Louis XI, maître incontesté du jeu diplomatique médiéval

Louis XI, maître incontesté du jeu diplomatique médiéval
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elmomo

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Louis XI (1423-1483) a régné sur la France de 1461 à sa mort et a bien œuvré pour notre cher pays notamment en tatanant joyeusement les grands féodaux qui, encore à cette époque, se contrefichaient bien du pouvoir royal. Mais, chemin faisant, il ne s’est pas fait que des amis. Ses détracteurs l’avaient affublé du joli sobriquet d’ « universelle aragne ». 

Fils de Charles VII (le dauphin dans Jeanne d’Arc, mais, si, celui qu’elle a reconnu alors qu’elle ne l’avait jamais vu), Louis XI commence sa carrière militaire dès quatorze ans en boutant de l’anglois dans le Languedoc. Du haut de ses dix-sept ans, avec quelques autres mécontents, il monte une fronde contre son père car il trouve que ce dernier ne lui accorde pas assez de pouvoir. Il est vite renvoyé dans ses cordes mais obtient tout de même le gouvernement du Dauphiné dont il fera sa base arrière pour ses projets futurs.

À 20 ans, son CV est déjà bien solide : il a remporté plusieurs campagnes, il est pote avec le pape et, en distribuant généreusement son pognon de-ci de-là, il s’est fait plein de copains. Ayant été chassé de la cour suite à une sombre histoire de complot, il s’installe à Grenoble en 1447 et entreprend de faire du Dauphiné un Etat indépendant de la Couronne de France. Pour consolider son pouvoir personnel, il décide de s’allier au duc de Savoie en épousant sa fille, alors âgée de six ans, en 1451 – il faut dire que la dot était conséquente. Mais son père ne l’entend pas de cette oreille et finit par envoyer l’armée déloger cet encombrant fiston qui n’en fait qu’à sa tête. Louis fuit alors en Bourgogne où il est accueilli à bras ouverts, les Bourguignons n’étant pas de grands amis des rois de France (je rappelle qu’ils avaient pris le parti des Anglais et qu’ils ont brûlé Jeanne d’Arc). Apprenant la nouvelle, Charles VII aura ces mots pleins d’amour paternel :
 

« Mon cousin de Bourgogne a donné asile à un renard qui, un jour, lui dévorera ses poules ».


Il attend ensuite sagement que son père passe l’arme à gauche pour aller tranquillement récupérer sa Couronne en août 1461. Dès lors, il entreprend de consolider le pouvoir de la Couronne et ce notamment au détriment des Bourguignons qui l’avaient gracieusement hébergé pendant près de dix ans. En 1465 se forme la Ligue du Bien public, avec à sa tête Charles le Téméraire, duc de Bourgogne - un des types les plus redoutables de la période, ne souhaitant rien de moins que briser le lien de vassalité qui l’unit au royaume de France. Le suivent dans cette petite aventure François II de Bretagne, Jean II de Bourbon et Jean V d’Armagnac, soit une bonne partie des grands féodaux de l’époque. Ni une ni deux, Louis XI enfourche son cheval et va d’abord mettre une bonne raclée aux Bourbons, qui se soumettent sans demander leur reste, puis brise l’offensive des Bretons et des Bourguignons à Monthléry, le 16 juillet 1465. Enfin, brise, la bataille est sanglante et indécise. Elle permet au moins aux belligérants de se réunir autour d’un bon picrate et de discuter. Louis XI fait alors montre de toute sa finauderie diplomatique en signant des traités à tort et à travers, avec une ou plusieurs parties, traités qui parfois se contredisent et que de toute façon il n’hésitera pas à bafouer.

 

 

En 1474, Charles le Téméraire signe une alliance avec le Roi d’Angleterre et celui-ci débarque ses troupes à Calais, avec l’intention de les joindre aux Bourguignons puis de piétiner l’armée royale, et, si possible, le roi avec elle. Louis XI fait encore preuve d’une grosse habileté diplomatique en rencontrant directement Edouard IV d’Angleterre et en lui faisant signer le traité de Picquigny, mettant de facto fin à la guerre de Cent Ans et privant la Bourgogne de son dernier véritable allié – contre une somme faramineuse, certes, mais le jeu en valait la chandelle.

À une autre occasion, il s’invite chez un de ses vassaux, à Angers, avec une petite armée et, sous couvert d’une visite de courtoisie, demande les clefs de la ville, qu’il obtiendra, ajoutant ainsi l’Anjou au domaine royal. En 1482, une fois Charles le Téméraire mort (lors du célèbre siège de Nancy), il s’assure sans combat, juste en jouant bien ses cartes, de la possession de la Picardie, de la Bourgogne, de l’Artois et de la Flandre, puis du Maine, de la Provence… Notamment grâce à un subtil jeu d’héritages bien calculés. Dommage, il meurt peu après, mais la consolidation du royaume de France est effective et la plupart des grands vassaux sont soit pulvérisés, à l’image de la maison d’Armagnac, dont il fait tuer toute la lignée, soit rentrés dans le rang et bien subordonnés au pouvoir royal.

Tout cela sera quelque peu perdu par son fils Charles VIII, obsédé d’Italie, mais Louis XI reste le dernier grand unificateur du pouvoir royal français, préfigurant des figures telles que François Ier, voire, plus tard, Louis XIV. Sa façon de gouverner est aussi très intéressante, à la manière des rois du début du Moyen-Âge, il se déplace beaucoup, bat la campagne, se montre un peu partout dans le pays, tel un Sarkozy en 2017. Il crée ainsi une espèce de proximité avec ses vassaux (la notion de peuple est encore inexistante) et en distribuant les cadeaux il s’assure de leur fidélité, tel un bon clientéliste. Mais bon, rappelons qu’il a aussi détruit la maison d’Armagnac et ça, en tant que bon gersois, je ne peux pas lui pardonner. Je lui laisse donc son surnom d’ « universelle aragne » et je le double d’un bon vieux « putain d’enculé ». 

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