SpaceX et le pari du Los Angeles - Mars sans escale

SpaceX et le pari du Los Angeles - Mars sans escale
AUTEUR

Le Gros René

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Le

Depuis la fin de la guerre froide et l’avènement du Segway comme valeur unificatrice des peuples, l’humanité est arrivée à une situation sans précédent : nous sommes aujourd’hui grosso merdo à un consensus sur les frontières et les modes de gouvernance - n’en déplaisent à quelques irréductibles barbus

Les grandes idéologies se sont toutes agenouillées devant Jérome Kerviel, à l’exception de petits royaumes bucoliques continuant de résister pour notre plus grand amusement. Les grandes causes sont devenues des petites causes pour lesquelles on ne se bat que du bout du fusil. Veganismeféminisme, écologisme et autres extrémismes sont les derniers combats mous restant sur la table des jeunes en quête de sens. Perdus, ils se tournent maintenant vers le brocoli, le Club Med Syrie, voire pire.


Comme il n’y a plus d’aventure neuve sur terre, vu qu’à force de marcher sur une surface plate on en a fait le tour, les gens se tournent vers la seule valeur qu’il nous reste : celle de l’argent. On se court les uns sur les autres pour accumuler des pesos dans le but de manger les meilleurs burgers, de faire des cacas assez élégants pour figurer sur Instagram avec ou sans filtre. Parfois, même, on en vient à manger son propre caca pour faire du caca de deuxième génération : l’espèce humaine a définitivement atteint son apogée

Cependant un nouveau chemin s’est ouvert. Ou plutôt, on a dépoussiéré un chemin abandonné : la conquête de notre univers.
 

"Avant SpaceX on se la jouait un peu kleenex pour milliardaire : chaque fusée ne servait qu’une fois"


Le 21 décembre 2015, l’entreprise SpaceX se fait connaitre du grand public en réussissant une chose encore récemment considérée comme impossible. Après avoir mis en orbite un satellite à l’aide de leur fusée maison, elle a réussi à la faire se poser en douceur sur une barge en pleine mer et, encore plus dingue, elle va bientôt réussir à faire décoller la première fusée à avoir déjà effectué un lancement orbital. 
Jusque-là il faut avouer qu’on se la jouait un peu kleenex pour milliardaire : chaque fusée ne servait qu’une fois et se désintégrait dans l’atmosphère après usage. En gros, c’est un peu comme si on jetait les avions après chaque vol et que SpaceX étaient les premiers à trouver comment ré-utiliser un avion. C’est une putain de révolution. Et c’est pourquoi la NASA, comme la plupart des entreprises privées, passent par leur services depuis 2012 pour accéder à l’espace.

 

Mais là ou ça devient intéressant, c’est que SpaceX n’est pas a proprement parler une entreprise à but lucratif. Ils ne sont même pas cotés en bourse car le boss, Elon Musk, veut être sur que la boite ne déviera pas de son but - annoncé depuis le début sur leur site web :
 

« SpaceX designs, manufactures and launches advanced rockets and spacecraft. The company was founded in 2002 to revolutionize space technology, with the ultimate goal of enabling people to live on other planets. » 


Un petit peu de retour en arrière est nécessaire pour comprendre qui est Elon Musk : 
le 28 juin 1971 en Afrique du sud, pendant l’apartheid naît le petit Elon Musk. A l’âge de 12 ans, quand la plupart des jeunes merdeux se contentent d’un premier baiser voire de caler un oid en scred dans les chiottes du collège, Elon vend son premier jeu vidéo. Pas besoin de vous expliquer qui se faisait chier dans le cartable à la récré, vous avez compris que le bordel n’était pas Jean Michel Populaire. Mais alors vraiment pas populaire hein, au point de finir à l’hosto. On l’avait tabassé pour avoir protégé un autre chiard, mais seulement APRES l’avoir au préalable jeté dans les escaliers. On ne déconne pas niveau dickmove en Afrique du sud.

Plutôt que devenir un sociopathe, il s’installe au Canada en 1989 et se double diplôme en science et en économie. Prouvant qu’il est autant businessman que partisan de la déglingue, il paie ses études en louant une fraternité qu’il transforme en boite de nuit. Pendant les soirées qu’il organise (certaines rassembleront jusqu’à mille personnes), il s’enferme dans sa chambre et geeke comme le true nerd qu’il est. 
Plus qu’une anecdote, il s’agit là d’un schéma qu’il reproduira durant toute sa vie d’adulte.

Après avoir trifouillé vite teuf sur Caramail, il choisit de révolutionner Internet en participant à la création de Paypal en 1999. Là encore les idiots s’émerveillent en regardant le doigt alors que le sage vise la Lune. Enfin, Mars, en l’occurrence. Avide fan de science-fiction, il a passé son enfance a dévorer Heinlein, Asimov et autre Douglas Adams. Il réalise qu’il peut maintenant réaliser ses rêves et, grâce au rachat de sa boite par Ebay, sa passion vire à l’obsession.



Avec l’argent de la vente de Paypal, Il décide d’acheter un missile nucléaire intercontinental russe pour poser une serre sur mars, sans pression. A la fraiche. Décontracté du gland. Son but est alors de relancer l’intérêt du public pour la conquête spatiale en faisant un coup d’éclat. Le mec vient d’avoir trente ans et pour le féliciter de son initiative, un des chefs concepteurs russe lui crache à la gueule, le traitant de n00b de l’espace.

Voyant que la voie russe n’est pas la bonne façon pour lui d’accéder à l’espace, il fait ce que toute personne sensée sans aucune connaissance en fusée ferait : il décide d’apprendre tout de la mécanique et la physique des fusées afin de monter une boite de lanceurs orbitaux. C’est grâce à tout cela que l’on en est là.

 

"Le but final est de créer sur Mars une colonie autosuffisante d’un million de personnes"

 

Depuis le 27 avril 2016, les choses se sont clarifiées : à partir de 2018, SpaceX enverra du matériel tous les deux ans, à chaque fois que Mars passe près de la Terre, pour préparer l’arrivée des premiers martiens dès 2025. Et on ne parle pas de poser le pied, prendre deux-trois selfies, mettre du sable dans une bouteille pour mettre sur la cheminée et repartir. Le vaisseau qui fera ce voyage est annoncé comme capable de transporter un équipage de cent personnes, ce qui est à des kilomètres de tout ce qui a été fait jusqu’aujourd’hui. Le but final est de créer une colonie autosuffisante d’un million de personnes, puis à terme rendre l’intégralité de Mars habitable. Le tout grâce à une entreprise qui est privée et à vocation universaliste.

Le 27 septembre 2016, Elon présente en grande pompe l’ensemble de son projet, mais surtout le vaisseau titanesque nécessaire à sa réalisation.

L’Interplanetary Transport System apparait alors non plus comme une lointaine possibilité mais comme une réalité : les images ne sont pas des visions d’artiste. Il s’agit-là des modèles numériques des vaisseaux, dont les grandes lignes sont déjà arrêtées
 


Et il enfonce le clou. Deux vrais défis technologiques s’opposent à la réalisation de ce lanceur : la réalisation d’un moteur de fusée fonctionnant au méthane (que l’on peut produire sur Mars) et la réalisation de réservoirs en fibre de carbone a des diamètres de douze mètres. 
Le réacteur révolutionnaire nécessaire à ce vaisseau est déjà conçu et est en phase de polissage. Une vidéo inédite du test est présentée. Bien qu’étant à un stade plus avancé que prévu, la surprise est modérée chez les passionnés de l’espace puisque le développement du programme était relativement public, à l’exception des images du test. La vraie révélation est passée inaperçue pour la plupart des gens, qui ne réalisent pas la portée de l’exploit technologique. SpaceX a réussi à développer et réaliser en secret un réservoir de douze mètres de diamètre en fibre de carbone, sans que personne ne s’en doute une seconde.


De plus comme l’a fait remarquer Elon Musk, un vaisseau capable d’envoyer cent personnes sur mars sera capable d’en emmener des dizaines n’ importe où ailleurs dans le système solaire.

Mardi 27 septembre 2016, dans une relative discrétion, les portes de l’espace se sont rouvertes. Un nouveau chapitre de l’espèce humaine est en train de s’ouvrir, en espérant que Cyril Hanouna n’en cause pas la perte d’ici-là

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