Proust c'est chiant en fait

Proust c'est chiant en fait

Donc j’ai voulu lire Proust. Et toi aussi, si tu es un(e) aussi petit(e) pédé(e) que je le suis, tu as voulu, veux ou -Dieu m’en garde- es en train de lire Proust. Parce que sans Proust, tu ne vas nulle part. Sans Proust à quoi bon ? Du moins c’est ce qu’on me répète depuis que j’ai l’âge de le différencier du mot Prout. Et ces trois années n’ont été pour moi qu’un incessant aller-retour de ma volonté : « Bordel de merde il va bien falloir que tu lises Proust. Non mais regardes-toi : tu vas où ? Prends tes couilles, traverse la rue, prends le Traverciel et va chercher Proust ».
 

VIENS PAR LA MON PETIT MARCEL


Donc je vais lire Proust. Je vais me plonger dans le doux songe longtemps narré jamais vécu de La Recherche : je vais découvrir le Petit Marcel ; je vais aller plus loin que le fameux « Longtemps je me suis couché de bonne heure » ; je vais découvrir Swan, sa beauté, son corps ; je vais enfin dessiner en esprit le château de sa mère, la gloire de son père (toute approximation concernant Proust de la part de l’auteure –qui n’a pas lu Proust– doit être excusée). Je vais frôler du doigt ce père de la littérature, ce remède, ce monument.

« Monument ». Oui, c’est souvent revenu. C’est vrai que ça fait tout de même cinq bouquins énormes. Ou six. C’est inhumain pour quelqu’un qui n’a même pas été capable de lire l’introduction Wikipédia dudit Proust – qui est, il faut le dire, plus longue que la section vie personnelle d’Angelina, ce qui n’est pas rien (elle a beaucoup d’enfants, adoptés) – en entier. Je pourrais les répartir tout au long de ma vie, grandir avec Marcel, éprouver ce temps qui nous traverse. Au fond peut-être qu’il est trop tôt, peut-être que je ne suis pas prête. Damn. Ça m’épuise. Et je n’ai même pas encore touché Proust. Je vais me mater une série.
 

AÏDIDIT


J’ai loué Proust. C’est arrivé comme ça. Je faisais la fermeture de ma bibliothèque (OUI). J’ai fait genre. J’ai pris des intégraux de la Pléiade parce que c’était 5 livres pour 6 mois. J’ai pensé yolo. Erreur. J’ai marché jusqu’à la sortie. Erreur. Je me suis arrêtée à un dernier rayon. Erreur (j’abandonnerai ici cet effet qui, autrement, pourrait se prolonger jusqu’à la fin de quoi que ce soit que je suis en taper). Bref j’ai acheté la version illustrée du Côté de Chez Swann, quelle grosse connerie. « Il y a des images ça sera plus ludique ». Mon cul.

Putain mais le gars prend treize ans pour écrire son bouquin mais il n’a pas le temps de caler un point de temps en temps. Non, non, non. Quand tu tombes sur un point chez Proust, tu balances ton bouquin, tu vas te bouffer un Mac Do et tu donnes des nouvelles à ta mère avant de passer à l’hôpital pour te faire opérer de l’urètre. Au bout de ma deuxième crise d’asthme, c’était plus possible, j’ai dû envisager d’autres options. Mes meilleurs potes m’ont conseillé le livre audio.
 

LAISSEZ-MOI BERCER


Je mets mon casque et je m’enfonce dans mes coussins. C’est parti. La grande aventure commence. Prends-moi par la main Marcel. Fais-moi sentir ta plume légendaire. « Longtemps je me suis levé de bonne heure »… Sans moi mon gars, je ne tiens pas deux pages et je me réveille deux heures plus tard avec la même culpabilité que quand je trouve mon frigo vide un lendemain de grosse fumette. Je suis une merde. « Non mais c’est une question de maturité ». Mais oui c’est ça. Proust on le lit à quarante ans, quand on est vieux et sage. Oui Proust, je te procrastine, te repousse à plus tard peut-être jamais mais qu’est-ce que j’y peux rien tu es une constante bataille, t’es trop pour moi maintenant.

Et en plus t’es mort. Pédé.

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