Astéroïdes, éruptions solaires, magnetars : les raisons d'espérer la fin de l'humanité

Astéroïdes, éruptions solaires, magnetars : les raisons d'espérer la fin de l'humanité

Soirée difficile. Je rentre en traînant des savates sur le bitume, mes jambes râlent, ça n’avance pas. Je finis tout de même par retrouver mon antre. Après un passage aux chiottes, je me dirige vers la cuisine pour le dernier rituel. Je suis calme. On est souvent calme quand on a crapahuté un peu pour rentrer, le crâne toujours embrumé par la bière de l’irlandais.  Appuyé contre le mur de la cuisine, mon regard se fixe sur les bulles. Les bulles de la casserole de flotte pour le thé de la nuit. Celui que tu t’envoies en fin de soirée, pour te finir ou pour récupérer, je ne sais plus trop. Tu le bois tranquillement, à t'en brûler la gorge, en fixant le mur, la nuit, une série, ou même un cortège de gifs chat(o)pornolol. C’est le bouquet final invisible, celui de la fin des fins, celui qui te dit bonne nuit avant de sombrer dans ton plumard.

Mais avant ça. Je regarde les bulles.

D’abord il y a des genres de volutes, comme des petits fils qui dansent les uns avec les autres, mais sans jamais se toucher. Puis des petites bullettes apparaissent, elles rigolent, puis enflent, comme la grenouille. Alors ça s’énerve, trop d’énergie accumulée, elles stressent. Puis dans un dernier frétillement : paf pastè... point de rupture. Elles se détachent du fond, remontent et viennent me murmurer gentiment «blouiiiiblouiblouiibloubrii» au creux de l’oreille. J’ai la tête posée contre le mur à écouter cette casserole. Et sous la lumière blafarde de la hotte, ce que je vois dans les bulles, ce n’est ni l’eau ni la chaleur. Mais l’une des rares choses qui me fascine autant qu’elle me rend triste : ce putain de cosmos. Mes chers Pandaillons. Je suis peut-être un peu stellaire en ce moment, mais je voulais vous parler de l’univers. Pas comme le ferait le Père Castor. Ma queue n’est pas plate comme la Terre, je suis nul en barrages et ma dentition est des plus standards. De plus, le rongeur est tourné histoire, moi je veux causer futur.

 

"On est passé des roulades avant dans les hautes herbes africaines aux roulades avant dans les centrales de fusion nucléaire"

 

Déjà, vous savez que l’univers c’est grand. Oui je sais que vous êtes instruits sinon vous ne seriez pas là. Le panda n’attire que les cerveaux éclairés. Il est grand et il est vieux. 13.8 milliards d’années, nous homo sapiens, on est là depuis au max 200 000 ans. C’est-à-dire qu’en l’espace d’un pet de mouchillon sous speed, on est passé des roulades avant dans les hautes herbes africaines aux roulades avant dans les centrales de fusion nucléaire. Centrales dans lesquelles on serait théoriquement capable d’ici vingt ou trente ans de transformer un verre d’eau en énergie exploitable (le NIF, ITER, ...) et ce en réduisant drastiquement les déchets. Là, je dis qu’en tant qu’espèce, on a beau faire régulièrement des conneries et parfois perdre de vue les choses importantes, il y a quand même matière niveau street cred’.

 

 

Malgré le pedigree, après avoir pissé sur la Lune il y a 45 ans, le pognon s’est barré ailleurs. Pour comparaison, il y a quelques temps, Facebook a dépensé plus d’argent pour racheter Whatsapp que la NASA possède de budget annuel. Vous allez maintenant relire cette phrase pour profiter pleinement de l’odeur de vieux dauphin mort qui vient vous roucouler dans les naseaux. "Pourquoi est-ce un problème ?" me demanderont les plus teigneux.

 

"Faisons simple. La Terre est au milieu d’un champ de tir."

 

Faisons simple. La Terre est au milieu d’un champ de tir. Les artilleurs sont nombreux. Et même si notre planète n’est pas particulièrement leur cible, les gonzs visent comme une taupe avec deux pattes gauches. En premier lieu, on pense aux petites frappes, les carabines de fête foraine : la caillasse cosmique. Vous savez déjà qu’un caillou malhonnête, d’à peine dix kilomètres, a détruit la plus belle chose au monde : LES DOINOSURAES, pardon LES DINOSAURES. Environ 1100 astéroïdes de plus de 1500 kilomètres se baladent dans le coin, je ne sais pas trop ce qu’ils foutent, ça pourrait être une sortie champignons. N’empêche que s’ils tombent sur notre clairière, ce serait razzia sur les morilles.

La sulfateuse de la fine équipe c’est notre bon gros Soleil, le petit comique a tendance à péter régulièrement en surface, les éruptions solaires que ça s’appelle. Ça, Mère Terre le gère. Portant son champ magnétique comme l’escargot sa coquille, le vent solaire peut aller gonfler d’autres voiles. C’est vite réglé et ça reste bon enfant. Dans le « pire » des cas, ça nous dessine des aurores boréales pour amuser les lardons (petits et grands) si encore vous avez le courage d’aller vous geler le fion sur la banquise. Mais de temps à autre, le père Ricard vomit ce que nos têtes ont appelé des CME ou éjections de masse coronale. Pour être limpide, c’est un geyser de plusieurs millions de degrés qui file tout guilleret à 1000 km/sec en chantant OYE COME VA ♪ ? MI RITMOO ♫ ! Point à souligner, notre cantateur est assez chargé de magnétisme pour te tirer ton appareil dentaire.

 

 

Les CME étant plutôt directives, la plupart du temps elles vont se perdre dans l’espace. Mais si l’une d’entre elles, peu courtoise, employait les gros mots, la Terre aurait beau sonner la charge, son fier bouclier magnétique lui finirait incrusté dans le présentoir. Ça ternirait le décor : satellites foutus, téléphones en rade, internet dans le coma, villes dans le noir, même ta montre Casio Waterproof cent mètres ferait la gueule. Un client sérieux est déjà passé dire bonjour en 1859, les postes télégraphiques de la planète ont joyeusement cramé en chœur. L’émotion sans nul doute. De nos jours, l’électronique étant omniprésente, les appareils plus sensibles, la panne de jus pourrait durer jusqu’à douze mois d’après la NASA. Au pays de Mickey, le Mordor supplanterait Disneyland.

 

"Connaissez-vous les Magnetars ?"

 

Allez, pour finir par une belle galipette, parlons de la dernière catégorie : les Malfaisants. Je parle de ceux qui tirent bien planqués sous un buisson, pour pilonner les lignes adverses à des kilomètres. Ils sont fourbes, ils sont vicieux. L’article n’ayant pas pour vocation d’être exhaustif, ni même objectif, citons en deux. Connaissez-vous les Magnetars ? Imaginez un magnet de frigo, mais sans la déco kitsch et ayant la fâcheuse habitude de t’engueuler dès que t’ouvres sa porte. Le type n’est pas soudé comme un beau camion, à peine 20 km de large. Pourtant, s’il venait rouler à une dizaine d’années-lumière soit environ 94 mille milliards de km à vol de perruche (ce qui n’est quand même pas la porte à côté, soyons honnêtes), eh bien votre cœur cesserait tout simplement de battre. Ainsi que celui de tout ce qui vit sur Terre. Comme dirait l’agent K : «C’est CHIANT hein ?».

Le sursaut gamma ? Si une étoile explose en créant ce phénomène, même à 6000 années-lumière (mucho perruche sí): atmosphère soufflée, UV en pleine tronche, annihilation. Ceux qu’auront zappé leur écran total ont intérêt d’avoir stocké de la Biafine. Bon. Respirons un coup. Les probabilités que ces phénomènes arrivent sont relativement basses. Le but de cette énumération n’est pas de vous foutre les jetons, mais de rappeler qu’on a le cul sur une fourmilière.

 

 

Quand je regarde là-haut, ce n’est pas la peur qui émerge mais la curiosité et l’excitation. Je veux voir et savoir. Pourquoi le Big Bang ? Sous quelle forme la vie s’est développée ailleurs ? Peut-on vraiment voyager dans le futur en s’approchant d’un trou noir ? Il y a tellement de choses à découvrir que je me retrouve toujours avec cette béchamel d’excitation et de frustration qui se solidifie dans le bide. Parfois j’aurais aimé naître plus tard, pour connaître cet âge où notre civilisation deviendra spatiale. Actuellement on a tous nos œufs dans le même panier. Il tombe et c’est terminé. La division de l’espèce est nécessaire. A l’échelle du temps de l’univers, l’humanité s’est développée tellement vite qu’on a l’impression de vivre dans un cocon stable et confortable. Je pense qu’on est plutôt comme la vermine grouillante au fond de l’évier parce que vous avez eu la flemme de faire la vaisselle. Et au cas où le coloc sorte le Paic, on a intérêt à coloniser le fond de jus d’orange qui roupille sur la table du salon.

 

"Grouillons-nous d’inventer la pizza en sucrette, c’est pour aller dans l’espace"

 

Ça peut vous sembler loin mais il n’en n’est rien. On n’ira pas au-delà de notre système solaire grâce à une super technologie sortie de derrière les fagots. C’est la cristallisation de centaines de technologies sans rapport qui permettra d’atteindre ce but. On n’a pas inventé la bagnole d’un coup. Des gars ont inventé la roue, d’autres des systèmes de direction. Puis un moyen de propulsion, un moteur. Basé sur la vapeur puis l’essence, un combustible lui aussi transformé par l’homme. De tout temps, les innovations nous on fait avancer, pas toujours pour le mieux, mais c’est la nature même des idées. Elles apparaissent et brillent. Dommage que parfois elles éclairent un tas de merde.

La révolution industrielle a provoqué un changement radical de nos modes de vie. Le pétrole a apporté le plastique. Les transistors ont développé les ordinateurs, puis sur ces fondations s’est installé l’empereur Internet. Certaines des entreprises actuelles les plus puissantes se sont construites sur son squelette, débloquant alors des fonds pour d’autres innovations. C’est un effet domino infini. La théorie de l’évolution nous enseigne que des mutations aléatoires peuvent entrainer un avantage évolutif, qui s’imposera alors parmi un groupe d’individus. Peut-on faire le parallèle avec les idées ? Un foisonnement d’innovations disparates nous amènerait-il à faire un pas significatif ? Dans le doute, grouillons-nous d’inventer la pizza en sucrettes, c’est pour aller dans l’espace. A vos bouquins.

 

« Jusqu’à présent, on a eu de la grosse chatte. » Kasper Dornitrouf, 1927

 

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