Monsanto nous encule, merci pour eux

Monsanto nous encule, merci pour eux
AUTEUR

PouPouchkine

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Le

L'envie d'écrire sur le cas Monsanto me travaille depuis un certain moment. Il faut du talent, et l'entreprise n'en manque pas, pour passer du statut de fabricant de plastique à celui du patron des semences. Monsanto, c'est l'ami américain qui a trouvé LA solution pour nourrir les 8 milliards de personnes sur cette Terre tout en multipliant les billets violets. Comment ? En inventant un pesticide détruisant ces enculés d'insectes. Mais, forcément, vu que le vivant est un ensemble assez cohérent, la plante prend du tarif au passage. Toujours pas con, ce bon vieux Bill dans son labo n'a eu qu'à prendre sa machine à gènes et bombarder l'ADN de la plante. Tout le monde est content. Sauf le paysan en fait. 

Un beau matin le commercial de Monsanto arrive avec son beau sourire, promet à l'agriculteur plus de rendement pour moins de travail, la panacée mon pote. C'est signé, la première année est assez conforme au deal. Pas de nuisibles, une bonne productivité. Et voilà que l'agriculteur veut utiliser une partie de sa récolte pour resemer l'année suivante. Mais patatra, alors que l'exploitant s'apprête à faire son métier, ce n'est plus le beau sourire éclatant du commercial qui arrive devant son champ, mais une petite troupe de juristes bien formés avec des sourires narquois. Eh oui l'ami, ce que tu as planté, ce pourquoi tu as travaillé, ne t'appartient plus, c'est désormais la propriété intellectuelle de la firme Monsanto. Il va falloir payer un droit d'utilisation, en plus des habituels quantités de pesticides, bien sûr. Si tu te rebelles, Monsanto saisit ta ferme. 

Mais continuons le cycle. La terre s'appauvrit car elle n'est plus brassée par la biodiversité. Le cycle est rompu, le sol n'est qu'une putain à qui l'on essaye de tirer le maximum avant la fin. Et surtout il faut racheter du Monsanto, car la terre n'accepte plus que ses semences. L'entreprise se retrouve donc dans une situation de monopole lui permettant de fixer librement les prix, ce qui aboutit logiquement à des endettements, endettements aboutissant à des suicides. Selon le gouvernement du Maharashtra, en Inde, 1920 paysans qui cultivaient du coton se sont donnés la mort entre 2001 et 2006 après l'arrivée des semences transgéniques BT sur le marché en 2000. On dénombrerait aujourd'hui 250.000 suicides de paysans dans le pays de Gandhi qui avait érigé le coton comme symbole de l'indépendance. Tragique retournement de situation. Concernant la bataille du coton, le reportage « Le monde selon Monsanto » est complet et montre comment Monsanto a piraté tout le marché.

« Il y a plus de science à réduire l'ennemi par la faim que par le fer » dixit Végèce.

Il est intéressant de se pencher également sur les trois autres acteurs de cette bataille déterminant si l'entreprise pourra un jour obliger l'humanité à passer par elle pour pouvoir se nourrir : les pouvoirs publics, la communauté scientifique puis le consommateur.

Commençons par les études scientifiques. Les OGM sont-ils vraiment cancérigènes ?

Plusieurs études ont été menées. Mais vous êtes au courant, la recherche a besoin d'argent, et Monsanto n'en manque pas. Peu d'enquêtes scientifiques indépendantes sont à noter, et celles qui vont contre Monsanto ont souvent reçu le discrédit de toute la communauté scientifique.

C'est le cas par exemple du scientifique de renom, le Dr. Arpad Pusztai, qui a perdu son travail en 1998 suite à ses doutes sur le réel caractère inoffensif des OGM. Il a travaillé avec son équipe à Aberdeen sur une étude concernant les patates transgéniques, deux millions d'euros, 30 chercheurs, le but étant de prouver que les OGM pouvaient venir en Grande-Bretagne sans risque pour la santé. Il fallait rassurer le consommateur au moment de lancer les produits sur le marché. Les patates transgéniques ont été testées sur des rats. Résultats : une prolifération des cellules dans l'estomac pouvant favoriser le développement de tumeurs et un système immunitaire de l'estomac en surchauffe, prouvant que l'organisme du rat considérait l'OGM comme un corps étranger. Arpad Putzai donna une interview à la BBC en accord avec sa direction, où il explique qu'il trouve injuste de « considérer les citoyens britanniques comme des cobayes ». Monsanto n'a pas trop kiffé, le lendemain de l’apparition télévisée, le docteur et l'ensemble de son équipe sont licenciés et totalement discrédités. Easy baby. 

Mais alors, si les OGM sont cancérigènes, pourquoi les pouvoirs publics ne font-ils rien ?

Monsanto a réussi aux USA à noyauter et à pirater la FDA (la Food & Drug Administration) par le biais de Michael Taylor qui fut tour à tour avocat pour Monsanto, puis Deputy Commissioner for Foods de la FDA. On va peut-être douter un peu de son intégrité vu son parcours quand même. L'administration fédérale a développé un concept unique : le principe d'équivalence en substance, c'est à dire que les OGM sont censés être le parfait équivalent de la plante à l'état naturel. Mais, de l'aveu même d'un de ses anciens membres James Maryanski, la FDA s'appuie sur les données que Monsanto a bien voulu lui fournir pour élaborer ce principe. C'est un non-sens. Ainsi, 70% des aliments vendus dans les commerces américains contiennent des produits transgéniques, l'étiquetage étant interdit. De plus, de par l'importance de la firme, elle a toujours été proche du gouvernement et des présidents, notamment les Bush qui n'ont jamais été pour la régulation.

Et nous, que pouvons-nous faire ?

Il n'y a pas très longtemps, la commission européenne a autorisé la présence d'OGM sur le territoire européen. C'est une nouvelle qui n'a véritablement heurté que les milieux grandement impliqués, comme la confédération paysanne et les environnementalistes/écologistes. Et pourtant elle concerne le futur de l'humanité, sans vouloir être pompeux comme un BHL en Lybie. Il n'y a pas un million de solutions contre Monsanto et son ambition démesurée de contrôler notre alimentation pour son profit : il convient de changer nos pratiques et nos méthodes de consommation. Sans pour autant devenir respirien ou végétarien, voici une petite liste des marques qui collaborent avec la firme d'après l'ONG Greenpeace. Ouais, ça fait plutôt mal. Mais consommer, c'est aussi faire un choix. 

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