Konbini a restauré ma foi en l'humanité

Konbini a restauré ma foi en l'humanité

Konbini c'est un peu le Donald Trump des Internets français. Tu le vois arriver de loin avec ses grosses stratégies marketing et son positionnement à peine dissimulé. Il s'installe au podium, relève sa mèche et balance à coups de posts massivement sponsorisés des niaiseries tellement attendues, tellement évidées, qu'elles te font regretter d'avoir usé tous tes superlatifs sur Mélanie Laurent. C'est trop gros. Cela ne passera pas. Mais si, ça marche plutôt pas mal en fait.

 

POINTEUR EN JOUE

 

Parce que Konbini est cool. Il vulgarise sans prétention et revendique pleinement son statut de relai d'informations. Il est tellement transparent qu'il explique même, en bas de son site avec de jolies infographies (son langage propre), comment il tire son lait en arrosant son lecteur d'un néant d'un genre nouveau, équivalent éditorial de la panna cotta.

Konbini aime tout le monde et défend ceux qu'il aime. Il tape du pied et déclare "inadmissible" toute obstruction aux grands combats du 21e siècle : la libération du téton, la mondialisation de la "pop culture" et la lutte contre "ces gros cons de gros cathos (de merde)". Il marque une ligne entre nous, féministes, écologistes, militants connectés, et les autres, vieux réacs (de merde).

 

 

COOLNESS BUSINESS

 

Le lecteur de Konbini, c'est un peu tout le monde et personne à la fois. Il a entre 18 et 35 ans et il est au courant. Il aime les blockbusters américains et le cinéma d'auteur français, les campagnes féministes et Christine and the Queens.

S'il devait se matérialiser, il ne pourrait prendre qu'une forme animale, posséder une langue râpeuse et haleter bruyamment. Une sorte de gros labrador consensuel et chiant dont ton grand-père noierait sans scrupule la portée de six chiots un triste soir d'été. Je vais trop loin ? Ce n'est pas trop dire pourtant d'affirmer que, en les brassant dans un marasme pop néogaucho-antiréac-pseudoféministe-hiphopboboveggie de clichés du nouveau jeune, Konbini prend ses lecteurs pour des gros cons et vide de sens les idées qu'il se réapproprie parce qu'elles font du clic.

 

NET NÉANTISÉ

 

Le summum de l'art de la néantisation culmine dans les posts Facebook de ce site maudit. Car pire que les titres d'articles faussement indignés ou péniblement obvious, pire encore que le contenu des articles eux-mêmes qui ne sont en fait, je l'ai découvert, que des lettres de l'alphabet agencées sans signification particulière, il y a l'inimitable  description du post.

 

 

Cette phrase déclarative accompagnant chaque publication de la page est tout simplement un condensé de vide. Ainsi on retrouvera des occurrences telles que "briser les stéréotypes", "coup de poing" ou le fameux "coup de gueule", des qualificatifs gentiment surannés comme "flippant", "bluffant", "sacré" ou "surprenant". Une simple description comme coup de grâce porté au concept de contenu et au désir d'élévation. C'est la sensation post Mac Do qu'on n'arrivera à rien. C’est la question de savoir où la jeunesse va. C'est le début de la haine des Internets.

 

PRIEZ POUR NOUS

 

A-t-on les médias que l'on mérite ? Konbini préfigure-t-il l'avenir de l'information, le triomphe définitif des boîtes de comm' et, avec lui, la légalisation de la cocaïne ?

 

 

Seule lueur d'espoir au fond du trou noir, les commentaires des publications redonnent foi en l'humain. Il y a mieux que leur ton las et leurs insultes systématiques : la réponse nerveuse du community manager criant à l'injustice de sa voix de crécelle et de son amour propre fragile.

 

 

À trop sous-estimer l'intelligence du lecteur et sa résistance à avaler sans broncher, Konbini a fini par devenir la risée des interouebs et le punching-ball des rageux même si, comme L'Obs, Buzzfeed, Trump et autres usines à vanités, il hantera encore longtemps nos fils d'actualité.

Du même auteur