Eric André, le dernier punk de l’entertainment américain

Eric André, le dernier punk de l’entertainment américain

Dans une industrie du divertissement où il est devenu impossible de faire rire sans indigner une minorité, Eric André, tel un GG Allin ressuscité, vient faire caca sur le devant la scène. Comique américain - déjà croisé dans des séries telles que The Big Bang Theory2 Broke Girls ou la très mésestimée, mais néanmoins génialissime, Man Seeking Woman - Eric brille comme une supernova sur la chaine câblée Adult Swim où il y possède sa propre cour de récré, son petit bordel personnel : The Eric Andre Show. Difficile de vous pitcher son émission tant elle ne ressemble à rien. Son générique fournit quelques éléments de réponse.

La crème du rap américain, Seth Rogen, Ryan Philippe, Lou Ferrigno… Autant d’invités que l’animateur prendra un malin plaisir à torturer à coup de questions et de situation dont le malaise n’aura d’égal que la longueur du zob de notre hôte. Mais là où Eric André est le plus brillant ce n’est pas dans le confort de sa propre émission mais bien en allant faire des caméras cachées scandaleuses dans les rues de New York. Entre se faire furieusement galocher par un flic homo devant les clients médusés d’un fastfood, hurler de vendre/acheter ses actions tout en dégobillant dans les rues de Wall Street et aller défoncer des oeuvres d’arts en vociférant « you’re living a lie !! » dans une galerie d’art guindée, Eric André nous prouve qu’il a une imagination incroyable, un sens aigu de l’absurde ainsi qu'une immense capacité à se mettre en danger sans en avoir rien à foutre. Où s’arrête la mise en scène, qu’est ce qui est réellement prévu dans chaque scène ? On s’en tamponne. Comment ne pas se dire que le type est passé à un cheveux de se faire taper sur la gueule en se trimbalant avec une valise à roulette dont une main dépasse et dans laquelle on entend une fille sangloter

 

 

Ce qui est vraiment appréciable, au delà de l’apparente bêtise de ses vidéos, c’est d’observer la réaction des gens et leur manière d’appréhender l'imprévu. La plupart du temps les passants tentent d’ignorer ce qu'il se passe, donnant ainsi, sans le savoir, envie à Eric André d’aller encore plus loin.

Eric Andre ne se pose pas de question. Il fonce. Prêt à tout pour nous arracher un rire gras, franc et massif. Pas étonnant de le voir parler des Bad Brains sur Instagram, de faire venir Trash Talk sur le plateau de son show ou encore de réaliser une caméra cachée clairement influencée par les clips de Biohazard et Suicidal Tendencies.

Ce type est assurément le dernier punk du monde de l’entertainment américain. Sale, grossier, drôle et attachant. Il nous prouve que l’art, au sens large du terme, est avant tout un espace de liberté qui, par définition, se doit de ne pas être normé.

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