Warner Bros, s'il vous plaît, laissez-moi réaliser le prochain Justice League

Warner Bros, s'il vous plaît, laissez-moi réaliser le prochain Justice League

Bonjour. Ces temps-ci c'est la merde apparemment. Trump, le terrorisme, le réchauffement climatique, les hand spinners, tout ça... Des choses tout à fait importantes qu'il serait utile de discuter entre citoyens avertis.
 De par ce fait, je vais donc vous parler de Wonder Woman. Ben oui parce que pour les trucs importants je n'arrive pas trop à structurer ma pensée, ni même d'ailleurs à trier le flot dégueulasse d'informations qui m'aiderait à construire la susdite pensée. En plus, je ne suis pas très très averti comme citoyen. Par contre les informations concernant Wonder Woman sont on ne peut plus satisfaisantes, et, le marketing fluo à destination des sous-adolescents décérébrés fonctionne à merveille sur l'adulte raté que je suis. Le capitalisme a fait de moi un fan de comics. Du coup, suivant l'idéologie néolibérale qui veut que la consommation soit un devoir civil, j'ai mon mot à dire.

Seulement je n'ai pas vu le film.

Mais ce n'est pas grave, tant mieux, même, parce que ça montre que les critiques ont encore un peu d'influence, parce qu'au bout d'un moment, il faut que DC/Warner comprennent qu'ils ne peuvent pas continuer à pondre des chiasses, foutre 80% du budget dans la com, et ramasser le pactole derrière, tout en tournant le dos à des millions de personnes qui ont lâché 10/15 balles pour retenir leur vomi pendant 2h30 (donc comme vous pouvez le constater, je suis un mec engagé, j'ai des vrais combats ). Enfin, ça c'était par rapport au trio fécal Man of Steel / Batman vs Superman / Suicide Squad parce qu'apparemment Wonder Woman est un film correct, et je vous avouerai que ça me fait encore plus chier, parce que ça veut dire que les Maxime Barbier des studios, qui jusqu'alors transpiraient comme des putes après chaque sortie de film, ont réussi à faire se lever leur créature de Frankenstein bricolée avec les restes de bouffe que Marvel a bien voulu leur balancer à la gueule. Putain quand j'entends les critiques dire que Wonder Woman c'est bien parce que « c'est drôle et héroïque à la fois », j'ai envie de me fister avec un saule pleureur. DONC.

Considérant que la Warner est visiblement incapable de comprendre l'essence des super-héros dont elle essaie d'extirper la thune, j'ai décidé, moi, Max Osti, en calbute devant mon ordi et enfumé par la vapeur de ma tisane, de leur expliquer comment utiliser les super-héros DC dans un long-métrage. 

Alors, déjà, si on cherche à savoir ce qui différencie les héros DC des héros des autres firmes, il va falloir comparer. Bon, en gros, cela se résume à comparer à Marvel. Quand j'étais petit, il y avait déjà des dessins animés qui concernaient les deux boîtes (Batman et Justice League d'un coté, Spider Man et X-Men de l'autre). Il me semblait alors que les dessins animés DC avaient un ton plus sérieux. Chez Marvel, le n'importe quoi était beaucoup plus acceptable que chez DC. Je pense que cela vient du fait que les thèmes traditionnellement portés par les deux boîtes sont différents. Chez Marvel, on est plus sur des thèmes sociaux, sur des thèmes qui s’intéressent aux relations entre les gens. Ça donne les X-Men, ça donne les Defenders, des trucs comme ça. Chez DC, on est plutôt sur des thèmes axés sur l'individu, sur la personnalité, sur « comment une personne réagit dans telle situation ». Ça donne la plupart des histoires de la sainte trinité (Bruce, Clark et Diana). Du coup, là où chez Marvel tout est fait pour que de façon naturelle, les persos finissent par former un groupe social, chez DC on a des persos qui sont intrinsèquement isolés. D'ailleurs, Marvel a parfois du mal à construire des personnalités crédibles à ses héros (même s'il y a des exceptions : coucou Logan), alors qu'à l'inverse, quand DC essaie de parler de social, on est au bord du fascisme (coucou Frank Miller). Donc là on commence à avoir une esquisse de l'essence des héros DC. En fait, là où les super-héros Marvel sont des personnes qui au cours de leur histoire apprennent à devenir des héros (sauf Thor), les héros DC suivent le chemin inverse : ce sont des légendes, des mythes à la base qui, plutôt que d'apprendre à être héroïque, doivent apprendre à faire un pas vers le reste de l'humanité (sauf Flash).

Ah oui, et aussi, j'ai oublié de vous dire que Zack Snyder adapte au cinéma la Justice League, voici son trailer : 
 


Cela m'a tout à fait déplu. Si vous ne l'avez pas vu, je vous le décris vite fait :
 

« - Bonjour, je suis Ben Affl... Bruce Wayne, alias Batman, le leader charismatique de ce groupe, je suis fort, même si je cache au fond de moi une blessure secrète ...
- Bonjour, je suis Flash, un ado geek et impertinent, et mon pouvoir de vitesse reflète ma personnalité espiègle! Hi hi!
- Bonjour, je suis Aquaman, j'ai beaucoup de muscles, une maxi bebar et je bois de l'alcool devant des vagues gigantesques pour bien montrer que je suis vraiment très très badass.
- Bonjour, je suis Wonder Woman et je suis une femme forte et indépendante. Mais je suis surtout une femme.
- Bonjour, je suis Cyborg et je suis noir. Et robotique, aussi, un peu mais noir, surtout. »


Quelle belle merde en perspective. Je me permets donc de proposer, comme ça, à l'emporte-pièce, quelques pistes pour rendre le film Justice League un minimum décent.

1- Je propose deux thèmes principaux au film : le mythe et l'humanité.

Le mythe, qui est le concept dans lequel baignent les personnages et dont ils devront au fur et à mesure du film reconsidérer la définition, et l'humanité, qui est ce pour quoi ils devront se battre, mais surtout, ce pour quoi ils devront trouver des RAISONS de se battre, et ce vers quoi ils devront tendre en tant que personnages.

2- On prend les sept persos de base soit Batman, Superman, Wonder Woman, Flash, Green Lantern, Martian Manhunter et Aquaman. 


Ça aurait plusieurs avantages. Déjà, sept, c'est ni trop ni trop peu. Pour un film de 2h30, voire 3h00, cela permet de laisser le temps de développer les relations interpersos. Si on compte Nick Fury, sept, c'est le nombre d'Avengers de base.
 Ensuite, par rapport aux deux thèmes principaux, cela permet de faire des binômes :


- Batman et Superman, les deux héros les plus importants ; l'un a choisi de devenir un mythe alors que personne ne lui demandait (même plutôt le contraire), alors que l'autre aurait peut-être préféré se la couler douce plutôt que de sauver tout le monde en permanence, ce que justement tout le monde lui demande.


- Wonder Woman et Aquaman, qui par leur background sont les expressions des mythes humains ; l'une est un futur leader, destinée à mener les troupes amazones, mue par l'envie de gloire et de victoire, l'incarnation de la fleur au fusil, l'autre est un monarque rongé par le pouvoir, qui a certainement dû déjouer 18 complots contre le trône d'Atlantis rien que la semaine dernière, prêt à craquer son hubris à n'importe quel moment ; ces deux héros sont respectivement le début et la fin d'une tragédie grecque.


- Martian Manhunter et Green Lantern : ils sont la preuve (en tout cas dans l'univers du film ) que le concept de mythe est universel, mais pas invariable. L'un est le dernier de son espèce, et a vu sous ses yeux une civilisation entière se faire exterminer, l'autre voit tout les jours de nouveaux peuples et de nouvelles espèces naître et mourir.

Et puis il y a Flash.

3- Faire de Flash un personnage relativement principal.

Flash, alias Barry Allen, est le seul qui devra faire le chemin inverse des autres, c'est à dire devenir concrètement un héros. Seulement attention : jartez moi préalablement cet ado-geek-espiègle de merde, Barry Allen est un homme mature, il travaille pour la police scientifique de Central City, il a une femme et un gosse.
 C'est lui qui sera le lien entre les autres personnages, qui par son humanité ramènera les autres à ce qu'ils doivent devenir.

4- Le méchant doit être Lex Luthor.

Un vrai Lex Luthor, pas Jesse Eisenberg qui imite Heath Ledger super mal (je vous conseille très fortement le  « Lex Luthor / Man of Steel » de Bryan Azarello et Lee Bermejo, un chef d’œuvre du comic) . De par les thèmes, Lex Luthor s'impose comme le bad boy : c'est l'anti-mythe parfait, ce mec croit en l'être humain à un degré qui le fait refuser toute autre chose que l'humain. En soi, Luthor n'est pas à proprement parler un méchant, il est juste la preuve que la psyché la plus sophistiquée au monde ne résiste pas aux tentations égoïstes. Luthor est avant tout un homme qui se ment à lui-même.

5- Ne pas faire apparaître Clark Kent à l'écran de tout le film.

Superman, oui, mais pas Clark Kent. Ça réglerait un truc qui m'a énervé dans tout les films avec Superman dedans : cette histoire de lunettes à la con. Déjà que ça fonctionne limite en BD, alors en film...

6- Aquaman, Wonderwoman et Martian Manhunter ne doivent pas parler en anglais.

Wonder Woman parlerait grec ancien, Aquaman un dérivé du grec ancien, Martian manhunter ne parlerait même pas, il essaierait juste de communiquer par télépathie, mais vu qu'il a des pensées martiennes, ça donnerait des situations tout à fait chelous. Et ce serait cool.

7- Batman doit être le dernier à rejoindre la JLA .

C'est certainement pas le mec qui recrute tout le monde comme dans le trailer.

8- Pour Green Lantern : prendre Jon Stewart, pas Hal Jordan.

Oui parce que des Green Lanterns humains il y en a plusieurs. Hal Jordan, il fait trop de blagues, et c'est pas l'ambiance que l'on veut donner au film. Après ça n'empêche pas l'humour, mais pas n'importe lequel. Tu peux faire faire des blagues à la James bond à Batman ou Superman, tu peux faire faire des blagues en mode « c'est quoi ces humains tout fragiles lol » à Wonder Woman ou Aquaman, tu peux foutre un paquet de joie de vivre dans Barry Allen, mais tu ne peux pas faire Hulk avec Aquaman, tu ne peux pas faire Tony Stark avec Bruce Wayne et tu peux pas faire Peter Parker avec Barry Allen, comme ils l'ont fait dans le teaser.

Voilà, y a certainement d'autres trucs à trouver. Ce que vous venez de lire était le cri de douleur du fan de comics dans la nuit du Val-de-Marne. Si nous tous, fans de comics, unissons nos voix de chacals juvéniles, peut- être un jour nous ferons nous entendre. Pour cela, et je compte sur vous là-dessus, il convient de se respecter et de refuser absolument tout contact avec le cinéma super-héroique des cinq prochaines années.

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