

André, va bien te faire enculer.

Le collègue un peu raciste qui partage ses impressions sur sa participation éclairée à la manif #JeSuisCharlie

Christine est une consultante externe qui se comporte comme mon supérieur alors qu’elle n’est pas mon supérieur. Elle vient papoter sans discrétion dans l’open space avec Grégoire. Ils discutent ensemble de gym, vacances avec les gosses et alimentation du labrador. De temps à autre Christine donne une grande leçon sur le sens de la vie, sur l’importance de la famille ou sur les dérives extrémistes religieuses. Christine est une chrétienne convaincue qui n’aime son prochain qu’à la simple condition qu’il lui soit identique. Christine fait des remarques sur mon travail, mais uniquement par mail avec en copie mon manager.

Christine est une petite saucisse qui mérite d’être placée dans un four.