On a parlé presse, cinéma et football avec Simon Capelli-Welter, journaliste au sein de So Foot et Sofilm

On a parlé presse, cinéma et football avec Simon Capelli-Welter, journaliste au sein de So Foot et Sofilm
AUTEUR

senzo-tanaka

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Le

Journaliste au sein de So Foot - Society - Sofilm, rédacteur en chef adjoint de Greenroom, rédacteur spécialisé contenu web et rédacteur chef adjoint SoFoot Club sur les numéros spéciaux et hors-série, Simon Capelli-Welter est partout, ou presque, dans la galaxie SoPress. Nous lui avons posé quelques questions afin d'en savoir plus sur sa passion pour la presse, le football et le cinéma.

On va rentrer directement dans le vif du sujet avec une question qui fâche : elles sont où les pages roses de So Foot ?

Aux toilettes.

Vous faites un peu figure d’exception car tout le monde s’accorde à dire que la presse papier est en crise mais dans le groupe SoPress, vu de l’extérieur, tout semble rouler, comment ça se passe en fait ? 

C’est évidemment plus compliqué que ça. Mais on essaie chaque jour, collectivement et individuellement à SoPress, de faire l’effort en plus, de trouver la motivation, l’envie, de faire en sorte que ça puisse encore bien se passer. Ce n’est pas tous les jours facile, mais on se soutient, on se bouge, on est un bon groupe, on parle même parfois de meute.

Parallèlement à ça, les chutes de ventes et le déclin de la presse, on voit de plus en plus de fanzines arriver. Dans le milieu du cinéma de genre par exemple, il n’y a jamais eu autant de zines qu’aujourd’hui, une preuve que la demande est toujours là, qu’est-ce qui fait que la majorité de la presse n’a pas su s’adapter à ce public-là ?

Parce que structurellement, il est difficile pour la presse classique de s’adapter aussi vite que les zines, le Net, les blogs, les fiers pandas. Et parce qu’il y’a souvent des enjeux économiques qui peuvent nuire à la spontanéité. Quand t’as des comptes à rendre, ça peut nuire à la « légèreté ».

Comment est née l’envie de faire So Foot, puis de décliner « la formule » au cinéma, et à la Société en général ?

Justement par envie. Parce qu’au moins autant que le foot, on aime le ciné, le monde qui nous entoure. Et par amour du défi, un peu aussi.

Toi, comment tu es entré dans le monde SoPress ?

L’un de mes profs de fac connaissait Franck (Annese). Je l’ai appelé, je lui ai demandé si je pouvais venir en stage, il m’a dit ok. C’était il y’a 12 ans maintenant.

Niveau foot, cinéma c’est quoi les choses qui te parlent vraiment ?

En foot, j’arrive pas à me défaire de mon attachement de gosse au Fc Metz. Et c’est encore le truc qui me relie le plus à mon enfance, finalement. Le temps passe vite. Du coup, j’aime bien quand on nique Nancy tout en assurant, ou presque, notre maintien. Sinon, généralement, j’aime bien les équipes qui ont du chien, de la Juve à l’Argentine, en général. Je me « reconnais » toujours vachement dans les sélections argentines, même si j’ai un problème avec Messi, il m’ennuie. Mille fois plus que Maradona, qui me subjuguait totalement. Parce que ouais, j’aime surtout les joueurs « divertissants », pour ne pas dire profondément débiles ou caractériels, mais surtout imprévisibles. Sans eux, on se ferait vraiment chier. Ah oui, et j’ai eu une sorte de révélation au contact des supporters de Man City. La nouvelle direction, la peur de l’avenir, le côté sans âme que certains accolent au club ? Les mecs s’en foutent, le club, ils savent bien que c’est eux, au fond. Comme m’a dit un mec là-bas, « on était là avant les émirs, on sera là après. Enjoy the ride! ». C’est eux qui ont raison.

 

 

En ciné, pour ne pas te raconter de banane, je vais essayer de me rappeler des rares DVD que j’ai encore sur mon étagère ou des films que j’ai choisi de garder sur un disque dur pour ne jamais les regarder mais savoir que si jamais : on a du Jarmusch (Ghost Dog, Dead Man), du Kubrick (2001, Eyes Wide Shut), des animés japonaises (Akira, Mononoke, Tokyo Godfathers, le tombeau des lucioles), des frères Coen (A Serious Man, O’Brother, No Country), Melancholia, des films de Vincent Gallo, Tetro, Le Sens de la Vie pour 9$99 et Tree of Life, devant lequel j’ai chialé toutes les larmes de mon corps, ne me demande pas pourquoi, même moi je n’ai toujours pas compris.

Comment se passe le processus de décision ou de validation des articles ?

En amont, souvent en réunion ou par mail. Ça propose, les rédacteurs en chef (car on est toujours une team -duo, triumvirat etc- de rédacs chefs) disposent. Pour la rédaction, bah, le mec envoie, un des redac' chef relit et édite, l’autre relit derrière, et si ça va à tout le monde, on envoie. Et on essaie toujours de faire, malgré les contraintes de temps, en sorte que ça convienne à tout le monde.

Quand vous faites une couv’ sur Messi, c’est pour aller discuter avec ses oncles à Rosario ou ses premiers entraîneurs, vous n’avez pas envie parfois de céder à la facilité et de faire des trucs type « Messi ou CR7 qui c’est le plus fort ? »

Parce que ce n’est tout simplement ce qu’on a envie de faire. Au fond, on s’en fout un peu de savoir qui est le plus fort entre les deux. Enfin, disons que non, on a un avis, mais comme tout le monde au fond. En revanche, que l’un de nous puisse aller causer avec ses oncles à Rosario, et qu’on soit les seuls à le faire, ça c’est cool ! Et c’est ce qui nous pousse à avancer.

Vous collaborez souvent avec de super dessinateurs comme David Snug ou Pierre La Police, comment vous faites ? Comment ça se passe, ils ont carte blanche ou doivent s’intégrer à « la formule » ?

J’ai jamais directement traité avec eux, mais j’imagine que de toute façon, c’est le genre de mecs qui ont ont toujours un peu carte blanche. Tant mieux quelque part. Et puis, si tu vas chercher des mecs du genre, c’est plutôt pour les laisser s’exprimer, non ?

 

 

Vous avez toujours le chic pour réaliser des papiers assez inattendus, par exemple la meilleure interview de Bruno Dumont que j’aie pu lire était dans So Foot. Comment on s’y prend pour faire parler de foot un gars comme lui ?

En parlant de foot comme on en parlerait avec n’importe qui, sauf que pour la peine, c’est Bruno Dumont. Mais au fond, je crois que c’est aussi lui qui, finalement, est content de causer foot.

Qu’on lise SoFoot, SoFilm ou Society, on retrouve toujours la même patte, le même esprit, on se retrouve toujours en terrain connu, comment on fait pour maintenir ça ? Pour conserver un truc aussi personnel dans l’approche ?

Parce qu’on passe toute notre vie ensemble ! Et qu’on passe surtout énormément de temps sur chacun des magazines. Du coup, ils finissent fatalement par nous ressembler.

Si je dis que vous êtes un peu les Big Lebowski de la presse sportive, vous le prenez comment ?

Ça dépend. C’est toi qui as pissé sur notre putain de tapis ?

 

 
Vous parvenez à tisser des liens entre foot et cinéma alors que les deux univers sont, en France du moins, encore très antinomiques, comment tu expliques ça ?

Parce que pour nous, ils ne le sont pas. On passe de l’un à l’autre dans nos conversations sans même y penser en fait.

Tu penses quoi des films sur le foot ? Le foot est vraiment un sport qu’on ne peut ni filmer, ni scénariser tant il est complexe et imprévisible ?

Sans doute, vu la difficulté générale dénoncée par tous les réalisateurs qui se sont penchés sur le sujet. Après, mon avis perso, c’est qu’un bon match de foot est déjà un film à lui seul. On parlait de Maradona. Je veux dire, sérieusement, tu connais un meilleur film que la vie de Maradona ? Sa danse avec la vie ? Ses dribbles avec la mort ? Tu vois la vidéo où il s’échauffe sur Life is Life en envoyant des ogives vers le ciel qu’il contrôle à la retombée dans la plus majestueuse des nonchalances ? Et quand il remue son petit bidon là ? Sans rire, même au fond du trou, c’est peut-être le truc qui me donne le plus foi en l’humanité.

On peut comparer certains metteurs en scène à des entraîneurs. On a des vrais génies (Kubrick/Sacchi), des fous géniaux (Herzog  / Bielsa) , des mercenaires (Hiddink / Yimou) , des yes man (Peter Berg / Rafa Benitez),… C’est aussi des histoires d’épopées improbables et presque mystiques parfois, finalement ce sont deux métiers et deux milieux qui sont très proches non ?

Bien vu ! Tu vois, toi aussi tu peux les relier facilement.

Pareil pour les footballeurs et les acteurs. On a les stars, les seconds rôles solides, les jeunes premiers oubliés, les vieux sur le retour obligé de cachetonner pour survivre…

C’est ce que je te disais. Finalement, le monde du foot et celui du cinéma ont ce point commun : ce sont tous deux des mondes créés par les humains pour penser à autre chose et se donner l’opportunité de se représenter, de se réinventer, de se mentir à soi-même sans décevoir personne.

Dans le dernier So Film, on y parle de Epstein et des youtubeurs cinéma, c’est un grand écart qui fait mal aux ischio, comment on gère de tels écarts dans l’optique de la cohérence d’un magazine?

Je veux pas parler au nom des gens qui font So Film, mais je crois que quand on bosse à SoPress, les ischios sont bien rodés, car on n’est plus à un écart près.

Dans le dernier SoFoot, on peut lire un dossier sur la lose, le fait de soutenir une équipe de perdant, un truc qui me parle vu que mon club n’a rien gagné en 113 ans d’existence, ça n’avait pratiquement jamais été fait alors que c’est le cas de 90% des supporters de foot, c’est assez fou quand on y pense ?

Même Michael Jordan, quand on y pense, a plus perdu que gagné. Bon, sauf en finales NBA(je t'aime papa Mike).

On lit parfois que SoFoot a réussi là ou Les Cahiers du Foot ont échoué : à rassembler les « autres » fans de foot ? Vous aviez des affinités avec Les Cahiers ? Vous êtes d’accord avec cette affirmation?

Je ne sais pas si SoFoot a réussi là où les Cahiers ont échoué. Je constate juste que SoFoot a réussi (et échoué) là où SoFoot a réussi (et échoué).

Le terme « Sofootix » existe désormais, on a même écrit un article dessus, et se propage, c’est un peu la consécration pour vous non ?

Mouais. Disons qu’on se rend compte qu’on a un impact. Enfin on se dit qu’on doit en avoir un si on nous dit ça. Je sais pas trop, honnêtement.

SoFoot, Tampon, Pédale ! (meilleur titre de magazine de l’univers de la presse), a quand « Pas de Paniers Faciles » avec John Starks en Une, un papier sur la Palace d’Auburn Hills, sur Jimmer Fredette roi de Chine et une enquête sur la vaseline de Marbury ?

Alors, tu n’es pas sans savoir que je suis un énorme fan de la NBA (faudrait que je songe à me désintoxiquer d’ailleurs), et si c’est aussi ton cas, ou que tu aimes tout simplement le sport le plus fun du monde, je t’invite à aller dire bonjour à nos amis et collègues de trashtalk, puisqu’ils font partie du groupe SoPress maintenant ! Et ils font du super taf, franchement. Je ne pensais même pas qu’on pouvait aussi bien causer de basket qu’ils ne le font.

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