L’enfer des nuits parisiennes

L’enfer des nuits parisiennes
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lhuz

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Ayant eu la chance de bénéficier d’une éducation bourgeoise, de baigner dans l’exaltation du beau et le respect des bonnes mœurs depuis mon plus jeune âge, les chemins sinueux des hasards de la vie étudiante m’ont amené à la capitale où je pensais, impatient et le cœur fébrile, faire la rencontre parmi mes congénères de la fine fleur d’une génération en devenir. Éprise de bon goût artistique, de subtilité dans le verbe et portant haut sa noblesse d’âme, elle serait le phare de la postérité de cette belle nation. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir en elle, passée une certaine heure, un bon gros tas de merde.

Pour ceux qui ne connaissent pas la vie parisienne après 18h30, il faut l’avoir vécue pour le croire. Pas question ici d’aller boire simplement une bière avec les copains dans son bar préféré ou de jouer le match à domicile dans son salon de sept mètres carrés. Cela est toutefois faisable mais ce n’est en rien l’objectif du parisien. Appelons d’ailleurs sans plus attendre ce sodomite Charles-Marc.

 

"Le plumeau parisien qu’il est va soigneusement partir en chasse des mots-clés DJ SET SECRET HIDDEN ROOFTOP PARTY "

 

La bataille commence en réalité bien en amont pour Charlie : sur Facebook. Le plumeau parisien qu’il est va soigneusement partir en chasse des mots-clés « DJ SET SECRET HIDDEN ROOFTOP PARTY » et sélectionner le premier événement où participeront déjà trente de ses amis. C’est comme ça, c’est son mode opératoire. Il consultera ensuite la liste des invités pour voir si Cecilia, la meuf bonne avec une certaine street-cred dans le milieu du bonnet Carhartt, y participe. La validation se fera si (et seulement si) la description de l’événement vient à contenir les mots FOODING ou WAVES.

À partir de là, Charles-Marc a le kiki tout dur. Parce que son objectif Charles-Marc est de ken et ce n’est pas en jouant à domicile, entre sa playlist Kavinski-Fauve et ses verres estampillés Eurockéennes, qu’il va tapouiller la crème de sitôt. Il s’empresse donc de commenter «  + 1 » sur la page de l’évènement, dans l’objectif de serrer sa collègue de bureau. Bien évidemment, le jour J, celle-ci restera indisponible - trop occupée qu’elle est à aller au ELECTRO BOAT PARTY ENTRÉE GRATUITE qu’elle avait préalablement repéré. Mais ce n’est pas grave, Charles-Marc est chef de projet dans un cabinet d’audit à la Défense et a besoin de décompresser le vendredi soir venu. Charles sortira en club, dans sa chemisette retro futur à manches courtes, avec ou sans pétasse.

 

 

Grave erreur tactique de C-M qui se retrouve désormais coincé dans une queue à peu près aussi longue que celle de votre chevalier servant, en-bas du Nüba au milieu des dix milles participants prévus. Tous ont bien évidemment eu l’idée de venir dans leurs plus beaux pulls Maison Kitsune, avec leurs petites Vans de fdp toutes blanches aux pieds.

Ces milliers de peigne culs réunis sur une surface équivalente à celle du Vélodrome d’Hiver est une très bonne façon de tester sa capacité à négocier avec un débile léger au moment d’atteindre le videur. Hélas, Charles n’est pas équipé d’une de ces Instapouf qui viennent d’entrer, supplément tatouage de plume sur l’avant-bras. Il tente de monnayer tout de même son entrée, se confond en jérémiades foireuses, mais à cette heure encore peu avancée de la nuit, quand les types de cent trente kilos disent non, ceux de soixante les écoutent. C-M bat donc en retraite, tout penaud, il se répète ces mots plein de philosophie qu’un jour a prononcé son professeur de marketing stratégique : « Failer c’est fine ».
 

"lieu hybride parisien à la programmation à la fois musicale et lifestyle"
 

Heureusement pour C-M, il reste le Wanderlust attenant ; club cosmopolite, se définissant de lui-même comme « lieu hybride parisien à la programmation à la fois musicale et lifestyle ». Mais cela ne fait pas fuir notre héros qui se trouve même étrangement attiré par les perspectives que lui offre l’idée de danser mollement tout en pataugeant dans un savant cocktail de vomi, de cyprine et de cachets de MD à demi-mâchouillés. De toute façon, il est trop tard pour rejoindre ses collègues en afterwork à Franklin Roosevelt.

Des grosses merdes fraichement sorties d'école de commerce comme Charles-Marc, j'en croise chaque nuit dans les rues de Paris, bien avant l’aurore, aux-côtés d’un laideron au cul aplati et aux meules en gants de toilettes. Élevés depuis tout petits aux matinales BFM, ils sont l’avenir terni de notre belle France. Au petit matin ils se roulent dans des draps froissés, encore safranés des douces nuances de la Color Run, pour mieux oublier toute la vacuité de leur existence.

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