Stoner : de quatre crasseux dans le désert à tout un genre musical

Stoner : de quatre crasseux dans le désert à tout un genre musical

Deux ans que je n’écoute presque plus que ça. Les boucles rythmiques du stoner me bercent du réveil au coucher, plus de la moitié des (nombreux) concerts que je fais lui est consacrée, j’ai un autel à Matt Pike sur ma table de nuit, je vis et respire stoner.

Mais quel stoner ? Parce qu’en dehors de la traduction littérale (stoner = défoncé = musique de drogué = Duterte), le stoner est un genre aux contours assez flous, qui peut s’adapter à beaucoup de musiques différentes. Aujourd’hui, on peut attribuer l’étiquette stoner à des groupes aussi différents que Conan ou Somali Yatch Club. Pour comprendre pourquoi le stoner est si varié, il faut revenir un petit peu en arrière. Les albums historiques ayant défini le genre sont Blues for the Red Sun de Kyuss, Sleep’s Holy Mountain de Sleep et, dans une moindre mesure, Spine of God de Monster Magnet (tout cela date de 1992). Jetons-y une oreille, en commençant par Kyuss, dont vous connaissez peut-être un des membres, Josh Homme (oui, le mec de Queens of the Stone Age). Ecoutons Green Machine, le hit de l’album. Puis, sans transition, enchaînons sur Sleep avec Holy Moutain, chanson éponyme de l’album. Et enfin, Spine of God.

Vous penserez peut-être que ces trois chansons n’ont pas grand-chose à voir les unes avec les autres. Vous aurez sans doute raison. Le rythme et la structure sont différents. Mais le style (production rétro, fuzz à fond), les sonorités (guitare et basse très lourdes) et surtout la base rythmique (très simple et répétitive jusqu’à en devenir hypnotique) sont les mêmes. On est dans la même quête du riff le plus accrocheur possible, répété ad nauseam.
 


Les trois groupes viennent d’influences différentes : Kyuss a une attitude plus punk (d’ailleurs, ils se revendiquent du desert rock plutôt que du stoner, encore qu’on pourrait dire que le desert rock est un sous-genre du stoner, débat de spécialiste inutile au possible), Sleep est directement influencé par le doom (pensez Pentagram) et Monster Magnet par le rock psychédélique. C’est de là que vient la magie du stoner : tout sous-genre du rock peut être revisité à sa sauce, au point qu’un groupe comme Soundgarden est parfois considéré comme un des pionniers du genre – mais eux-mêmes ne le savaient pas.

À partir de là, tout devient possible. Personnellement, je suis rentré dans le stoner avec des artistes aux influences très bluesy et psychédéliques, comme les fantastiques Samsara Blues Experiment.  

Le genre reste longtemps assez confidentiel à l’exception des grosses machines (on peut considérer que certains albums de Queens of the Stone Age, notamment Rated R et Songs for the Deaf, ont beaucoup fait pour populariser le genre), mais la scène s’est énormément développée en Europe depuis le début des années 2010, avec la création de festivals dédiés, par exemple le Desertfest, aujourd’hui présent dans quatre villes en Europe. En France, la scène a été popularisée par la célèbre (enfin, dans le milieu) scène Valley du Hellfest et des associations dédiées, comme les Stoned Gatherings

Alors que vous soyez un hippie à la recherche du trip suprême (écoutez My Sleeping Karma) ou un doomster pur et dur (dans ce cas, vous avez déjà sans doute entendu parler d’Electric Wizard) ou si vous aimez tout simplement les rythmiques simples et répétitives (clin d’œil du côté de l’électro, j’en connais qui ont franchi le pas), n’hésitez pas à jeter une oreille à tout cela en vous aidant du très bon outil de recherche More Fuzz.

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