Les commentaires des attardés, l’autre Internet

Les commentaires des attardés, l’autre Internet

Jusqu'à récemment, j'étais convaincu que si je ne voyais presque aucun message faisant l'apologie de la guillotine ou réduisant la culture française à du vin et du cochon c'était parce que les personnes ayant ce type d’idée sont bien trop inadaptés pour comprendre le fonctionnement d'un réseau wifi. Ou parce que leur chômage ne leur permettait pas de payer à la fois un cubi de villageoise et un forfait Internet. Malheureusement il n’en est rien. Les gogoles sont aussi sur les interouebs. C’est juste que les algorithmes des réseaux sociaux sont bien trop balèzes. Si vous ne cliquez jamais sur une page contenant les mots-clés "Johnny", "RCL", ou "Dans le Nord, quand y a des moules, on a la frite", vous avez peu de chance de voir apparaître dans votre fil une pub vantant les mérites des nouvelles enceintes Subwoofer Vibe Slick 30 CM HP 1200W pour l’arrière de votre 206 couleur pute. Pour les commentaires des attardés, c’est pareil : tant que vous restez coincés dans vos cagnottes Leetchi ou dans les photos en slip de vos amis en vacances en Corse, vous ne risquez pas de tomber dessus. Ça doit se mériter.

En ce qui me concerne, ma confrontation avec le fond de la croûte de l’humanité virtuelle remonte à un an lorsqu’une pseudo connaissance Facebook, à qui je n'ai vaguement parlé que deux fois dans ma vie, a laissé un commentaire sur la page "fdesouche", la fanbase de tous les individus dotés d'un Q.I. inférieur à celui d'un transat'. Cette découverte d’un univers plus bête que mes chaussettes m’a permis de faire naître chez moi une passion : celle de la chasse à la page la plus conne. Comment ne pas être à la fois surpris et impressionné par une fanpage s'appelant "J'aime pas l’islam" ? Comment résister aux arguments de "Pas de migrants en Bretagne" ? Comment ne pas tomber en admiration devant "Alain Juppé, grand calife de Bordeaux" ?

Petit florilège des meilleurs messages lus :

 

 

Christian Clavier trouverait ça trop cliché.

En général, leurs arguments sont tellement pétés que l’on pourrait assez facilement leur prouver que du plancton les battrait au puissance 4 mais la plupart d'entre eux vivent dans une autre réalité, celle où Zemmour met fin à un gouvernement composé d’islamo-socialopes.

Je reste fasciné par tous ces catholico-saucissonistes. Comment ça se passe dans le cerveau d'un mec qui t'explique que les LGBT financent Daesh ? Combien de temps ses parents lui ont-ils façonné le crâne à coups de pelle avant de le mettre à la rue ? Feraient-ils confiance à un article qui leur explique que les musulmans ont balancé la comète qui a atomisé les dinosaures et que le Qatar en prépare une autre en secret? (Oui)

J’en suis arrivé à la conclusion que chaque commentaire a été écrit par un type ayant plus de chance de mourir d’une cirrhose que d’un cancer du cerveau. Il suffit de se rendre sur ces pages de la fachosphère pour s’en convaincre :

- Génération identitaire,
- Boulevard Voltaire (c’est les mêmes, sauf qu’ils ont fait des études et connaissent des mots de plus de trois syllabes),
- France, ma patrie, ma nation,
- SOS racisme anti-blanc,
- Non à l’islamisation de la France,
- Dissidence française,
- Calaisiens en colère,
- ...

Certains des auteurs de ces messages ne se contentent pas d’un one shot. Ils sont fermement décidés à montrer à la France entière qu’ils maîtrisent la fonction Ctrl+C/Ctrl+V dans l’interweb. Une fois qu’un texte ou une image semblent cohérent dans leur monde embrumé par les vapeurs de 86, ils passent trois jours consécutifs à le coller partout où ils vont. Dans ce domaine, mon champion se nomme Claude, un génie qui n’a encore jamais démontré qu’il savait écrire. Il est par contre la personne que j’irai voir si j’avais besoin que quelqu’un poste quatre photos de cochons en commentaire de ma photo de profil.

Personnellement, je garde précieusement ses interventions pour les encadrer au-dessus du lit de mes futurs enfants. Ils verront qu’on savait rire à l’époque.

Mon amour pour le hate reading me permet désormais de comprendre mes contemporains ainsi que les scores d'une émission basée sur le pipi de caca, les nouilles et Gilles Verdez.  Ainsi, lorsque je doute de l’intérêt de ma présence sur terre, je me rappelle que, quelque part, un gogol passe dix-huit heures par jour à gérer trente pages Facebook expliquant que, s'il est au chômage, c'est à cause de Najat - cette musulmanérienne qui hait la France.

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