J’étais le coké que vous détestiez

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J’habite Paris. Il m’est impossible de sortir sans être confronté aux drogues, omniprésentes dans le quotidien de mes nuits. Il y a toujours dans mon entourage plus ou moins proche une personne pour en acheter et une personne pour en vendre. C’est la norme. Norme qui a été destructrice. J’ai perdu presque deux années de ma vie en raison de l’addiction à la coke. Puis un grand nombre de mois à essayer d’en sortir.

 

Qu’est ce qui m’a poussé à cette consommation abusive ?

 

Deux éléments. D’abord c’est street credible la coke. Ensuite c’est aussi simple d’en obtenir que de me faire livrer une pizza trois fromages. Finie l’époque des caves avec accès par mot de passe pour pécho un gramme coupé aux amphets. Un coup de mou, une envie de sortir et soixante-dix euros à claquer ? Pas de problèmes, un texto et une heure après je suis servi.
Facile d’accès, lubrifiant social, pourquoi pas après tout ? Et puis, je ne vais pas le cacher, avec je supporte mieux l’alcool. Plus de gueule de bois, je tiens les conversations sans difficulté toute la nuit. Où est le problème ?

J’ai commencé, par ennui, avec ma copine de l’époque. Une nuit au Rex Club, une énième soirée avec des personnes que je n’avais pas envie de voir. La MDMA me rendant violent, le choix a été rapide.

J’ai continué lorsque, épuisé un samedi soir à 23 heures 30, je souhaitais pousser une soirée jusqu’à cinq heures. J’ai continué pour faire face à mes émotions, enfin, les faire taire plutôt. J’ai continué pour surmonter la pression d’un travail trop prenant. Je ne voulais plus me lever avec une boule au ventre, j’en avais aussi marre d’être seul chez moi, chaque soir. Pas grand-monde ne recule devant une prescription d’un dealer en blouse blanche, d’autant plus s’il propose de se sentir bien à chaque pilule. C’était ma relation avec la coke. Je n’avais plus envie de me sentir mal en permanence. Les psychothérapies ayant été un échec, la coke semblait avoir réponse à tout.

Sa consommation est devenue visible. Cela a entraîné deux types de réaction autour de moi. J’étais perçu soit comme une personne cool à qui gratter une ligne soit comme un paria, un sale drogué, un mec à éviter. Je suis devenu un de ces deux personnages selon la perception de la drogue qu’avaient les autres.

Pourquoi ai-je quand même continué ? Parce que la coke, c’est bien. C’est tout ce que mon cerveau pensait. Mes émotions étaient anesthésiées. Je vivais dans un brouillard quotidien. Je réalisais des choses que je n’aurais pas faites sans. Je me suis rapproché ou éloigné de personnes sans autre raison que leur rapport à mon accoutumance, conscient ou pas. Au fil des mois, trouver une solution à cette addiction est devenue une urgence.

 

L’overdose est arrivée après cinq nuits blanches en une semaine.

 

Ecstas, coke, poppers, spice, weed, alcool, LSD, tout y était passé en quelques jours. En être revenu tient du miracle et de la chance. Beaucoup de chance.

C’est la bienveillance et l’absence de jugement d’une proche qui m’ont donné la force nécessaire pour faire face à un miroir. Je ne me suis pas reconnu. J’ai vu un être humain incapable de s’écouter et de ressentir. J’ai alors décidé d’arrêter. Au cours de ma quête de sobriété, j’ai perdu de nombreux faux amis. Tous les parasites ont disparu, la vache à poudre ne produisait plus de lait. D’autres se sont éloignés. J’étais amaigri, angoissé, avec des séquelles nerveuses. J’effrayais toujours les enfants de la société. Mais mon amie m’a soutenu, coûte que coûte, en m’écoutant geindre et en m’offrant un cadeau symbolique par mois sans drogue.

Qu’est-ce que je tire des ces deux années de coke ? Rien de bien glorieux. Un trou de plusieurs milliers d’euros dans les économies et des mois entiers de souvenirs avec des personnes aimées, noyés dans une mélasse de poudre et d’alcool, que je ne retrouverai jamais.