De grâce, cessez de taguer vos potes sur des publications Facebook de merde

De grâce, cessez de taguer vos potes sur des publications Facebook de merde
AUTEUR

Edgar Morray

PUBLIÉ

Le

Taguer nos potes, on l’a tous fait. Parce que c’est le moyen le plus rapide de partager quelque chose avec eux et/ou que cela permet de se moquer gentiment tout en maintenant des no homo complicités.

Il est pourtant temps d’arrêter. Réellement.

Mon fil Facebook est devenu un antre à publications pour polyhandicapés (trouble du langage, une pincée d’autisme et probablement un trouble de l’apprentissage préexistant dès l’enfance). J’ai longtemps fait l’autocritique de mes sociabilités présentes et passées, dont les réminiscences hantent désormais mon fil d’actualité sous la forme de “random dude vient de commenter telle publication”. Je dois faire face au pénible constat d’être une olive, fendue de son cure-dents, baignant dans un Martini à la pisse. L’olive fait-elle partie du Martini ? Si je suis l’olive, que le Martini est mon tissu social sur Facebook, le cure-dents est ce qui me fait boire la tasse à chaque connexion sur la plateforme.

Vous le savez probablement, mais Facebook joue à l’apprenti sorcier avec nos sociabilités numériques via son algorithme. Arbitrairement, il pousse - ou pas - sur notre fil d’actualité des publications puisées dans le pool des posts de pages et de contacts que nous suivons sur la plateforme. Si ça vous intéresse, je ne peux que trop vous recommander la conférence d’Adam Mosseri VP Product qui gère le fil d’actualité lors du Facebook F8 d’avril 2017. Mosseri y prend la parole devant le top management de grandes boîtes, pour expliquer l’ensemble des facteurs qui entrent en jeu dans l’apparition - ou non - des posts dans un newsfeed d’utilisateur.

 

 

Digression faite, pour faire court, commenter une publication suppose qu’une partie de vos contacts va la voir apparaître sur son mur Facebook (même si cette partie n’est pas impliquée dans l’échange). Nous en faisons l’amère expérience chaque jour. Le temps que l’on comprenne qui a commenté le média/marque émetteur, que l’on observe le visuel/la vidéo, l’algorithme nous a déjà fiché S dans son dossier de singes hurleurs, en même temps qu’il agrège une vue à ce contenu (trois secondes de visionnage suffisent à une vidéo pour que cela soit considéré comme une vue). Car oui, l’algorithme souhaite notre bien (malgré nous). Il part du principe que si notre attention s’est focalisée autant de temps, c’est que l’on aime la soupe qui nous est servie. Par votre inconsciente bêtise, vous nous marquez au fer rouge et Facebook sera enclin à nous proposer toujours plus de cette malbouffe du contenu.

Les marques et médias paresseux l’ont compris et en profitent, excitant la portion la plus simiesque de leur “communauté” à taguer leur amis et ce pour plusieurs raisons :

- Un community manager pourra vouloir gonfler les stats mensuelles de son reporting pour compenser son travail habituel lamentable et tenter de masquer la misère de ses autres publications (en évitant de faire pâle figure face aux publications crasses d’O’Tacos).

 

code de dab

CODE DE DAB PUTAIN

 

 

- Les pages Facebook possèdent un score (non affiché). Ce score est déterminé au quotidien en fonction des interactions des “fans” avec les contenus qu’elle propose. Une page qui n’engage pas voit son reach (la visibilité de ses publications) structurellement baisser, car Facebook souhaite avant tout que les utilisateurs soient satisfaits et non parasités (on saisit le paradoxe). Ce genre de publication gênante comme un clip de Big Flo & Oli peut servir à muscler le scoring de la page (beaucoup de commentaires = caresse de l’algo), en réengageant la “communauté”, et donc offrir plus de visibilité aux prochains posts de la page.

- Plus pernicieux, ce genre de publication sert également d’appeau à débiles. La personne taguée va interagir avec la page concernée (like de la publication, commentaire pour expliciter combien il est dead à son émissaire). Cette publication est un bon ballon d’essai pour sonder le périmètre. L’administrateur de la page n’aura qu’à cibler (via l’outil publicitaire de Facebook) ceux qui auront mordu lors de sa prochaine campagne de posts sponsorisés, pour les faire revenir, les ferrer et, si plus téméraire, leur vendre sa merde.

Si un pote nous tague sur une publication voldemoresque, nous pouvons nous attendre à recevoir une chouette nous invitant dans un Poudlard de la débilité. On est ici typiquement dans une triste accaparation par le marchand de nos pratiques sociales. Les “fans” sont utilisés pour en recruter de nouveaux. On utilise nos pratiques (somme toute ni bonnes ni mauvaises) pour en faire un combustible à branding avant de nous cibler très cyniquement par segment affinitaire.

Tagueurs fous, on vous voit et vos contacts silencieux vous souhaitent de vous faire mentionner dans un spoiler de Game of Thrones.

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