Instagram : arrêtez d'être les community managers de vos vies de merde

Instagram : arrêtez d'être les community managers de vos vies de merde

Ça m’arrive une fois de temps en temps. Bien souvent le soir, quand je suis chez moi, et bien souvent quand j’ai beaucoup (trop) mangé et que je m’emmerde un peu. Et à chaque fois c’est la même chose : les yeux absorbés par les images, la bouche légèrement entre ouverte d’envie, le corps légèrement tendu, puis une sensation de remord… Je ne parle pas de porno, mais presque.

Je m’adresse ici à la gent féminine. On a toutes dans nos innombrables contacts Facebook ou Instagram, des copines/connaissances/anciennes potes de classe, qui nous fascinent secrètement. Qui, quoi qu’elles fassent, sont toujours glamour. Ces filles qu’on admire autant qu’on déteste parce qu’elles sont tout ce que l’on ne sera jamais, et ont tout ce que l’on aura jamais. Pour ma part j’en ai deux. Deux nanas qui me donnent envie de chialer. Des filles dont je n’ai jamais été proche, avec qui j’ai dû partager quelques soirées vite oubliées. Des filles qui m’ont elles aussi, très certainement oublié. Des filles que je n’ai pas vu depuis au moins 5 ans. Mais régulièrement, je parcours leurs profils avec une avidité et une jalousie difficiles à masquer.
 

Et jay lay boules.
 

Bien loin des attention whores qu’il faudrait penser à stériliser et leur interdire l’accès aux réseaux sociaux, ces filles là sont aussi mystérieuses qu’enrageantes, aussi insaisissables que parfaites. Elles ne portent pas de maquillage, car elles vivent bien souvent au soleil, au Mexique, en Australie ou en Thaïlande, ou parce que ce sont des beautés naturelles. Elles ne coiffent que rarement leur crinière, de rêve bien entendu, qui tombent toujours parfaitement, naturellement texturée avec le sel de la mer. Elles portent toujours LA bonne fringue, même si c’est juste un marcel XXL ou une robe simplissime, qui sur vous serait insipide. Elles ont toujours un mec, et bien souvent le même depuis longtemps. Leurs amis ont l’air super stylés et drôles, et cools, et leurs fêtes ont toujours l’air d’être mieux que les vôtres. On ne sait jamais vraiment ce qu’elles font, si elles travaillent, mais l’argent ne semble pas être un problème. On se prend à rêver, avec un petit tiraillement au cœur, en se disant que notre vie elle pu duc’, comparée à la leur qui semble être tout droit sortie de Vague ou de Harper’s Bordel. Elles ne postent pas souvent, chaque information ou photo étant généralement triée sur le volet et mise en scène de façon exquise…
 


WAIT. WHAT ?
 

« Chaque information ou photo étant généralement triée sur le volet et mise en scène de façon exquise… ».


La voilà l’arnaque. Le petit texte minuscule qu’on ne lit jamais en bas du document. BARBIE GROSSE MENTEUSE.

Après avoir bavé devant les images parfaites de la vie parfaite de ces deux filles parfaites, j’en parle à ma meilleure pote, qui m’avoue qu’elle aussi a quelques profils sur lesquels elle se fait du mal de temps en temps… Et là, j’ai plus du tout envie de chialer, mais de gueuler. Je me rends compte avec horreur que je suis jalouse d’un profil Facebook et d’un compte Instagram… Jalouse d’une vie qui n’existe que sur la toile. Je me fais bouffer par les réseaux sociaux et c’est ça le vrai malheur. Je suis en train de dévaloriser ma propre vie sociale, qui pourtant est loin d’être vide. Comme ces meufs, j’ai beaucoup d’amis, je voyage, je prends des cuites, je m’achète des nouvelles robes et je bouffe des trucs cools et colorés. Sauf que j’en fais pas quelque chose de publique à chaque fois et je n’essaye pas de mettre le seum aux autres avec des explosions de bonheur forcé. Et pourtant, à l’approche de l’été, les photos de vacances et de mariages me reviennent en pleine gueule pour me rappeler que

1) j’ai pas de vacances de folie de prévue,
2) j’ai pas de mec.


Ce sentiment de solitude est donc accentué et fait de moi une spectatrice frustrée.


Aujourd’hui, malheureusement, Facebook et Instagram nous donnent des armes redoutables pour continuer la course à la vie parfaite. Et le mot d’ordre est LA MISE EN SCÈNE. Porter la fringue de la bonne couleur et être placée au bon endroit au bon moment, avec la bonne lumière. Savoir poser, connaître son meilleur profil, arranger les choses de façon sympa et certainement reprendre la photo 54 fois. Être le Community Manager de sa propre vie. Mais merde, en fait faut vraiment être une connasse pour avoir le temps de penser à tout ce bordel (ou être bloggeuse mode). 

Nous sommes devenus des produits, et on essaye de se vendre par tous les moyens. On fait la pub de notre propre vie qu’on essaye de transformer en magazines de mode, d’intérieur ou de lifestyle. J’ai récemment analysé mon Instagram. Car oui j’ai un Instagram, que j’utilise plus comme un moodboard et un carnet de voyage que comme un catalogue. Et j’ai eu la déception de réaliser que les photos qui ont reçues le plus de like étaient celles qui montrent mon nouveau vernis à ongles YSL, un cupcake de merde et une photo de moi. Mon dernier voyage en Slovénie ? Le concert de Ben Howard ? KEUTCHI ! Et le pire dans tout ça ? Je me surprends parfois à me dire « ça j’m’en branle mais ça rendrait bien sur mon Instagram… ». Lapidez-moi.
 


Un jour, je prends un verre avec un « pote » complètement gay, précieux et matérialiste. Il me demande mon Instagram et le parcours rapidement sur son téléphone. « Dis donc c’est dingue il n’y a quasi aucune photo de toi sur ton Instagram ! ». Effectivement. « Mais en fait c’est super intéressant comme concept j’ai jamais vu ça ! ». SOMBRE MERDE. TRIPLE BUSE. JE TE SOUHAITE DE MARCHER SUR UN LEGO.

Je vais finir là-dessus parce que je suis en train de me chauffer à balle, mais peut être que ces nanas parfaites ont le sida se font royalement chier, c’est peut être pour ça qu’elles postent autant, elles essayent d’enjoliver leur vie pas si jolie et se créée un monde parfait, comme sur Pinterest. Car on ne montre que des morceaux choisis et, bien sûr, toujours les meilleurs. On ne voit pas l’envers du décor. Tu ne la vois pas la meuf se foutre de la crème anti-capitons sous le néon de la salle de bain dégueu de son T1 bis Boulevard Barbès. Mais tu la vois quand elle est en soirée, toute pomponnée. Ou encore, si elle poste la photo de son bol de quinoa/baie de Goji/sésame/noix du brésil/courge et lait de coco avec son green juice, elle ne postera pas le plat de pâtes au cheddar LIDL qu’elle s’est envoyée hier soir solo devant un téléfilm d'M6.

J’aimerais vraiment que ce soit le cas… Parce que sinon j’vais vraiment chialer.