Donald Trump ou la rançon du mépris

Donald Trump ou la rançon du mépris
AUTEUR

Evélia

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Le

D’abord il y a la coupe. Et le teint orangé. Puis la bouche en anus et les yeux étouffés par des sourcils épais, un regard lointain, une voix et des gestes bizarres des mains. Donald est président.

Vu d’ici, on a vraiment du mal à comprendre comment les Américains ont pu élire un mec qui a donné son propre nom à sa ligne de steaks et dont le vice-président, Mike Pence, est convaincu qu’il suffit d’une thérapie de conversion pour rendre une personne hétéro.

Moi-même, je n’ai pas encore réussi à tempérer mes reflux gastriques. Je me suis vraiment réveillée en pensant que les résultats changeraient, qu’on aurait le même scénario qu’en 2000 avec des semaines de recomptages, du suspens, un espoir. Mais il a vraiment gagné.
 

Pauvre bichon


J’allume BFM. Les journalistes ont la banane jusque-là : on s’est tous trompés ! Personne ne s’y attendait ! Même pas Donald apparemment. Il arrive sur scène un peu hagard. Il applaudit l’air. On peine à savoir s’il veut fondre en larmes ou partir en courant. Il fait deux pas, il s’arrête, il lève la tête, comme s’il était en train de réfléchir au discours qu’il allait sortir.

Moi, il me fait un peu de peine. Il a l’air perdu. Je sais qu’il préférerait être en train de semi-agresser quelques meufs en buvant du Trump-champagne, en mangeant un Trump-steak dans sa Trump-tower, plutôt que de s’auto-confirmer 45e prez des Etats-Unis. Mais il ne s’appartient plus, Donald. Il n’est plus que l’écran sur lequel chacun projette sa vision du monde.
 

Trump écran


Donald Trump aux Etats-Unis c’est un peu comme le burkini, Dieudonné, ou toutes ces polémiques politico-chiatiques dont les médias nous arrosent depuis quelques années : une sorte de seau en plastique que quelqu’un pose au milieu du terrain et dans lequel chacun crache tout son mucus et toutes ses frustrations devant des spectateurs un peu las.

Il devient exactement tout ce que les bien-pensants détestent (sexiste, xénophobe, raciste, populiste, peut-être homophobe et démago) et tout ce que les fachos adorent (anti-élites, anti-establishment politique, anti-immigration, nationaliste, protectionniste, libertaire).

Parce que c’est ce qu’il reste en 2016. Deux images et deux groupes qui s’opposent et qui s’insultent. L’un est une espèce de hipster vegan lisant le New York Times et qui regarde Saturday Night Live en achetant un appart dans un quartier super culturellement divers à San Francisco. L’autre cultive du maïs dans l’Iowa, mitraille des arbres le week-end et marmonne des mots doux à la moindre mention d’Obama.
 

Complot du complot du complot


Alors quand Donald arrive au milieu de tout ça et balance deux-trois énormités à son parterre blanc et fragile, la machine est lancée. Plus besoin de l’écouter, plus besoin même pour lui d’en dire plus. Les médias s’en chargent. Et les stars et les intellos et toutes les élites possibles et imaginables : mais comment peut-on envisager une seconde de donner sa voix à ce balai renversé ? Qui sont ces mollusques acéphales qui hurlent à la gloire de ce fasciste cramé ? Ce panier des déplorables ? Ces racistes pitoyables ?

L’unanimité, c’est toujours inquiétant. Quand l'immense majorité des médias traditionnels, des personnes influentes - Robert De Niro, Katy Perry, LeBron James, Beyoncé... - insultent, moquent et dénoncent d’une seule voix, c’est peut-être que, en effet, ouais, il y a un problème.
 

Peuple adoré


Et l’avantage du populisme c’est qu’il étiquette et valorise en même temps. Alors qu’on accuse l’ennemi d’en être, lui peut le reprendre à son compte et s’en targuer.
 

« Bah bien sûr que je suis populiste, encore heureux non ? La démocratie c’est quand même le pouvoir au peuple. Et le peuple, tout le monde l’a un peu oublié, surtout vous, bande de milliardaires hypocrites ».


Tout le monde sauf Trump. Lui, il le regarde dans les yeux et il lui dit en face que ce sont eux les humiliés de la société. Que tout ce que les gens pensent d’eux, c’est que ce sont des racistes, des ultra religieux, des obsédés du gun, des débiles rétrogrades sans culture. Son peuple, à lui, ce n’est pas seulement les whitetrash de l’Amérique profonde. Ce sont tous les opprimés de la culture dominante, toutes les victimes de l’idéologie progressiste, tous les laissés pour compte des séries télés. Ce sont les blancs en quête d’identité. Et les pauvres juste énervés.
 

La fote a ki ?
 

Je ne sais pas ce qu’il se passera, dans quatre ans, quand il aura gravé son nom sur les frontons de la maison blanche, que Poutine aura sa statue sur Times Square, que Mike Pence aura converti tous les gays du pays et que les gens comprendront qu’élire Trump n’aura probablement rien changé au système.

Mais même si les premiers fautifs de l’élection d’un crypto-facho sont quand même les électeurs, une majorité de ceux ayant pris la parole sur l’espace public récolte la rançon de leur mépris.

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