Le bonnet-casquette, accessoire pour idiot qui a trop joué au jeu du foulard

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Je pense que le bonnet-casquette est une des horreurs dont le vêtement en général se serait bien passé. Généralement porté par un jeune blanc de moins de trente ans se cherchant stylistiquement, il ne répond à rien de fonctionnel si ce n’est à signaler le mâle bêta au sexe féminin. Ni bonnet ni casquette, ni “stylé” ni assortissable, il ne protège pas les oreilles et n’offre aucun avantage face au soleil.

A la lutte avec le Fedora pour le titre de pire couvre-chef, il n’a même pas l’avantage de pouvoir être porté par un Cubain, ce qui lui attribue, de fait, la première place parmi les trucs dégueulasses à bannir d’un vestiaire.

 

Il signale également une lecture assidue de Konbini ou Topito, avec une propension élevée à l’obtention d’un badge super fan.

 

Si j’étais propriétaire, ça serait mon critère discriminant numéro un auprès des agences chargées de louer mon studio de 9 mètres carrés dans le 18è. Je pense qu’elles ne feraient pas d’histoire, pas de risque de se faire lever par SOS Racisme. Peut-être qu’elles me conseilleraient même de faire l’inverse et d’augmenter le loyer. Après tout, quelqu’un capable de payer pour s’affubler d’une pareille horreur, on pourra le baiser et se partager les fruits du méfait assez aisément. Peut-être même que je changerais d’avis alors, que l’on ferait un petit brainstorming, et qu’on inclurait ceux qui ont un peigne à barbe, parlent modèle de cigarette électronique, possèdent une trottinette électrique ou un tee-shirt Club Pétanque. On s’associerait ! On développerait notre algorithme ! Ah oui ! On deviendrait riche ! Imaginez les augmentations de 80% de loyer quand l’aspirant locataire réunirait tous les critères !

Je me souviens très bien la première fois que j’en vu un, porté tout du moins. C’était un beau matin d’avril, je buvais ma bière dans un parc en lisant des Pif et Hercule trouvés sur un petit tas de revues qui jonchait le trottoir de ma rue. Un trésor ! Tout se déroulait donc comme prévu en ce mardi matin, quand je vis passer au loin un pote de mon cousin. C’était un type très sympathique, enjoué, au point que tout le monde lui passait volontiers ses goûts musicaux douteux, souvent soulignés par le partage sur Facebook d’une review d’album de Tsugi ou Traxmag. On l’appréciait, voilà, pas jusqu’à lui laisser le choix des sons en soirée, mais on peut dire qu’il y avait consensus sur le fait qu’on le trouvait sympa. Je lui fis donc un grand signe de main en essayant de me rappeler son prénom. Changeant de direction pour venir me saluer, j’eus le déplaisir d’observer qu’il s’entêtait toujours à faire des ourlets beaucoup trop hauts, sur des jeans beaucoup trop serrés. Il était aujourd’hui affublé, en sus, d’un bonnet-casquette, “un bonnet de marin, un couvre-chef de dockers” me précisa-t-il. Je ne voyais pas trop ce que cette merde qu’on voyait pulluler dans tous les concept stores avait à voir avec la marine, mais j’acquiesçai pour nous épargner les justifications autour d’un vêtement qui oblige son possesseur à légitimer son port. “Mais siiii ! Jazzy Bazz en porte un !” Je ne connaissais pas Jazzy Bazz, je n’avais visiblement pas les codes de ceux qui commandent du shit sur Snapchat.

 

 

 

Le gars avait l’air claqué, genre vraiment, comme dévitalisé. Tu bosses trop mec, je lui dis, à quoi il me répondit que non non, c’était juste que c’était pas la folie dans son couple en ce moment. J’acquiesçai, encore, cette fois pour nous éviter à tous les deux une discussion pénible dans laquelle quelqu’un outrepasserait son statut de connaissance par une confession bien trop intime. Je voyais tout de même que le gars était mal, il avait peut être d’ailleurs acheté son “bonnet de marin” pour se faire un petit plaisir, se remonter le moral quoi. Je lui proposai une bière et de s’asseoir, qu’on attende mon cousin ensemble. Il me dit qu’il était pressé…Qu’il était en retard au travail…Que ça cartonnait à l’agence, mais que son boss lui foutait “une pression de ouf” sur la campagne social media de Kiri. J’acquiesçais une nouvelle fois en lui souhaitant bon courage.

 

C’est vrai que MinuteBuzz, ça cartonnait depuis quelque temps, tellement que ça devait embaucher beaucoup de gens avec des jeans très serrés et des ourlets très hauts.

 

Puis mon cousin arriva. Il avait la gueule chiffonnée des mauvais jours. Apparemment ils s’étaient fait sortir un peu rudement d’un bar la veille. Son pote avait pissé sur la jambe d’un gars qui l’avait bousculé sans s’excuser une ou deux heures avant. Pourtant il ne sortait pas sur les Champs, j’avais déjà vu des gens cracher par terre dans un de ses rades favoris. Ça nous mis de bonne humeur tous les deux de débriefer, qu’il me raconte ses déboires, que je sois heureux de ne pas avoir été un des protagonistes : finalement ce n’était pas plus mal qu’il n’ait pas répondu à mes messages hier. Je finis par évoquer son pote, sa mine exécrable et inévitablement son bonnet casquette. Alors il me raconta, avec les détails et tout. Pas d’avarice quand il tient une bonne histoire. Mon cousin tirait la meuf de son pote quand le gars rentrait tard. Eh ! C’est que la fille avait besoin de s’amuser. C’est générationnel, c’était moins romantique que de tromper Marcel le poilu qui ferraillait à Verdun, cette veulerie envers le héros du budget Kiri. Et puis mon cousin jouait de la guitare, ça plait. Il me précisa qu’il le foutait, d’ailleurs, le bonnet casquette. Pour la faire rire, hein, il devait le préciser. Il jouait de la guitare tout nu et puis le bonnet-casquette se retrouvait naturellement sur sa bite, ça la faisait encore plus rire. Il avait seulement arrêté quand il s’était lancé dans une imitation d’Adebisi de la série Oz et que la fille n’avait pas capté. Je lui demandais logiquement s’il la sautait avec. Visiblement pas, vu que le cousin arrêta de rire et me jeta un regard noir, l’air de dire : ne me prends pas pour un clown sinon je vais te serrer la nuque.

Si vous voulez les conseils d’un gars qui dort sur un canapé depuis deux mois faute d’appartement, pour ce que ça vaut, n’achetez pas de bonnet-casquette, même si c’est 5 euros sur Vinted. Si vous voulez enraciner votre style dans le formica du vêtement qui a des origines, tout ça pour aller dans des bouillons parisiens où l’oeuf mayo est à 4,5 euros, investissez dans un bleu de travail. Vous ferez de l’appropriation culturelle, certes, mais ça matchera mieux avec Ségolène sur Tinder.