Le syndrome de Lavanville ou la légende urbaine d'un Pokémon maléfique

Le syndrome de Lavanville ou la légende urbaine d'un Pokémon maléfique

Pour le jeune adulte que je suis qui n’a pas encore intégré les concepts de maturité et de responsabilité, Pokémon est cette madeleine dont je me garde bien de vanter les vertus.

Comme la jouissance qu’elle m'apporte après l’avoir vulgairement trempée dans son lait demi-écrémé de la marque Le Pouce, me remémorer les heures passées à contempler Magicarpe faire trempette en attendant le fameux niveau vingt m’aide à me rappeler que la vie à huit ans, où la seule question qui se posait à mon être était le choix entre un Bulbizarre, un Carapuce ou un Salamèche, c’était pas si mal. Ou en tout cas moins pire qu’à vingt-quatre, où mon existence se résume désormais à devoir gérer l’anxiété d’un début de calvitie zidanesque, la recherche d’un stage de fin d’études et le remboursement de mon prêt bancaire à six chiffres pour mon école de commerce.

J’ai grandi. Et comme moi, Pokémon. Marketé comme un jeu d’enfants, la génération de mômes qui a vécu avec en aura fait un truc d’adulte très sérieux et presque professionnel. Mais au-delà même du jeu vidéo et de son gameplay si compliqué que des types en viennent à très sérieusement utiliser des calculettes lors de combats, Pokémon s’est aussi construit à travers Internet et ses fameux mythes qu’on ne vous présente plus.

Le plus célèbre étant le creepypasta de Lavanville et son syndrome.

Lavanville est cette petite bourgade du Kanto (Pokémon Bleu et Rouge), située à l’extrême nord-est de la région. Ce village a la particularité de n’être tout simplement d’aucune utilité dans la progression du jeu. En effet, aucune information de valeur, d’objet rare ou d’arène n'est présente si ce n’est cette fameuse tour, sinistre cimetière Pokémon et pierre à l’édifice émo et d4rk que les concepteurs du jeu ont voulu bâtir. Mais la vraie particularité de Lavanville réside dans sa musique qui, comme la ville, tranche radicalement avec l’univers joyeux et enfantin du reste du monde de Pokémon. A tel point qu’on peut se demander ce qui a vraiment poussé des types à composer cet air quand on sait que le public ciblé était âgé de sept à douze ans.

C’est pour cette raison que les grands détectives du Net, plus proches de Navarro que de la CIA, ont enquêté des années durant. Ils ont permis de faire le lien entre des supposés évènements étranges. La théorie du syndrome de Lavanville s’appuie sur la musique utilisée par les jeux Pokémon Rouge et Vert, sortis uniquement en 1996 au Japon et la relie directement à une vague de suicides inexpliqués de jeunes Japonais, adeptes des jeux sur Game Boy, peu après leur sortie.

En effet, la musique de Lavanville aurait été composée dans le seul but d’effectuer des tests sur les systèmes nerveux de jeunes enfants. Le thème de Lavanville, il est vrai, utilise des fréquences suraiguës et des battements binauraux que seuls les tympans de jeunes âgés de cinq à quatorze ans sont à-même de percevoir. Ce seraient ces fréquences-là, émises par la Game Boy, qui auraient donc poussé des centaines d’enfants à se tuer.
 


A cela s’ajoute aussi le soit-disant suicide du compositeur de la musique du jeu, Shin Nakamura. Ce dernier, d’après la légende, se serait tué dans une forêt, en ne laissant pour testament qu’une lettre dans laquelle il expliquait avoir été chargé de conceptualiser une arme psychique afin d’aider à la restauration de l’Empire du Japon, émasculé par presque un siècle de castration occidentale. Et parce que l’on aurait tort de s’arrêter là, le plus intrigant dans l’histoire est la mort mystérieuse de l’enfant de Nakamura. Il aurait été révélé que son décès, quelques jours avant celui de son père, ne serait en réalité dû qu’à l’écoute prolongée du thème de Lavanville, administrée chaque soir par les soins du paternel, en guise de Doliprane.

Si tout cela semble peu crédible, quelques éléments vérifiés viennent quant à eux semer le doute.

En premier lieu, l’un des témoins de la supposée entreprise de Nakamura : le Pokémon 731. Disponible uniquement dans la version Rouge/Verte, ce Pokémon sauvage ne se présente à vous que dans un cas complexe (7e route, 31e emplacement d’herbe). Ce Pokémon a deux spécificités. La première ? Son nom. 731 était le numéro d’une unité militaire d’élite et de tests biologiques pas très éthiques de l’Empire du Japon sous la Seconde Guerre mondiale. La deuxième est que le sprite du Pokémon est un enchaînement de quatre images. A priori, pourquoi pas. Sauf que ces images ne sont autres que celles d’un chirurgien pratiquant une opération sur un corps, un bâtiment de l’unité 731 et un drapeau de l’Empire japonais. Une ligne de code du jeu ou un bug ? Personne n’y a répondu.

A cela s’ajoute aussi la surprenante décision de Game Freak, l’éditeur, de remplacer la musique de Lavanville dès 1996 par une version moins agressive pour les jeux destinés à l’Europe et les autres versions.

Enfin, l’épisode du Porygon. Dans la série télévisée diffusée en 1997 (moins d’un an après la sortie des jeux incriminés), ce Pokémon très étrange attaque Sacha et ses amis à coup de missiles. Sauf que, lors de la scène, l’une des explosions produit un enchaînement de flashs lumineux bleus et rouges, avec un affichage moyen de dix images par seconde. Bien au-dessus des trois images lumineuses par seconde préconisées par les scientifiques. Pourquoi ? Parce que le résultat peut être dangereux chez les enfants. Croyez-en les six cent quatre-vingt-cinq enfants japonais pris de malaises, céphalées et nausées lors de la diffusion de l’épisode et dont l'état, pour un nombre infime d’entre eux, aura nécessité une hospitalisation. A la suite de ce scandale, Porygon n’apparaîtra plus jamais à l’écran et les e-detectives auront vite fait d’y voir le courant militariste japonais à l’œuvre, utilisant Pokémon comme une arme.

Fort heureusement, Shin Nakamura semble n'avoir jamais existé, tout comme une quelconque vague de suicides d’enfants japonais. Internet est définitivement un sacré vivier d'inspiration.

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