Union Européenne : tirez les premiers, Messieurs les Anglais

Union Européenne : tirez les premiers, Messieurs les Anglais
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elmomo

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Début janvier 2017 Theresa May, première ministre en interim du Royaume-Uni, a officialisé la sortie brutale des Anglais de l’Europe, un « hard Brexit » est en cours.  Une fois de plus, la perfide Albion a choisi de jouer perso. Grand bien lui fasse.

Rappel des faits. En 2016, la classe politique anglaise et notamment cet inconscient de David Cameron, a voulu jouer avec le feu. L’exercice de démocratie directe s’est transformé en camouflet lorsque, à la grande surprise de l’Angleterre bien-pensante, la proposition de sortie de l’Union Européenne, plus communément désignée sous le nom de Brexit, a été adoptée à 52%. On accordera aux politiques britanniques un certain courage : eux au moins n’ont pas nié le referendum en le rejetant par le biais du parlement (Nicolas, si tu nous lis, on te kiffe toujours). Bon, la campagne a été sale et ceux qui ont voté ne l’ont peut-être pas fait pour les bonnes raisons mais le résultat est que la nouvelle première ministre, Theresa May, se retrouve à devoir négocier la suite.

Rappelons que les Anglais ont toujours été assez défiants envers l’Union Européenne et ce depuis leur entrée. Entre les diatribes de Maggy Thatcher pour récupérer sa thune et le fait qu’ils ne sont jamais entrés dans l’espace Schengen, on peut légitimement se demander s’ils ont jamais voulu en faire partie pour des raisons autres que commerciales. Ah ben oui, c’est que c’est pratique l’Union Européenne pour faire du biz : marché intégré, pas de droits de douane, circulation totalement libre des capitaux, travailleurs détachés… Cela permet d’arrondir les fins de mois difficiles.
 

"Le « hard Brexit » me paraît la meilleure des solutions"


Ce « hard brexit », toutefois, paraît surprenant. Il était éminemment intéressant pour le Royaume-Uni de négocier un « soft Brexit », i.e. se retirer de l’Europe politique mais certainement pas de l’Europe économique. Mais cela aurait été trop facile. L’Union Européenne, ce sont des droits mais aussi des devoirs. Rappelons-nous : qui freine des quatre fers dès que l’on parle d’intégration politique poussée, de coopération budgétaire, d’une Europe sociale ? Oui, les Anglais. Le « hard Brexit » me paraît donc la meilleure des solutions. Plus d’accès gratuit au marché commun. Plus de pignon sur rue pour les banques de la City (qui, rappelons-le, sont aussi des énormes machines à blanchir l'argent, BNP Paribas c’est des rigolos à côté). Ils ont plus à perdre que nous. 

Par ailleurs, ce « hard Brexit » est nécessaire pour la cohérence future de l’Union Européenne. D'abord, laisser n’importe quel membre quitter le regroupement sans perdre les avantages économiques liés serait un désastre. Enfin, cela donne l’impression qu’il existe un leadership européen et que l’Union n’est pas qu’un objet mou prêt à toutes les concessions au nom du sacro-saint libéralisme. 

Rappelons que la livre sterling a perdu 20% de sa valeur depuis le résultat du référendum en faveur de la sortie. Les Anglais essaieront peut-être de transformer leur pays en « tax haven » pour les grosses boîtes européennes, mais ce serait déclarer la guerre économique et je ne suis pas sûr que ce soit une si bonne idée, étant donné les liens qui unissent le Royaume-Uni au reste de l’Union (44% de ses exportations et 53% de ses importations en 2015).

Rappelons également que trois millions d’Européens vivent au Royaume-Uni, pendant que 1,2 million d’Anglais vivent ailleurs dans l’Union.

Rappelons enfin que le Brexit a ravivé les velléités indépendantistes en Ecosse et même, chose nouvelle, en Irlande du Nord qui se verrait bien rejoindre sa sœur indépendante du sud.

Même si, concrètement, l’Europe ne pourrait pas faire grand-chose aux Anglais pour les empêcher de devenir un repaire de riches moins taxés, il y a toujours moyen de leur mettre des bâtons dans les roues, en jouant sur les droits douaniers par exemple, ou en révoquant l’accès des banques anglaises au marché européen, tout simplement (ce qui est aujourd’hui inenvisageable mais demain, hein, qui sait ! A perfide, perfide et demi). J’attends donc de les voir revenir frapper à la porte, la queue entre les jambes, d’ici une décennie ou deux.

D’ici là, comme Cambronne, disons-leur merde.

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