Soulagez-vous dans l'urinoir et non dans l'isoloir : ne votez pas Marine Le Pen

Soulagez-vous dans l'urinoir et non dans l'isoloir : ne votez pas Marine Le Pen
AUTEUR

Max Osti

PUBLIÉ

Le

Croyez-le ou pas mais Fier Panda a envie de vous parler de politique. Pendant longtemps, l’ursidé ne se considérait pas légitime pour le faire, mais BFM TV a bien un service culture, alors il n’y a pas de raison. Après avoir évoqué l'ordure Manuel Valls, Hamon aka le Douste-Blazy de la gauchele papa de la pub Kinder Macron et l'énigme Fillon, nous parlons aujourd'hui de Marine Le Pen.

Il ne faut pas voter pour Marine Le Pen. Respirez un grand coup et dites moi merci parce que je sais bien que vous étiez à deux doigts de faire la connerie. Malheureusement tout le monde n'aura pas la chance de lire cette première phrase et d'infortunés compatriotes glisseront dans la fente un bulletin serti du patronyme d'un ancien milieu offensif du RC Strasbourg. Ces pauvres bougres ont toutefois l'air très motivé et ils mobilisent généralement, pour justifier leur choix et étayer leurs arguments, la chose suivante : la défense de la patrie.

Quand j'en ai l'occasion, j'aime comparer le sentiment que j'éprouve pour la France à celui que j'éprouve pour les haricots verts. C'est à dire que dans les deux cas j'aime bien ça, mais pas beaucoup plus que le persil. Et c'est avec cette perspective que (c'est là sans doute mon erreur ) j'essaie de me mettre à la place de ceux pour qui la patrie est aussi essentielle que « two girls » l'est pour « one cup ». En voyant tous ces drogués de la Marseillaise, je me dis que j'aimerais ressentir aussi forte sensation en mon corps, sensation que l'association des mots « sloppy anal lesbians » dans la barre de recherche de YouPorn ne me procure plus.

La notion de patrie se défile sous mes doigts. J'ai du mal à saisir quelque chose qui paraît pourtant si concret aux yeux de beaucoup. Il me semble bien discerner une sorte de champ lexical, un ramassis d'éléments qui sentent clairement le saucisson et la prostituée cinquantenaire de la rue Saint Denis qui, mis ensemble, forment le reflet d'une patrie aux contours flous, et surtout trop mouvants pour décréter qu'il s'agisse d'un bloc solide auquel je puisse m'agripper.

J’émets le postulat que la patrie est avant tout une technique marketing qui sert à vendre un état, et donc à justifier un pouvoir central sur un territoire où les gens ne se connaissent pas entre eux. De ce fait, Francis de Valenciennes appliquera à Marie-Claude de Montauban une série d'images inconscientes qui lui feront reconnaître en Marie-Claude une française, et vice versa. La patrie est donc une image. Le truc c'est qu'alors, une patrie, ça se construit, et ça se construit à un moment donné. On aura tendance, pour plus de simplicité logistique, à recréer l'image qu'on a sous les yeux, au moment où on la regarde. Si je vois une colline, une ZX, un tas de fumier, Roger qui rentre bourré et qui va m'en coller une, la patrie sera donc une colline, une ZX, un tas de fumier, Roger qui rentre bourré et qui va m'en coller une. Il est cependant rare qu'on se pose la question de savoir si cela changera un jour.

 

"Le principe de patrie rencontre alors son principal problème : puisqu'il ne change jamais en même temps que la réalité, il est voué à être perdu"

 

 

Le principe de patrie rencontre alors son principal problème : puisqu'il ne change jamais en même temps que la réalité, il est voué à être perdu, et si les marketeux ont bien fait leur boulot, à ce qu'on veuille le regagner. Marine, comme papa avant elle, roule à ça, c'est très net, je ne vous apprendrai rien à ce sujet. Son langage fait de la patrie l'anneau unique et de ses auditeurs des Gollum.

Par contre, je n'ai été que très rarement satisfait des arguments que j'ai entendu ici et là à propos du probable autoritarisme dont elle pourrait faire preuve si elle arrivait au pouvoir. C'est pourquoi j'aimerais vous faire part de ceci : si l'on reconsidère le fait que la mise en tète de gondole d'une patrie sert avant tout la justification d'un pouvoir, alors plus un parti pratique ce sport de façon excessive, plus il y a des chances qu'il ait une certaine idée du pouvoir.

Autre chose. L'individu humain est composé socialement de deux pulsions contradictoires : le besoin d'individuation, c'est à dire ce qui fait qu'on a envie d’être diffèrent des autres, de porter des pantalons fluos, ou d'intégrer une école d'arts plastiques, et le besoin d'appartenance, c'est à dire ce qui fait qu'on a envie de faire partie d'un groupe, d’être accepté dans la bande des footeux de la 4e B. Le néo-libéralisme dans lequel nous vivons fait très clairement appel en gigantesque priorité à notre besoin d'individuation, nous poussant à nous démarquer, à être toujours quelque chose de plus. Le besoin d'appartenance des personnes a été négligé dans un tel contexte, et il est facile de ramasser à la petite cuillère les affects qui ont été cristallisés autour de ce besoin. Boulot dont s'acquitte aisément la justice league of Marine le Pen.

On reproche souvent au Front National de ne rien proposer en matière d'économie, de vie sociale, bref, de vision... Mais le fait est qu'ils n'en ont pas la nécessité. Ils n'ont même pas besoin de payer trop cher des conseillers en communication. Tout ce qu'ils ont à faire, c'est dire « vous aimiez bien comment c'était avant ? Bah nous aussi » et laisser les autres dire « Je vous propose quelque chose de mieux que tout ce que vous avez eu avant », parce que c'est précisément ce que l'estomac des gens n'arrive plus à digérer. Marine a beau ressembler à un parpaing trempé dans la chaux, ses connexions neuronales, renforcées par les névroses familiales, tournent telle une usine Samsung dont les employés seraient payés en stéroïdes, elle a très bien compris tout ce qu'elle avait à comprendre. Reste à savoir si ce que l'on a vu du vote FN ces trente dernières années ne sera pas cette fois-ci le bouchon en plastique qui cache la bouteille de Villageoise.

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