Michael Jordan, la crevure derrière le génie

Michael Jordan, la crevure derrière le génie
AUTEUR

b.

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Gamin je vouais un culte passionnel à Michael Jordan. Je collectionnais ses posters, cartes upperdeck, K7 vidéo et autres livres biopics. J'avais même un ballon blanc transparent à son nom payé 150 francs, soit trois mois d'argent de poche, et avec lequel je me refusais de jouer, par peur de l'abimer. Il cranait fièrement sur une étagère au-dessus de mes Reebok Shawn Kemp - autre grande idole de mon enfance. Ce n'est que quelques années après ses 134526 retraites et 134525 retours plus ou moins réussis que j'ai commencé à m'intéresser à l'homme. Débutant la NBA en 1991/1992 je n'ai connu de MJ que des succès francs et massifs (oui, bon, oublions sa perdition dans le baseball ainsi que sa défaite en demi-finale en 95, puis, tant qu'on y est, n'évoquons pas sa fin de carrière à Washington). Il a été le plus grand et le plus élégant joueur de sa génération, capable de détruire les rêves de couronne des meilleurs athlètes des 90's (Ewing, Malone, Wilkins, Barkley). Un talent et un charisme inouïs. Mais on s'en fout. Tout le monde l'a déjà sucé,  à juste titre, 1.000.000.000 de fois, intéressons-nous donc au personnage se cachant derrière le champion des champions du basket jeu. 

Il faut d'abord comprendre que c'est par la défaite que Mike s'est formé. Non retenu par l'équipe de son lycée, celle-ci ayant préféré sélectionner Leroy Smith, il fut ensuite drafté en NBA 'seulement' en troisième position derrière l'immense Olajuwon et le très moyen Sam Bowie. Enfin Adidas refusent de sponsoriser His Airness, trop gourmand à leurs yeux. Boom, boom et reboom. MJ en a gros, lui si désireux non pas de dominer un sport mais de l'annihiler. Seulement ses échecs vont faire sa force. Mode bulldozer ON. Car Jordan les refuse, catégoriquement. Il devient une machine. Comment ? En s'imposant un régime bagarre :

"Chaque matin à 5 heures il est allé pendant toutes ses années de lycée s’entraîner seul dans le gymnase, avec son ballon. 4 heures durant chaque matin il est allé marquer des paniers, s’entraîner, s’acharner. C’est pendant que les autres dormaient que Mickael Jordan commençait à se préparer pour devenir le meilleur joueur du monde." Source

Persévérant, dur au mal, il se colle un rythme de Chinois sous stéroïde, nique sa mère les soirées beer-pong, et ce durant toute sa carrière. L’athlète le plus résistant physiquement de l’histoire du sport dixit Magic Johnson. Minimum. Et pourtant ce n'est pas le dernier à déconner car, quoi qu'il fasse, il le fait à un milliard de %. Jordan est infatigable. Pour preuve, aux J.O. de 92, la veille de la demi-finale contre la Lituanie, Michael passa la nuit à bolosser ses potes aux cartes avant d’enchaîner, dès 7h du matin, sur un mini-tournage pour Nike puis un parcours de golf. Le soir même, il livrait l’une des meilleures performances défensives de ces JO face à Marciulionis. Easy. Puis que dire du 11 juin 1997. Game 5 des finales contre Utah. Jordan vient de passer les 24 heures précédant la rencontre dans sa chambre, incapable de se lever, déshydraté et paralysé par la fièvre. Une indigestion terrible. Contre l'avis des médecins Michael décide de jouer. Résultat ? Victoire des Bulls. 38 points, 7 rebonds, 5 passes et 3 interceptions pour Air Jordan. Bisous Karl. Le mec est le Robocop des terrains.

Cette volonté constante de tirer le meilleur de lui-même va de pair avec un sens de la compétition immense. Détruire l'autre, il a ça dans le bide.

« Une des démonstrations inoubliables de son extrême compétitivité a été donnée en 1988 contre le Jazz d’Utah. Jordan intercepte une passe, part en contre-attaque pour dunker au-dessus de John Stockon.
Le propriétaire d’Utah, Larry Miller crie à Jordan qui passe à côté : « Pourquoi tu ne t’attaques pas à quelqu’un de ta taille ? »
Quelques actions plus tard, Jordan vole un autre ballon, mais cette fois doit attaquer un panier protégé par le pivot de 7 pieds Mel Turpin. Jordan accélère s’élève et dunke sur le puissant pivot. Courant en défense, Jordan se tourne vers Miller pour lui crier : « Il est assez grand celui-là ? » Source - vidéo

De son travail acharné, de son niveau absolument incroyable, Michael n'en tire pas seulement de la fierté mais également un égo de type Kanye West. Ce fut d'ailleurs l'un de ses rares points faibles. Il se surnomme Black Jesus, s'amuse à humilier des ados qui veulent le défier, il en oublie presque que le basket est avant tout un sport collectif. A tel point que John Salley, des Detroit Pistons, s'amuse à expliquer la réussite de son équipe ainsi :

"Si un de nos gars faisait tout, nous ne serions pas une équipe. Nous serions les Chicago Bulls."

Headshot. Il faudra attendre l'arrivée de Phil Jackson au coaching de Chicago en 1989 pour que MJ prenne conscience de l'importance de partager la gonfle. Mais cela ne se fera pas sans mal car si Jordan est un connard envers lui-même, en s'imposant un rythme de porc, il l'est encore plus avec les autres. C'est un tyran qui ne supporte aucune faiblesse de ses coéquipiers. Il faut être une brute ou dégager. Pas de demi-mesure. Que des numéros 10 dans sa team. Obsédé par la victoire, obsédé par le jeu, il manipule tous ceux qui l'entourent. L'équipe doit être construite autour de lui et selon son bon vouloir. Une décision ne va pas dans son sens ? Il la détruit. Smith, auteur du livre The Jordan Rules, raconte notamment comment Jordan, déçu par un échange qui a vu arriver Bill Cartwright et Horace Grant à Chicago, pris en grippe le pivot et l’ailier-fort jusqu’à les transformer en souffre-douleur. Selon Smith, MJ ira même jusqu’à faire exprès de lancer des passes hasardeuses à Cartwright pour mettre en avant ses lacunes. 

"Jordan met ses adversaires à terre et ses coéquipiers en-dessous de tout"

De cet acharnement naissent des tensions que Michael, fin psychologue, règle à coup de poings. Will Perdue lui fait un bloc autoritaire à l'entrainement ? Claquade ! Steve Kerr remet en cause son comportement ? Claquade ! En distribuant les torgnoles MJ souhaite démontrer une chose simple : le désaccord est impossible, il n'y a qu'une façon de voir les choses, la sienne. C'est lui qui porte le slip. Point final. Une autre preuve de son despotisme est sa présence aux J.O. de Barcelone, elle était acquise à une seule condition : qu'Isiah Thomas, le meilleur meneur de la fin des 80's avec Magic, ne soit pas sélectionné. Une revanche suite au Game 4 des playoffs de 1991 où Thomas, évoluant à Detroit, avait refusé de serrer la main des Bulls. Moralité ? Jordan met ses adversaires à terre et ses coéquipiers en-dessous de tout. Thug life. 

En gagnant absolument tout au fil des ans on pourrait penser que la bête s'assagit. Il n'en est rien. Son Altesse devient même aigri. Pour paraphraser Vice, Jordan est aujourd'hui un vieil athlète quinquagénaire bourru et mou, baignant dans la sentimentalité et le vin onéreux, aimant rappeler à ses amis à quel point il les dominait au billard et dont la jeune fiancée se fait assez discrète. Mais, le plus étrange, reste son discours d'investiture au Hall Of Fame. Ce speech sert généralement à regarder en arrière pour remercier toutes les personnes ayant aidé au succès de sa carrière. Mais MJ encule les autres.

En vrac, il critique le coach qui a choisi Leroy Smith à sa place au lycée, il se paye la tête de Byron Russell [ndlr : victime du Last Shot] et Jeff Van Gundy [ndlr : ancien entraîneur des Knicks], il revient sur un article de Sports Illustrated sur les meilleurs universitaires, où il n’a pas été cité, il revendique un titre de meilleur lycéen de l’Etat lors de sa dernière année de lycée, il n’est pas tendre avec Jerry Krause [ancien General Manager des Bulls], il s’en prend aux médias qui critiquaient sa manière de jouer dans les années 80, avant ses titres.  Il a même pris le temps de critiquer le prix qu’il a dû débourser pour que ses enfants assistent à la cérémonie. Source

Oui, Michael Jordan est un bel enculé. Mais c'est ce qui lui a permis d'être le plus grand et le plus médiatique des athlètes de sa génération. C'est aussi ce qui fait toute la beauté du personnage, ça et ses vêtements mal taillés.

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