L'enfer des soirées ou pourquoi je préfère rester chez moi

L'enfer des soirées ou pourquoi je préfère rester chez moi

« Wouah mec, ça y est t’es sorti de chez toi ! Putain c’est ouf ! » 


Voila comment débutent la plupart de mes soirées. Enfin de mes soirées, je m’enflamme… disons que les rares fois où je sors de chez moi c’est la première phrase que j’entends. A la douzième remarque, je craque et je rentre chez moi. 95% de mes sorties sont consacrées aux concerts ou au cinéma. Des choses intéressantes, de la culture, de la nourriture pour l’esprit, loin de l’alcoolisme social ou de la prise de drogue en réunion.
 

« Mais c’est pas de la drogue, c’est juste un petit pet' pour être bien. »

« Mais c’est pas du viol, c’est juste un petit doigt, pour être bien. »


Le 5% restant concerne malheureusement « des soirées », ce terme générique qui sert de fourre-tout pour désigner une durée temporelle durant laquelle des gens qu’on ne connaît pas, ou presque, se retrouvent tous au même endroit pour parler d’autres gens qu’on ne connait pas. Ambiance.

Le premier cas de figure est le plus commun : les soirées dans un bar, avec la variante « Quais de Seine » pour les étés parisiens. Déjà, à la base, le concept de bar, j’ai du mal. Se retrouver dans un endroit sale et bruyant avec plein d’autres inconnus pour boire un verre de Coca Light (n’espère pas trouver de Pepsi Max ou le jus d’un fruit aussi exotique que la pêche) à quatre balles et écouter « Happy » de Pharell Williams, bah ça me dépasse. En définitive, tout le monde se retrouve dehors pour fumer sa clope. Sauf le mec qui ne fume pas et qui reste tout seul comme un connard pour garder la table pendant que les autres s’adonnent à leur vice tabagique avant de revenir vingt minutes plus tard et de remarquer sans honte que « Ah bah t’es tout seul ? ». Oui je suis tout seul car, évidemment, je ne fume pas. Franchement, chez soi, on est mieux assis, la musique est meilleure, on connait tout le monde, on peut jouer à la console et c’est beaucoup moins cher. Puis on peut foutre les ivrognes à la porte en toute impunité. Home Sweet Home bordel.

Les Quais de Seine c’est un peu différent. Plus dans le genre clochard. On se retrouve le cul assis sur une petite barre en ferraille ou sur des escaliers en pierre pour partager un pack de 24. Sans verre. Bien évidemment tout le monde s’emmerde mais personne ne le dit. Ensuite arrive l’inévitable phase de socialisation où on commence à parler à des inconnus.
 

« - C’est toi Senzo nan ? T’aimes le cinéma toi non ? 

- Ouais… 

- Ah bah tiens l’autre jour je suis allé voir Babysitting, c’était vraiment bien, faut vraiment que t’y ailles. 

- Va niquer ta mère.»


Oui, à un moment donné, on a passé l’âge de s’asseoir par terre les jambes croisées, suant en plein cagnard alors autant passer pour l’enflure de service, ça fait une bonne excuse pour rentrer à la maison. Doux logis.
 


La seconde configuration est celle de « je fais une soirée chez moi, faut vraiment que tu viennes. » Ok. Sympa, on vient alors qu’il faut se rendre en Zone 3 du RER, notez l’effort. Sur place, la personne, une bonne amie, a invité 457 autres glands dans son petit studio de 32m². Tous dispersés dans divers petits groupes indépendants constitués de ceux qui se connaissaient déjà avant. Suffit simplement de trouver son groupe et de s’y coller pour avoir l’honneur de manger des chips molles, du tarama dégueulasse et du cake trop salé. Ca et de subir le groupe de dindes qui a ramené de la vodka pomme en scred et qui parle très fort avant de se mettre à danser quand la playlist Spotify de l’hôte va gratifier l’ensemble des convives du dernier Coldplay. Enfin, danser, plutôt bousculer ceux qui n’auront pas eu la présence d’esprit d’arriver très tôt pour faire main basse sur le clic-clac du salon. Au final, on parle avec les huit personnes qu’on connaissait déjà en arrivant et on dit du mal des autres, ceux que l’on ne connait pas. Avec un peu de chance, un ivrogne foutra un peu de bordel et essaiera de mettre un petit doigt à une meuf. Lui finira dehors, elle pleurant, consolée par ses quatre copines. Enfin il se passe des choses. On aurait pu faire la même à la maison, dans son canapé, avec de la bonne musique, la console, les mêmes personnes, sans avoir à prendre le RER pendant 45 minutes et avec des invités de qualité. A la fraîche, tranquille. Quand on en a marre, on a même le droit de foutre les gens dehors. Les joies du chez soi.

Enfin le moment tant attendu où un gars qu’on voit quatre fois par an nous serre dans ses bras :
 

« Mec, on ne te voit jamais. »


Bah écoute, tu sais où j’habite, t’as mon numéro, je me demande bien pourquoi je te l’ai donné d’ailleurs, tu veux me voir, appelle-moi. Et excuse-moi d’avoir une vie aussi.

Mais attention, je ne suis pas associal du tout, je suis simplement plus sélectif que la moyenne. Tous ces gens qui redoublent d’effort pour se donner l’air de celui ou celle qui ne se fait pas chier alors que c’est parfaitement faux bah je les comprends pas. Prenez celui qui sort toutes les cinq minutes pour faire semblant de téléphoner histoire de se donner de la constance et de, peut-être, trouver un compagnon de galère. Simplifie-toi la vie mon ami, rentre chez toi, là d’où tu n’aurais jamais dû sortir. J’aime bien voir mes potes, mes amis, j’adore ça, parfois je me rends à des concerts de merde juste pour les voir. Je suis prêt à rouler trois heures en bagnole ou claquer de la thune dans des billets de train pour passer le week-end chez eux à la cambrousse à ne rien faire du tout si ce n’est apprécier leur compagnie. Avec grand plaisir. Cela m’emplit de joie. Beaucoup plus que de passer trois heures dans un bar avec des gens que je connais à peine et claquer l’équivalent d’un aller-retour Paris-Cambrousse pour cinq Coca. Pas de Pepsi Max. Comme toutes les grandes équipes, j’écris ma légende à domicile.

Du même auteur