Refleurissons nos conversations à grands coups de citations latines prout prout

Refleurissons nos conversations à grands coups de citations latines prout prout
AUTEUR

Antoine LeMônstre

PUBLIÉ

Le

Soyons honnêtes, nous avons tous passé une drôle d’année sur les réseaux, ou du moins six bons mois remplis ras-la-gueule d’histoires de costards qu’il faut travailler pour s’en payer, de chemises arrachées à des DRH, de costards qu’on nous les a offerts et qu’on a pas rendu les bons, d’histoires de niqab et de burkini… des histoires de chiffons principalement, quoi. Ah si ! Il y a un moment (une « séquence » disent-ils), où ça a causé un peu d’emplois fictifs, de Rothschild & Cie, de la Russie et de l’âge de la femme du capitaine à voile et à vapeur. Ça en faisait du popcorn à faire sauter à la poêle tout ça.

 

Votre épitaphe : Wide latin ou Comic sans ?
 

Enfin bref, nous nous sommes tous bien mis sur la tronche, comme dans une histoire d’Uderzo et Goscinny. Tout cela nous a fort agités et nous nous retrouvons actuellement avec des législatives où personne n’ira voter, un président qui serre les mains très, très fort (et qui pilote des voiturettes comme un vrai petit chef) et une gueule de bois grosse comme le cul de Kim K. Il s’en trouve même peut-être quelques uns qui se sont réveillés suspendus à l’arbre du village, comme un barde enthousiaste, d’autres qui n’osent plus parler à leur réparateur de char ou à leur poissonnier… Sans parler des engueulos avec Mimine… Ouloulouh que d’avanies ! Nous nous sommes tous dit des trucs pas toujours bien sentis, pas très fins, des saillies branlantes qu’on aurait aimé corriger, ne serait-ce que pour le style. Car, après tout, le style, c’est bien tout ce qui nous reste au moment de choisir notre propre épitaphe.
 

Para bellum qu’y disent


Alors voilà, la préparation, c’est la clef et, si le Canard nous a tous pris de court, pour la prochaine bataille, nous serons prêts. Finis les remords post-coïtum de bastons virtuelles :
 

« Albatar, ‘tain, j’aurais dû y dire ça tiens ! »


Fourbissons nos armes dès maintenant avec ce petit guide non-exhaustif de citations latines énigmatiques, destinées à étourdir l’ adversaire pour lui faire perdre pied, mordre la poussière et rendre gorge. Très important le jeu de jambes, don’t skip leg day, les amis. Et puisque la consonance cognitive a pris le pas sur les maximes de Grice dans nos échanges quotidiens, allons jusqu’au bout et vidons la donc, la question !

Amici, diem perdidi

Amis, j’ai perdu ma journée. Titus se vautrait déjà en son temps dans ce sentiment mélancolique, couronnant ainsi une journée où il n’avait « pas fait le bien ». Admettons ensemble que quelques heures de binge-facebooking auraient pu être évitées. Vous n’avez convaincu personne de voter pour l’UPR, ni de devenir flex-vegan au cours d’une journée entière ? Voici un charmant petit statut pas trop péteux à placer vers 18 heures, comme un léger siroco sur une toile cirée.

In cauda venenum

Dans la queue, le venin. Les Romains empruntaient ici à l’anatomie du scorpion et pas à celle d’un éphèbe qui aurait trop sacrifié à Vénus. Mais plus précisément, l’expression était utilisée pour dire d’un discours qu’il commençait par des louanges avant de servir un roast en bonne et due forme. Exemple : « Oui, je te l’accorde bien volontiers, Méluche est un bon tribun, mais dis-moi Enzo, c’est pas le gros cul de ta mère qui… » (Vous compléterez) C’est là que l’observateur avisé, discret, viendra placer un chuintant « in cauda venenum » qui générera un à deux likes suivant la fréquentation du thread de commentaires.

Ultima ratio regum

La force est le dernier argument des rois. Celle-là est simple, elle dit en substance, faites l’amour pas la guerre… tant que vous pouvez, car si le recours à la diplomatie ne suffit plus, il reste la violence, l’officielle, celle des souverains. Il est dit que Richelieu goûtait fort cette punchline passive-agressive. Il a été proféré, plus tard, que le terrorisme était l’arme des faibles… la belle ironie. Un excellent maléfice pour troller les enfants de bonnes familles qui connaissent le latin de messe, mais détestent les hippies pacifiques adeptes de la pleine conscience. It’s a trap !

Verba volant, scripta manent

Les paroles s’envolent, les écrits restent. La promesse est consignée, autrement dit : « On en reparle après les primaires, vous allez les voir nos beaux Charters, vous les cosmopolites, les journalopes, les ronds-de-couiiirs… (ad lib). » La pique peut être menaçante (« je fais une copie écran fdp ») ou juste une mesure de précaution : « J’ai lu ton programme que tu n’appliqueras jamais, je te le ressors dans cinq ans. » Vous l’aurez compris, dans le contexte actuel, il s’agit d’une attaque à l’efficacité destructive limitée. Variante possible, Pacta sunt servanda : un contrat est un contrat.

Nemo auditur propriam turpitudinem allegans

Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude. Petite mignardise à consonance juridique qui peut aussi être utilisée dans un contexte politique par une légère contorsion intellectuelle : « Tu votes pour Fillon alors que tu es en CDI aux 35 heures ? Ben t’es con. » AVC possible après 22 heures, mais clusterfuck de commentaires fielleux garanti.

Si vis pacem para bellum

Si tu veux la paix, prépare la guerre. Attention, celle-là, elle veut dire que vous votez FN, normalement. C’est l’équivalent d’un lavement collectif à l’agent orange dans un groupe zététique safe et non-oppressif.

Nulla dies sine linea

Pas un jour sans écrire une ligne. On a enfin trouvé le point commun entre Pline L'ancien et notre amateur préféré de Covfefe. Vous pouvez aussi l’utiliser pour justifier joliment votre totale addiction aux statuts à la chevrotine qui vous ont fait perdre tant d’amis très chers, comme par exemple, euh l’autre là qui… Oh wait, non en fait, vous avez probablement rencontré moins d’un tiers de vos contacts Facebook.

Hic et nunc

Ici et sur le champ. « Azy Marie-Laure, qui étais ma BFF du CP au CM2 avant de déménager et que je t’ai plus jamais revue, mais que tu m’as retrouvée sur FB 25 ans plus tard, tu me le dis tout de suite si tu vas voter pour la destruction de la France, sale putain de la pute à ta mère que je l’aimais déjà pas quand t’étais en CP parce qu’elle nous donnait des fruits à la place des granolas en sortie scolaire. » Là encore, le latin aurait suffi et aurait évité une grosse bouffée de chaleur.

Video meliora proboque deteriora sequor

Je vois le bien, je l'aime et je fais le mal. Ovide, ce champion du monde, a connu des petits coups de mou bien sheitan, comme nous tous. Voici une gentille manière de s’excuser après avoir parlé du cul de la mère à Marie-Laure du CP, par exemple.

Cave canem

Attention au chien ! Si, comme tous les contributeurs de Fier Panda, vous avez tellement d’affection pour les ptipépères que vous vous prenez de temps à autre à aboyer, ou à mordre, lâchez cet avertissement pour donner le ton d’emblée dans un thread qui tangue un peu trop fort à votre goût. Le chef de meute viendra se rouler sur le flanc devant vous en signe de soumission. Si ça ne marche pas, essayez de rouler sur le flanc vous-même, on ne sait jamais. De grandes histoires d’amitié sont nées comme ça.

Flere omnes repente et offensare capita

Tous de pleurer aussitôt et de se frapper la tête. Simple et propre, c’est le facepalm. Vous pourrez le sortir après les législatives.

Cædite eos. Novit enim Dominus qui sunt eius

Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. Là, vous avez largué les amarres et proclamé une promesse : le sang va couler dans les sillons de la terre labourée par le cul de leurs mères.

Delenda Carthago

Il faut détruire Carthage. Promesse tout aussi guerrière que la précédente et qui nécessite un petit point d’Histoire. Les Romains avaient un énorme seum de ne pas réussir à prendre Carthage au cours des deux premières guerres puniques. La troisième s’acheva donc par la destruction totale de la ville. Le signal ici, c’est : je vais tous bien vous bouyave un par un dans les commentaires. Un projet chronophage, mais si c’est bien exécuté, pourquoi pas. Dans le même genre, Bellum omnium contra omnes, la guerre de tous contre tous, vous garantira des nuits mouvementées (Thomas Hobbes, lucide, faisait ainsi référence à l’état de nature). Et pour filer sur le thème flower power mais pas trop, Homo homini lupus : l’homme est un loup pour l’homme. Pas besoin de vous faire un dessin, mais on peut en déduire que Plaute ne devait pas être un gars à vous proposer d’appeler les hendeks en cas de sentiment d’insécurité élevée, we don’t call 911.

Piscis primum a capite fœtet

Le poisson commence à puer par la tête. Autrement dit, les patrons, y’en a point de bons. Une manière de dire élégamment ce que nous savons tous déjà : les politiques ? Tous pourris.

Nihil novi sub sole

Rien de nouveau sous le soleil. C’est la suite logique de l’expression ci-dessus. Vous avez voté pour la Soupline qui sent bon la lavande ? Vous aurez la râpe à fromage rouillée enrobée dans un logo Uber.

On se quitte en musique ?

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