Devenir végétarien est un formidable outil pour détecter les gros lourds qui vous entourent

Devenir végétarien est un formidable outil pour détecter les gros lourds qui vous entourent
AUTEUR

Michel

PUBLIÉ

Le

Issu d'une longue lignée de paysans, je suis né et j'ai grandi en Corrèze. Mon grand-père d'ailleurs cultivait le tabac et exploitait un peu de bétail. Avant même mes dix ans j'assistais et participais à des saignées de cochon, à des gavages d'oies ou même au dépouillage de lapins. Rien de choquant à mes yeux car c'était, et c'est encore, des pratiques on ne peut plus courantes de par chez moi. Le rapport avec l'animal pour mes ancêtres cultivateurs était simple : on les nourrit, on les mange. Manger de la viande, et plus globalement des animaux, a toujours fait partie intégrante de la culture de ma famille, de ma région. Comme partout en France finalement. Comment en effet ne pas succomber aux délices du boudin à la châtaigne de ma grand-mère ou, mieux, du pâté de porc truffé de ma mère ? 

Ce n'est qu'il y a deux ans, à l'aurore de mes trente ans, que j'ai commencé à me questionner sur des trucs chiants en lien avec ma santé. Faut comprendre que je venais de me niquer les ligaments croisés après une tentative infructueuse de remise en condition physique. De ma rééducation est née une question a priori basique : comment disposer d'un corps solide et, par là même, sain ?

 

"Me voilà embarqué dans une lutte contre un mécanisme qui me dépasse"

 

Pratiquer régulièrement une activité physique, la course à pied pendant un temps, fut la première étape de ma réflexion. Changer mon alimentation vint ensuite. Mais quel chienlit :

- D'une part car la motivation à la base de ce changement est mouvante. D'abord pour mieux contrôler ce que j'ingère j'ai poursuivi ma quête vers le végétarisme pour des raisons écologiques puis, plus récemment, pour tenter à ma ridicule échelle de réduire la souffrance animale.


- D'autre part car qui dit nouvelle façon de se nourrir implique une modification de mes habitudes, qu'elle soit dans les produits achetés ou dans les espaces revendant ces mêmes produits. Vouloir réduire son impact carbone en supprimant l'escalope de sa liste des courses tout en continuant d'acheter des fruits et légumes hors saison n'a aucun sens. Vouloir agir pour un développement durable tout en consommant des produits fabriqués par des gamins chinois est tout aussi débile. 

D'une simple volonté de mieux manger me voilà donc embarqué dans une lutte personnelle contre un mécanisme qui me dépasse. Ma chance a été d'être accompagné dans cette démarche. Seul je pense que j'en serais encore au stade de réduire le nombre de nuggets dans mon menu Burger King. Mais, aussi étrange que cela puisse paraître, ce n'est pas moi qui fus le plus grand barrage à ce changement mais plutôt mon environnement extérieur.
 

 

Je m'explique. En France, aujourd'hui, vouloir consommer des produits sans viande et sans poisson est un putain de parcours du combattant. Alors que dans n'importe quelle station essence belge des produits végétariens préparés fleurissent un peu partout, dans l'Hexagone il est quasi impossible d'en trouver sans casser son PEL dans un magasin bio. Sans parler des restaurants où pour 80% d'entre-eux le plat végétarien consiste en une simple salade coûtant quatorze balles. Super.

La véritable difficulté réside dans l'impact social d'un tel choix de vie. Je ne compte plus les insultes de type 'Fiotte', 'Hipster', 'PD'. Passons. Par contre devenir végétarien est un formidable outil pour détecter les blaireaux qui vous entourent. Voici quelques remarques qui vous permettront de les détecter :

 

"Bah les premiers hommes ils mangeaient de la viande hein"

 

Ok. Va vivre dans une grotte et te brosse plus les dents pédalo-sapiens.

 

"Les vrais gars mangent de la viande"

 

Mais oui mon super macho. Montre moi encore comment tu chasses le cerf au couteau.

 

"Et les carottes elles souffrent aussi quand tu les arraches du sol !"

 

On a un gagnant. Le même genre de gars qui se pense malin en criant "Giselle elle doit pas être végétarienne vu le kilomètre de queues qu'elle avale". Ces handicapés du bulbe se reproduisent à l'infini autour de pages Facebook Anti-Vegans consistant à commenter "le gras c'est la vie" sous des photos de saucissons le tout en se gargarisant de leur prétendue supériorité physique.

Ce qui m'attriste le plus là dedans est cette vision erronée du végétarisme / veganisme. En devenir un c'est obligatoirement être assimilé à une caste d'hypocrites préférant sauver une vache qu'un enfant africain. Être végétarien c'est obligatoirement pisser contre le vent car les vrais problèmes sont plus grands. Tout le monde est unanime sur les dérives de notre ultra consumérisme mais tout le monde s'unit pour cracher sur les quelques uns qui tentent bon gré mal gré de lutter à leur échelle et selon leur propre sensibilité à cette folie. Je suis quelqu'un de mesuré. Je n'essaye pas de persuader mon entourage de changer ses habitudes. J'aimerais juste un peu d'ouverture d'esprit et ne plus être jugé et catalogué pour une démarche personnelle qui n'engage que moi. Le végétarisme n'est pas parfait, pas plus que le veganisme, dans nos vies citadines. Mais c'est toujours un effort et qui, en France, est encore plus pénible qu'ailleurs

Je reste persuadé que le manque de connaissance et surtout le manque d'éducation à ce sujet sont la cause de ces réactions. Je rêve donc d'une société où ce choix serait plus simple et plus accepté. En attendant, ce constat triste d'une bêtise ambiante s'applique malheureusement à toute action sortant de la norme. La différence, qu'elle soit dans ses choix vestimentaires ou alimentaires, attire forcément des réflexions stériles du ventre mou et inutile de l'humanité. Ne plus vouloir participer à l'exploitation des animaux est une cause noble. Elle n'empêche cependant pas les railleries qui, au fil des années, vous amèneront à vous poser la bonne question : la solution n'est-elle pas, au final, l'extinction volontaire de l'espèce humaine ?

 


Photos : Will, Marit.

Du même auteur