J’ai repris le sport : this time it’s war !

J’ai repris le sport : this time it’s war !

L’autre soir je vais voir un pote. Cinquième étage sans ascenseur. Arrivé là-haut, j’ai cru mourir. J’me suis dit qu’il fallait que ça cesse. Là, c’est décidé, je me remets au sport. Je profite du premier jour de l’année du Cheval pour me lancer. Cette fois, c’est la bonne, je suis chaud bouillant pour enfin en finir avec ce petit bide qui me nargue de plus en plus. J’déclare la guerre à la flemme, sus à la bouée, j’ai encore envie de voir ce qui se passe quand je pisse. Ma motivation est au top car comme l’a dit mon gars Sun Tzu :
 

« Une armée victorieuse l’est avant même de livrer bataille. »


Et là, mon pote, t’inquiète, cette bataille contre le gras et le souffle court, elle va être gagnée vite fait. Blitzkrieg style. Coup de tête, balayette, j't'en ai fumé un, l'bâtard d'sa mère.

J’suis un grand sportif sur canapé. Un champion dans cette catégorie. Avachi devant un Catane-Livourne, tout droit sorti des eighties, je jette un coup d’œil sur le tas de pompes qui s’entassent dans mon entrée. Gars, va te falloir autre chose que cette paire de Vans, de Stan Smith ou de New Balance casual pour arpenter le bitume. Parce que oui, pour conserver ma street credibility, j’opte pour le running urbain dans les rues de Paris. C’est comme ça que les choses doivent se passer. Avant de me lancer, j’dois me préparer parce que comme l’a dit Confucius - tout sauf un cave :
 

« L’ouvrier qui veut bien faire son travail doit commencer par aiguiser ses instruments.»


A la bonne heure, direction Décathlon pour dégoter une bonne paire de running. En solde. J’en profite pour choper un petit bandeau et un petit poignet éponge sueur. Ghetto Elegance. Avec les bons instruments, parfaitement affûtés et aiguisés, j’suis prêt à partir.

Un peu de calme, je ne vais pas partir à la guerre comme ça, avec ma bite, mes pompes et mon couteau. Pour une fois de plus citer Sun Tzu :
 

« Celui qui n'a pas d'objectifs ne risque pas de les atteindre. »


Hé mais c’est que c’est pas la moitié d’un con le père Sun. Allez, soyons fou, j’me fixe une petite course de trente minutes, tranquille. Pour un petit galop de reprise, on ne va pas forcer. J’vais préparer « Independent » de Maximum Penalty avec sa durée de 35 minutes ce sera parfait. Avant de partir, une dernière vérification parce que Sun Tzu (le créateur de Sun Gym) dit toujours :
 

« Tout le succès d'une opération réside dans sa préparation. »


Baskets bien souples, petites chaussettes, short avec slip intégré pour plus de soutien, et de confort, maillot du PSG Activ-fit pour une bonne régulation de la sueur et une représentation dans le street game, lecteur mp3, clés, un coup de flotte pour s’humecter le palais et on lance les premières foulées.

Ça fait deux minutes que je cours et j’ai déjà les poumons en feux, la gorge encombrée de morve et les jambes en fusion. J’ai envie de tout arrêter là, de laisser tomber et de rentrer chez moi terminer ces deux parts de pizzas froides qui n’attendent que ça. Mais non car pour reprendre les mots de Sun Tzu :
 

« Tout l'art de la guerre est basé sur la duperie. »


Pigé Tzu, faut ruser pour vaincre la fatigue alors je ruse. Je respire de façon plus systématique, je ne ralentis pas le rythme, je fais croire à mon corps que je suis au top alors qu’intérieurement je meurs. Mais après quelques foulées, ça va, je maîtrise, le corps est feinté, je continue sur un bon rythme. Je cours dans le 13ème, le quartier asiat' et dès que je croise une demoiselle je prends la gueule du mec qui est à la cool, regard coquin du type qui est parfaitement à l’aise, la barbe souple, le buste droit, la tête haute. A la Pirlo. Tranquille. Beau gosse. Elles sont loin, elles y ont cru, feintées les filles. Je relâche le bide, je souffle comme un âne et je balance de gros glaviots par le nez à gauche et à droite. A la footballeur.

Trente-six minutes plus tard, je suis rentré chez moi et mon corps me hurle « J'vais t'tuer, j'vais t'tuer, j'vais t'tuer, J'vais t'tuer, j'vais t'tuer, j'vais t'tuer, J'vais t'tuer, j'vais t'tuer, j'vais t'tuer, J'vais t'tuer, j'vais t'tuer. » Mais déjà, je sens que j’ai perdu du gras ce qui est parfait car comme le dit qui vous savez maintenant  :
 

« En tuer un pour en terrifier un millier. »


J’ai tué quelques grammes et un peu de gras maintenant les autres flippent, ils voient que je ne suis pas là pour leur tailler des pipes. Ils ont capté le message. Terrifiés, ils savent qu’ils sont voués à l’extinction. Par contre, j’ai certes remporté une victoire mais la guerre est encore longue. Sun Tzu une fois de plus.
 

« Ne poussez pas à bout un ennemi aux abois. »


On ne va pas frimer, la victoire contre gras et la crise cardiaque est encore longue. Pourtant, j’me sens puissant, beau, fort, saixy à mort. J’croise mon reflet dans le miroir de la salle de bain. Le choc. Victor Krenshaw. Rougeaud, l’air du mec qui vient de se faire gangbanguer : la gueule dégoulinante de sueur, de la morve collée sur les joues et du glaviot plein la barbe. L’échec, j’comprends pourquoi les filles se sont marrées tout à l’heure. Mais ho, après tout, la guerre n’est pas une affaire de style ou de classe. La guerre est une chose sale. Et je vais la baiser.

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